|
Le prince sanglant, ou la dernière femme-rose
Ecrit par Morticia et El Wap
Retour à l'index des fan fictions
Chapitres 1 à 30 - Chapitres 31 à 60 - Chapitres 61 à 81
Chapitre 31 
Le lendemain matin à l’aube, le petit groupe commença l’escalade de la montagne. A cause du manque de sommeil, Yorwan et Flamme tombèrent un certain nombre de fois dans la neige. Le bon côté de la chose, ils furent rapidement parfaitement réveillés. Le mauvais, c’est qu’ils furent trempés plus vite encore. Ajouté au froid, cela rendit leur première journée en montagne extrêmement désagréable jusqu’à l’heure du repas où la femme-fleur prépara une délicieuse soupe.
De là où ils étaient, les trois amis et leur guide avaient une vue superbe sur la plaine, et même sur Bourg-Clocher. Malheureusement, ce qui quelques jours à peine aurait été un magnifique panorama n’était plus qu’un champ de ruines ensanglanté et particulièrement déprimant. Même si elle savait que tout cela n’était pas sa faute, Flamme se sentait coupable de ce qui était en train d’arriver à Termina. Après tout, il était parfaitement possible que Link ne soit venu que pour retrouver sa plus fidèle collaboratrice... Non, elle refusait simplement d’imaginer cette possibilité... et de toute manière, ce n’était absolument pas le genre de ce monstre impitoyable de se lancer à la recherche de quelqu’un travaillant pour lui, à part si cette personne était en possession de ce qu’il appelait des "secrets d’état". D’un autre côté, il était parfaitement possible qu’elle connaisse de tels secrets sans le savoir...
Le deuxième jour, ils atteignirent pratiquement le sommet, mais Link leur expliqua qu’il ne le rejoindrait pas car cela n’aurait fait qu’ajouter un danger inutile à une progression déjà très risquée. Flamme en fut déçue, bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé... Atteindre le sommet d’une haute montagne, voilà un exploit digne d’une femme-fleur... Sans s’en rendre compte, elle en garda une rancune stupide et aveugle à l’encontre du Goron.
Ce fut un peu avant le coucher du soleil qu’elle laissa toute cette rancune s’évacuer, alors qu’ils commençaient à chercher un endroit pour passer la nuit. Entendant au loin un loup hurler, la femme-fleur ne put s’empêcher de se demander si ces animaux avaient d’assez bonnes dents pour percer la peau d’un Goron... Un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres tandis qu’elle décidait de tenter l’expérience.
Arrêtant de marcher, elle se concentra, et comme autrefois lorsqu’elle servait son cher Link, elle marmonna une invocation destinée à faire apparaître une meute de loups. Elle craignit tout d’abord avoir fait une erreur dans les paroles en voyant qu’il ne se passait rien, mais alors qu’elle se préparait à recommencer, un hurlement beaucoup plus proche retentit dans la montagne, et rapidement une meute de six loups apparut devant eux.
- C’est impossible, goro ! s’exclama Link. En cette saison, ils devraient être dans la vallée, goro ! Il va falloir les affronter, préparez-vous à... Argh !
L’un des loups, le plus gros de tous, venait de se jeter à sa gorge, l’empêchant de finir sa phrase, et répondant au passage à la question de Flamme : sa mâchoire était largement assez puissante pour passer au travers de la peau d’un Goron... La preuve que rien ne valait une bonne expérience pour vérifier ces doutes.
La jeune femme se rendit brusquement compte de ce qu’elle avait fait lorsque Lésa vint se cacher derrière elle en pleurant.
- Flamme ! Faut le sauver ! Tu dois tuer les loups avec ta super épée, tu dois...
- Tu dois mettre Lésa à l’abri, coupa Yorwan. J’ai vu une petite grotte tout à l’heure, et maintenant que Link est... qu’il n’est plus là, on y entrera tous.
- Mais...
- Fais ce que je te dis ! Je vais couvrir vos arrières, et ensuite j’essayerai de vous rejoindre.
Le verbe "essayer" inquiéta un peu la femme-fleur, mais elle décida de tout de même faire ce que lui avait ordonné le Sheikah, quitte à revenir l’aider par la suite. La fillette et elle s’éloignèrent donc, laissant leur ami aux prises avec les loups assoiffés de sang.
Grâce aux yeux de la petite fille, elles ne mirent que peu de temps à trouver la grotte dont Yorwan avait parlé. Lésa voulut y allumer un feu pour se réchauffer, mais la jeune femme préféra ne rien en faire de crainte d’attirer d’éventuels autres loups, et la serra tout simplement contre elle pour l’empêcher de grelotter. Au bout de quelques minutes cependant, ne voyant pas Yorwan arriver, Flamme décida d’aller voir ce qui se passait.
Grand bien lui en prit, car le Sheikah était en très mauvaise position. Appuyé contre la paroi de la montagne, il se défendait contre les trois loups qu’il n’avait pu tuer. Parmi ces survivants se trouvait le chef de la meute qui semblait couvert de blessures, et surtout bien décidé à tuer le jeune homme.
Dès qu’elle vit cela, Flamme sortit son épée et se jeta vers les animaux. Cette agression surprit ceux-ci, qui ne s’attendaient manifestement pas à être attaqués par celle qui les avait fait venir, et surtout pas alors qu’ils étaient tout près d’accomplir leur mission. La femme-fleur profita donc d’un certain effet de surprise pour éliminer deux d’entre eux. Le dominant, comprenant probablement que la situation était désespérée pour lui, décida de ne pas partir seul et planta ses crocs dans la jambe de Yorwan. En quelques secondes, un craquement sourd se fit entendre, suivi de près par un hurlement du jeune homme. Aussitôt, Flamme se jeta sur le loup et l’acheva d’un seul coup d’épée tandis que le Sheikah se laissa glisser sur le sol, les larmes aux yeux.
- Yorwan ? ça va ?
- Ma jambe... je crois... je crois qu’elle est cassée... j’ai mal...
- Ne bouge pas, je vais...
L’achever. C’était une occasion unique, Flamme en était consciente. Le jeune homme ne pouvait plus se défendre, ou en tout cas plus de façon efficace, et elle pourrait ensuite tuer aussi la Kokiri... après cela, il ne lui resterait plus qu’à retourner auprès de son maître, de lui jurer qu’elle lui était fidèle, le lui prouver en lui annonçant que les derniers rebelles se cachaient dans la forêt kokiri, et les choses reprendraient enfin leur cours normal.
Son épée la ramena une nouvelle fois à la raison en lui brûlant cruellement la main et forçant la jeune femme à la lâcher dans la neige, qui étrangement ne fondit pas malgré la température de l’arme. Flamme la reprit immédiatement pour la ranger, étonnée de constater qu’elle était à nouveau froide.
- Navré... de t’arracher... à la contemplation... de ton épée, murmura Yorwan, mais si... tu pouvais m’aider... à rejoindre la grotte, je n’aurais... rien contre... tu vois ?
La femme-fleur, qui avait totalement recouvert ses esprits à présent, acquiesça. Elle se pencha vers son ami qui passa le bras autour de son cou. Lorsqu’ils se redressèrent, le Sheikah poussa un grognement, mais ne dit rien. Il demeura muet tout le trajet, mais Flamme voyait clairement les efforts qu’il faisait pour ne pas hurler à chaque pas.
En revanche, Lésa ne fit aucune tentative pour retenir son cri d’effroi lorsqu’elle les vit arriver tous les deux.
- Vite ! Assieds-le près du feu qu’il se réchauffe ! ordonna-t-elle.
La jeune femme hocha la tête et se prépara à obéir, lorsqu’une voix stridente les interpella.
- Non mais vous êtes stupides toutes les deux ? Si vous mettez l’albinos près du feu, il sera mort demain matin au plus tard, pauvres crétines !
Chapitre 32 
Flamme chercha du regard autour d’elle, sans voir qui avait parlé. Pourtant, ça ne pouvait être une illusion, puisque Lésa et Yorwan l’avaient aussi entendue.
- Regarde un peu plus haut...
La jeune femme leva les yeux et découvrit une petite fée bleue qui voletait au-dessus du feu. Comment cette petite luciole était-elle arrivée là ? Elle jeta un regard interrogatif au Sheikah pour voir s’il avait une explication, mais ce dernier était légèrement trop occupé à ne pas hurler de douleur pour faire attention à elle. Elle se tourna donc vers la Kokiri, qui, étrangement, ne semblait que très légèrement étonnée.
- Ben, tu parles ? commenta-t-elle. Je croyais que t’étais muette, Na...
- Je n’avais simplement rien à dire avant, coupa la fée. Bon, enlevez-lui son pantalon, je vais regarder l’état de sa blessure...
- Pardon ? s’écrièrent simultanément Yorwan et Flamme.
- Ecoutez, c’est ça, ou bien on peut déjà t’achever, l’albinos. Qu’est-ce que tu préfères ?
- Mourir ?
- Mauvaise réponse... Allez la femme-fleur, vire-moi ça !
Flamme soupira, puis s’approcha de son ami et commença à tirer sur le pantalon d’une façon un peu maladroite.
- Aïe ! Fais un peu attention à ce que tu fais ! Faut enlever la ceinture d’abord !
- Désolée, mais c’est la première fois que j’enlève le pantalon d’un homme !
- Link t’a jamais demandé de le faire ? Bizarre...
- Continue et je te fous dehors en espérant que tu mourras de froid !
Il poussa un grognement, mais ne répliqua pas. Flamme, qui plus que jamais méritait son surnom à cause de ses joues écarlates, s’activa alors à le déshabiller. Cette opération lui prit plusieurs minutes à cause du sang qui commençait à sécher contre le tissu mais surtout en raison de ses gestes hésitants et maladroits.
- Eh ben, heureusement qu’il n’était pas à l’agonie, se moqua la fée. Si un jour tu te fiances, la femme-fleur, j’espère qu’il ne sera pas trop pressé...
Flamme lui jeta un regard noir, mais elle ne parut pas s’en formaliser plus que cela. La luciole voleta jusqu’à la jambe de Yorwan sur laquelle elle se posa, déclenchant un gémissement.
- A ce point ? Par les Déesses, je n’ai pas besoin de chercher plus loin... Pour que même le poids d’une fée soit insupportable, il n’y a qu’une seule explication : ton os n’est pas cassé, il est brisé, réduit en miettes ! Même si on arrive à te sauver, tu ne remarcheras probablement jamais.
- Et combattre ?
- Si tu y arrives assis ou allongé, pas de problème, mais sinon...
Yorwan soupira profondément et Flamme ne put s’empêcher d’avoir pitié de lui. Tout le monde à Hyrule disait que pour un Sheikah, la seule chose pire que la mort était de ne plus pouvoir combattre...
- Allez l’albinos, la vie ne s’arrête pas pour autant ! Enfin, pas pour le moment en tout cas... Mais ça pourrait venir si on ne s’occupe pas correctement de toi. La femme-fleur, trouve deux morceaux de tissu aussi secs que possible pour que Lésa lui fasse un bandage, et ensuite, notre Danse Avec les Loups devra dormir... compris ?
- Pas sommeil...
- Pas le choix surtout !
- Je vous hais...
- C’est réciproque. Alors, tu te bouges, la rouquine ?
Flamme se retint au tout dernier moment d’essayer d’attraper la fée pour la jeter au feu et fit ce qu’elle demandait tout en réfléchissant. Comment avaient-ils pu oublier pendant tout ce temps que Lésa, en temps que Kokiri, avait forcément une fée ? Et surtout comment une fée, créature pourtant réputée extrêmement bavarde, avait-elle pu rester silencieuse durant tous ces mois ? Encore un mystère à éclaircir, comme s’il n’y en avait pas assez... Mais au moins, celui-là n’était pas vital, c’était toujours ça de gagné.
Rapidement, la femme-fleur trouva deux morceaux de tissu pouvant convenir – deux chemises appartenant à Yorwan – qu’elle tendit à la Kokiri.
- Merci... Tu es sûre que je peux le faire, Na...
- Bien sûr que tu peux, coupa la fée. Aie un peu confiance en toi !
Quelques minutes et un certain nombre de hurlements plus tard (Lésa savait faire des pansements, mais pas encore le faire sans douleur pour son patient), Yorwan put s’endormir dans un coin de la grotte. La fée leur expliqua alors que sa blessure devait rester au froid afin de limiter l’apport en sang dans sa jambe, et donc la quantité qu’il en perdrait.
La Kokiri s’endormit sur les genoux de Flamme au beau milieu de cette explication, et sa fée ne résista pas beaucoup plus longtemps au marchand de sable. De son côté, la femme-fleur resta un long moment à observer Yorwan. C’était de sa faute s’il était dans cet état, puisque c’était elle qui avait fait venir les loups... Ou plutôt, la faute de ce qu’elle avait été, la faute de Luscinia. Elle pouvait presque entendre les deux parties de son esprit se disputer...
Lorsque le sommeil la gagna finalement, elle venait de se rendre compte que dans ce conflit, il n’y avait pas deux mais trois camps...
Chapitre 33 
Ce fut le vent, qui les réveilla peu après l’aube, mais Flamme crut tout d’abord qu’elle dormait encore et faisait un horrible cauchemar.
Durant la nuit, une tempête de neige avait commencé, et pour autant que la jeune femme pouvait en juger, elle risquait de ne pas s’arrêter avant plusieurs jours, voir même plusieurs semaines. Or entre leur provision prévue qui ne durerait pas plus d’une semaine, même en se rationnant, et l’état de Yorwan qui exigeait des soins urgents, la situation était grave. Elle décida cependant de ne pas faire part de ses inquiétudes aux autres. La dernière chose dont elle avait besoin, c’était de deux paniqués qui risquaient de commettre de grosses bêtises.
Malgré cela, la première journée dans la grotte se passa relativement bien. En changeant les pansements du Sheikah, Lésa assura que sa blessure avait l’air à peu près saine, et qu’en tous cas les chairs n’étaient pas gelées, si bien qu’on n’aurait peut-être pas besoin de l’amputer, ce qui soulagea le jeune homme.
Ce soulagement ne dura pas malheureusement. Le lendemain, Yorwan était pris d’une forte fièvre, sa blessure s’étant brusquement infectée pour une raison inconnue. Flamme se retint d’en parler devant Lésa, mais dès que celle-ci commença à tenter de désinfecter les blessures du Sheikah, la jeune femme prit la fée à part.
- Alors ? Qu’en pensez-vous ?
- Que si la tempête ne s’est pas arrêtée dans trois jours maximum, il est condamné, puisqu’il nous faudra au moins une journée pour redescendre, et qu’il n’en a que pour quatre ou cinq jours maximum...
Elle jeta un regard horrifié à la luciole bleue. Celle-ci venait de dire quelques minutes auparavant que la neige ne s’arrêterait pas avant une bonne semaine au moins ! Ce qui signifiait que...
- Il va mourir alors ?
- C’est ce qui arrive en général quand on se retrouve avec une jambe brisée et infectée au beau milieu du blizzard du siècle.
- Non ! C’est impossible ! On doit pouvoir faire quelque chose !
La fée la regarda d’un air surpris (nda : comment une fée peut avoir l’air surpris ? si seulement je le savais...)
- Tu t’inquiètes pour lui ? demanda-t-elle. Je croyais que tu le détestais !
- C’était vrai avant, mais maintenant, il est mon ami ! Je ne peux quand même pas le laisser mourir comme ça, ce serait totalement inhumain !
- Si ce que j’ai entendu ces derniers mois est vrai, tu as fait bien pire que de laisser un Sheikah mourir, ironisa la luciole. Tu ne penses pas qu’il est un peu tard pour te racheter une conscience ?
- Ecoute-moi bien espèce de lampe à ailettes, s’emporta Flamme, je n’ai de leçon à recevoir de personne, compris ? De toutes façons, même si toi tu t’en fiches, je vais essayer d’aller chercher de l’aide.
La jeune femme avait dit cela sur un coup de tête, pensant que la fée se moquerait d’elle et lui dirait qu’elle n’avait qu’à mourir pour un mourant si ça lui chantait, mais ce ne fut pas le cas, et au contraire elle redevint instantanément sérieuse.
- Tu serais prête à faire ça ? Vraiment ? Mais c’est... un homme ! Même déconditionnée, une femme-fleur continue à haïr les hommes enfin ! Il y a vraiment quelque chose d’anormal avec toi !
- Non... j’avais jamais remarqué... Et c’est quoi cette histoire de "même déconditionnée" ?
- Qu’est-ce que tu crois ? Que toutes les femmes-fleurs ont choisi cette voie ? Hétaïre est la preuve vivante que non !
- Quel rapport ?
- Et tu prétends avoir retrouvé la mémoire... Les femmes-fleurs enlèvent des fillettes de cinq ou six ans avec un fort potentiel, et jusqu’à la puberté, elles leur font du bourrage de crâne. Puis vient la fameuse cérémonie d’invocation d’un démon, et là elles perdent définitivement tout ce qu’il pouvait leur rester d’humain. Mais on dirait que ce n’est pas ton cas, comme si... Non, impossible... ça voudrait dire que tu serais... Mais bien sûr !
Perdue dans ses pensées à haute voix, la fée ne semblait pas remarquer que tout le monde, y compris Yorwan, la fixait sans comprendre sur quel sujet elle pouvait bien être en train de délirer.
- Bien, je sais ce qu’il me reste à faire, déclara-t-elle soudainement. Toi la rouquine, il est hors de question que tu prennes le moindre risque en allant jouer aux bonhommes de neige dehors. C’est MOI qui vais aller chercher des secours à Labrynna. Ça tombe bien, je connais justement du monde là-bas.
- Mais...
- Pas d’objection, on fait comme ça et puis c’est tout !
Avant qu’ils n’aient pu émettre la moindre protestation, la fée vola à toute vitesse à l’extérieur de la grotte. Une fois remise de sa surprise, Flamme se tourna vers Lésa.
- Ta fée... elle est toujours comme ça ?
- J’en sais rien, elle n’avait jamais parlé avant... Je croyais qu’elle était muette, et Mido se moquait tout le temps de moi à cause de ça... Quel crétin lui alors ! Il va être fou de rage quand je rentrerai et que je lui raconterai tout ce qui nous est arrivé !
- Parce que tu crois encore qu’on va survivre ? demanda Yorwan d’une voix éteinte. C’est beau... l’optimisme...
- Je ne crois pas, riposta la fillette, j’en suis certaine ! Il n’y a pas de raison pour qu’on meure, pas vrai ?
- Parle pour toi... Moi, je vais mourir... mais pas comme cette fille l’avait dit. Quoique, peut-être que Flamme aura au moins... la pitié de m’achever...
La jeune femme le fixa, étonnée de le voir tenir de tels propos, mais se rassura rapidement en voyant qu’il était écarlate. La fièvre le faisait probablement délirer...
- Je ne te tuerai pas Yo, je le jure. Même par amitié, je ne veux plus être une meurtrière, même pour te faire plaisir. Alors dors, c’est ce que tu as de mieux à faire.
Le Sheikah la fixa d’une manière indéfinissable, entre la colère, la supplication et une certaine satisfaction, puis ferma les yeux et s’endormit rapidement. Ni Flamme ni Lésa ne prononcèrent un seul mot, mais toutes deux implorèrent en silence les déesses pour qu’elles laissent le jeune homme en vie.
Chapitre 34 
- ANNA ! NON ! ÇA N’EST PAS VRAI, REVIENS ANNA ! JE T’EN PRIE !
Flamme se redressa brusquement, réveillée par le cri qui venait de retentir dans la grotte. Elle regarda aussitôt autour d’elle, mais ne vit personne en dehors de Lésa – qui par un étrange miracle dormait toujours – et de Yorwan qui s’agitait dans son sommeil, il n’y avait absolument personne. D’où venait donc ce cri ?
- Tu n’as pas le droit d’être morte ! s’écria soudainement le Sheikah. Reviens Anna ! Reviens...
Le jeune homme bougeait de plus en plus, allant même jusqu’à donner des coups dans le vide, comme s’il tentait dans ses rêves de repousser quelqu’un ou quelque chose, et il transpirait largement, mais Flamme n’arrivait à dire si c’était à cause de la fièvre qu’il devait encore avoir, ou bien simplement à cause de son rêve.
Probablement poussée par l’inquiétude, mais aussi par une certaine curiosité, la jeune femme alla s’asseoir à côté de lui et posa sa main sur son front, avant de la retirer précipitamment : celui-ci était au moins aussi chaud que son épée lorsqu’elle retrouvait son ancienne personnalité. Finalement, la luciole caractérielle avait peut-être raison, il allait peut-être mourir...
Non, elle refusait simplement d’envisager cette possibilité. Il était son ami, son meilleur ami, et probablement le premier qu’elle ait jamais eu ! Il était absolument hors de question de le laisser mourir ! Il devait bien y avoir un moyen de le guérir, quelque chose qui pourrait au moins faire tomber la fièvre ! La jeune femme resta un moment à regarder le sol, perdue dans ses pensées, lorsqu’elle remarqua une minuscule graine sur la roche. Bien sûr qu’il y avait un moyen... et elle venait de le trouver. Elle attrapa la petite graine et la serra dans ses mains, tandis qu’à ses côtés, le Sheikah s’agitait de plus en plus.
Yorwan était au village sheikah, au cimetière plus précisément. Comme toujours, Guenn, Alesc’h et Anna étaient avec lui, et ils jouaient. Ils n’étaient encore que des enfants d’environ sept ans et ils étaient inséparables. Tout ce qu’ils faisaient, ils le faisaient ensemble et les gens de passage au village les prenaient souvent pour des quadruplés. Et d’un côté, ils n’étaient pas si loin de la vérité, puisqu’ils étaient deux couples de jumeaux, nés le même jour, et convaincus de mourir tous ensemble un jour.
Ce matin-là, ils avaient décidé de visiter le temple de l’ombre. D’après les rumeurs qui couraient dans le village, il était habité par un grand nombre de monstres, dont certains étaient dotés de pouvoirs magiques. Il était donc naturellement interdit aux enfants d’y pénétrer, et c’est ce qu’Alesc’h s’obstinait à leur répéter tandis qu’ils grimpaient la barrière qui en gardait l’entrée.
- On s’en moque, répondit naturellement Yorwan. On va juste aller s’amuser un peu, ça ne fera de mal à personne ! Anna, dis-le-lui !
- Il a raison tu sais, acquiesça la fillette de sa voix si douce qui faisait toujours frémir Yorwan de plaisir. En plus, Yo et moi, on sait faire de la magie, alors on est tranquilles.
Elle ne disait jamais un mot plus haut que l’autre, restant toujours calme et posée. Et elle était tellement jolie... Un jour, son père avait dit que lorsqu’elle serait grande, en dehors de ses cheveux qui étaient bruns, elle ressemblerait à la princesse Zelda tant elle était belle et douce. Cependant ce n’était ni pour sa beauté ni pour son calme que Yorwan était amoureux d’elle, mais juste parce qu’elle lui faisait une confiance aveugle alors que même ses parents répétaient sans cesse que jamais il ne ferait un Sheikah digne de ce nom à cause de son manque de respect des règles qu’on lui imposait. Anna de son côté, disait que même s'il ne devenait pas un grand sorcier sheikah, elle resterait toujours avec lui et elle le suivrait partout.
Ce jour-là pourtant, il aurait peut-être mieux valu qu’elle ne le suive pas, qu’elle écoute Alesc’h qui pour une fois avait raison.
Mais ils étaient pourtant entrés dans ce vieux temple sentant la poussière et la moisissure. Yorwan marchait devant, Anna et Alesc’h au milieu, et Guenn restait un peu en arrière, comme toujours. Il aimait bien les explorations, mais pas au point de foncer droit devant sans savoir où il allait. Il était le plus réfléchi du quatuor et les adultes le citaient toujours en exemple aux trois autres, aussi bien pour son bon sens que pour son sens inné du combat : même les adultes n’arrivaient déjà plus à le battre. Mais ce jour-là, ses qualités de combattant ne lui furent d’aucune utilité.
Et Anna était morte. Yorwan était à la cérémonie funéraire, et il pleurait toutes les larmes de son corps, sans que personne n’ose lui dire que c’était indigne d’un Sheikah de se laisser aller à de telles effusions. Tout le village savait ce que la petite fille représentait pour lui. Tous savaient qu’il se sentait coupable, qu’il était coupable, puisque c’était lui qui les avait entraînés dans cette excursion.
Jamais il ne se le pardonnerait...sa meilleure amie, son amoureuse, était morte à cause de son incompétence en matière de magie. Yorwan savait qu’il aurait dû décider de s’entraîner plus dur pour devenir tellement bon que plus jamais ce genre de choses ne puisse se reproduire en sa présence, mais il en était incapable. Les adultes avaient raison depuis le début, il ne serait jamais vraiment un Sheikah, et surtout il ne serait jamais un grand sorcier, ni même un sorcier tout court. Après tout, c’était aussi la faute de la magie, puisqu’elle avait été incapable de sauver Anna.
Il deviendrait un guerrier, comme Guenn. Ou un assassin. Il se souvenait avoir entendu un étranger de passage, un ancien ami de son père dire à celui-ci que bientôt, il faudrait que quelqu’un se décide à tuer Link, parce que l’ancien héros commençait à se comporter bizarrement depuis son retour, et que la princesse n’écoutait plus que son avis. Oui, il serait peut-être celui qui tuerait Link...après tout, il venait bien de tuer Anna, alors pourquoi ne pas continuer sur cette voie de sang ?
Le Sheikah était adulte à présent et il se cachait dans les bois kokiris. Son village venait d’être détruit par la faute d’une femme-fleur qui avait fait croire aux anciens qu’elle voulait se joindre à la rébellion, et ceux-ci l’avaient conduite à Guenn, le dirigeant de cette dernière. Yorwan était présent lors de cette rencontre, et dès le début il avait senti qu’on ne pouvait faire confiance à cette femme. Elle était trop belle, avait une voix trop douce, de trop bonnes manières... Elle ressemblait trop à ce qu’Anna aurait pu être si elle avait pu grandir, et rouvrait en permanence la présence du jeune homme.
Et pourtant... quelque chose en lui avait désiré être près d’elle aussitôt qu’il l’avait vue. Quelque chose qui lui disait qu’il tenait l’occasion de recommencer à vivre pour lui-même, que pour cela il suffisait maintenant qu’il retrouve cette femme-fleur et qu’il ne la quitte plus jamais. Il avait failli le faire... seule la nouvelle de la prochaine exécution de Guenn l’en avait empêché.
Après tout, à cause de cette femme, il allait se retrouver seul, le dernier membre libre de leur quatuor...Il avait donc laissé tomber toute idée de la rechercher. Et elle était venue à lui. Il avait voulu la tuer, mais elle était devenue amnésique, et donc fragile, presque touchante malgré son horrible caractère...il avait décidé de rester auprès d’elle, quoi qu’il arrive. Il ne la quitterait jamais plus...
Yorwan ouvrit les yeux, et constata avec surprise que sa fièvre avait totalement disparu. Il se demanda un instant s’il était mort, mais une douleur lancinante venant de sa jambe lui assura le contraire.
- Finalement, ça a marché, murmura Flamme.
Le Sheikah se tourna vers la jeune femme qui tenait dans sa main une énorme fleur bleue et jaune qui embaumait toute la grotte. Elle souriait, de la même façon qu’Anna souriait autrefois... Il réalisa brusquement que c’était la première fois qu’elle souriait depuis des semaines, et que cela lui manquait, tout comme leurs disputes... Finalement, il aurait peut-être mieux valu qu’elle ne retrouve pas la mémoire.
- Yorwan ? Tu te sens bien ? Enfin, je veux dire... tu as l’air bizarre...
- J’ai une jambe en bouillie, idiote, répliqua-t-il avec un large sourire euphorique. C’est normal que j’ai l’air bizarre ! Mais je me sens beaucoup mieux quand même... tu as fait comment ?
- Médecine traditionnelle des femmes-fleurs, expliqua Flamme en agitant la fleur. J’ai trouvé une graine, et je l’ai transformée en cette jolie fleur capable de guérir la fièvre et pas mal d’autres petites choses. Alors, merci qui ?
Sans trop savoir pourquoi, il se redressa et la serra dans ses bras.
- Yo... que... ?
- Merci Flamme. Merci pour tout...
Chapitre 35 
L’effort fourni par le jeune homme fut si grand par rapport à son actuelle faiblesse qu’il s’évanouit presque instantanément, un large sourire aux lèvres. Flamme en revanche ne souriait pas. Normalement, il aurait dû arrêter de délirer lorsque sa fièvre avait disparu... Bah, elle n’était pas médecin, peut-être que c’était parfaitement normal après tout. Il aurait fallu demander à Lésa, mais elle n’avait pas envie de réveiller la fillette.
Elle força donc Yorwan à se rallonger et alla jeter un coup d’oeil à leur sac de provision histoire de s’occuper. Malheureusement, elle eut la mauvaise surprise de découvrir que celui-ci était presque vide. Avec cela, ils ne tiendraient même pas une journée. A part si l’un d’entre eux cessait de manger pour une raison ou une autre...
Flamme songea pendant une seconde à priver le Sheikah de nourriture, puisque de toutes manières il était condamné, mais elle chassa illico cette idée de son esprit. Il allait peut-être mourir dans peu de temps, mais ce n’était pas une raison pour se comporter comme une barbare avec lui. Priver Lésa de repas étant totalement inconcevable, la femme-fleur décida de se mettre au régime...
La Kokiri et le Sheikah se réveillèrent quelques heures plus tard, tous deux morts de froid et de faim. Lésa ne se gêna d’ailleurs pas pour le faire remarquer.
- Je sais, soupira Flamme. Mais on n’a plus grand-chose, alors ne t’attends pas à un festin... une demi-galette de blé chacun, pas plus.
- Quoi ? C’est tout ? Mais j’ai tellement faim que je pourrais manger un Goron entier !
- Tu t’y casserais les dents à cause de leur peau... Ecoute Lésa, c’est ça ou rien, on n’a pas le choix.
La fillette soupira, mais accepta le morceau de galette que lui tendait Flamme et commença à le grignoter sans joie tout en regardant la jeune femme donner son "repas" à Yorwan... et ne rien prendre pour elle.
- Tu ne manges pas Flamme ? s’étonna-t-elle.
- Pas faim.
- Tu devrais manger quand même tu sais. C’est mauvais de rester sans manger dans le froid !
- Je fais ce que je veux, d’accord ? Je vais pas me forcer à manger juste pour te faire plaisir !
Un silence pesant s’installa ensuite et personne ne voulut le rompre, ce qui n’était peut-être pas plus mal d’après Flamme. Elle était épuisée, il fallait bien l’admettre, et la seule chose qu’elle désirait, c’était dormir un peu... Mais elle s’y refusait fermement, de peur que ses deux amis ne la croient faible... Et surtout, elle ne voulait pas mourir endormie, et elle se sentait si faible qu’elle craignait de ne jamais se réveiller si jamais elle fermait les yeux.
- Dis Flamme, tu crois qu’elle va bientôt revenir ? demanda Lésa tandis qu’elle inspectait la jambe de Yorwan. Je commence à être inquiète, tu sais...
- De qui tu parles ?
- Ben, de Navi ! Je pensais qu’elle mettrait beaucoup moins de temps pour aller chercher du monde...
- Tu sais, elle est probablement morte de f... Ta fée est Navi ?! s’exclama Flamme. Tu plaisantes j’espère ! Pourquoi tu ne nous l’as pas dit plus tôt ?
- Ben... j’y avais jamais pensé, c’est tout. Pis en plus, elle parle jamais, alors ça change rien, tu ne crois pas ?
Lésa étouffa un bâillement, puis laissant tomber cette conversation qui ne l’intéressait pas particulièrement, elle alla se coucher en boule contre Yorwan, et rapidement tous deux s’endormirent.
Flamme ne put s’empêcher de les trouver à la fois adorables et pitoyables. Adorables, parce qu’on aurait dit un frère et une soeur, ou peut-être un père et sa fille qui restaient soudés face à l’adversité. Et pitoyables, parce qu’il n’y avait qu’une chance sur mille pour qu’ils se réveillent... Mais au moins, eux mourraient innocents, alors qu’elle était coupable de tant de crimes qu’elle n’avait pas eu le temps de rattraper, et surtout il y avait cette promesse faite à Saria qu’elle ne pourrait jamais tenir...
Contre sa volonté, ses yeux commencèrent à se fermer et elle perdit connaissance, emportant avec elle l’image de la neige qui cessait de tomber pour laisser passer une jeune femme accompagnée par un groupe de Gorons.
Chapitre 36 
Lorsque Flamme rouvrit les yeux, elle fut frappée par la blancheur éclatante de l’endroit où elle se trouvait. Elle se demanda un instant si elle était morte et au paradis, mais son estomac gargouilla bruyamment pour lui assurer qu’elle était encore en vie, et affamée par-dessus le marché. De toutes façons, si elle était morte, elle ne serait certainement pas allée au paradis après tout ce qu’elle avait fait...
Mais si elle était bien vivante, plusieurs questions importantes se posaient. A savoir où elle était, qui l’avait amenée ici, et surtout qu’étaient devenus Yorwan et Lésa ? Avec un peu de chance, ils étaient ici aussi, mais rien ne lui permettait d’en être sûre. Après tout, ils pouvaient parfaitement être morts tous les deux...
- Tiens, tu fais plus dodo ? C’est bien, maman va être contente !
La jeune femme tourna la tête et découvrit une fillette avec de longs cheveux... bleus ?
- Qui es-tu, petite ? Et c’est où ici ?
- Ici, c’est dans la montagne des Gorons, à Labrynna, expliqua la petite fille. Ma maman et des Gorons, ils ont été vous chercher dans la montagne. Même que ma maman, elle a dit que c’était grâce à Navi qui est venue la prévenir.
- Ah... et les deux autres, ils sont où ?
- Les autres ? Quels autres ?
Flamme ne répondit pas et lui jeta un regard horrifié. Ils étaient donc morts ? A cause d’elle ? Non, cela ne devait pas être vrai... Ils n’avaient pas le droit d’être morts, c’était hors de question !
- Tu... tu ne vois pas de qui je parle ? Une petite fille un peu plus vieille que toi, et un Sheikah avec une jambe en morceaux... ils étaient avec moi dans la montagne, et...
- La petite est en train de jouer avec les Gorons, déclara une voix de femme derrière la fillette aux cheveux bleus. Quant au Sheikah, sa jambe est totalement guérie, et il est en train de manger avec mon époux. Je venais justement voir comment vous alliez à sa demande...
La femme sortit de l’ombre. Elle était très grande, bien plus que Flamme en tout cas – ce qui n’était pas particulièrement difficile à vrai dire –, sa peau était presque blanche, et ses cheveux étaient d’un bleu un peu plus foncé que ceux de la petite fille, ce qui fit supposer à la femme-fleur qu’elles devaient être de la même famille.
- Au fait, je ne me suis pas présentée... Je me nomme Medusa, et je suis l’oracle des âges. Et voici ma fille, Nayru. Vous sentez-vous assez forte pour vous lever ? Il y a un délicieux repas qui vous attend...
- Oh, je pense que si c’est pour manger, je devrais bien trouver quelques forces... Ce n’est pas Yorwan qui a cuisiné au moins ?
- Non, c’est mon époux, Chronos, et il est probablement le meilleur cuisinier de tout le pays. A vrai dire, il réussit tout ce qu’il fait...
Medusa jeta un regard plein d’affection à sa fille et Flamme ne put s’empêcher de sourire. Elle se reprit rapidement cependant et s’efforça de se lever, mais cette opération fut plus délicate qu’elle ne l’avait cru, et une fois debout elle serait tombée par terre si l’oracle ne l’avait pas rattrapée de justesse.
- On va y aller doucement, proposa-t-elle en entraînant la jeune femme en dehors de la pièce. Vous dormez depuis deux jours et vous n’avez presque rien mangé depuis quatre jours au moins, il est normal que vous soyez particulièrement affaiblie.
Yorwan se trouvait dans la pièce voisine, assis à une table en compagnie d’un vieil homme d’une soixantaine d’années environ dont le regard s’illumina en voyant Medusa et Nayru. Lorsqu’il s’aperçut que Flamme les accompagnait, le Sheikah voulut s’avancer vers les trois femmes, mais il s’arrêta brusquement, comme s’il venait de se rappeler quelque chose d’important.
- Alors, tu n’es pas morte finalement ? se moqua-t-il d’un ton railleur. C’est bête, je pensais être débarrassé, moi...
- De quoi parles-tu ? s’étonna le vieillard à côté de lui. Il n’y a même pas cinq minutes, tu disais encore que tu espérais de toute ton âme que ton amie était encore en vie !
Yorwan lui jeta un regard noir et devint écarlate, mais fort heureusement pour lui Flamme ne s’en aperçut pas. Les nombreux plats qu’elle avait à présent sous les yeux semblaient l’avoir hypnotisée. Medusa s’en rendit compte et l’aida à s’asseoir devant une assiette vide qu’elle remplit avec une sorte de ragoût sur lequel Flamme se jeta sans chercher à se contrôler le moins du monde.
- Alors l’albinos, comment ça se fait que tu puisses encore tenir debout ? demanda la jeune femme entre deux bouchées. Navi a dit que tu ne pourrais plus jamais marcher pourtant...
- C’est grâce à Medusa, expliqua-t-il. Mais je n’ai toujours pas compris comment elle avait fait...
- C’est pourtant simple, soupira l’oracle des âges. Grâce à mes pouvoirs, j’ai pu faire revenir ta jambe à son état passé, et donc avant qu’elle ne soit brisée.
- C’est peut être simple pour vous, grommela le jeune homme, mais moi je ne comprends pas comment ce genre de choses peut être possible... Franchement Chronos, vous comprenez quelque chose vous ?
- Oh, cela fait des années que j’ai laissé tomber tout espoir de comprendre les actes des femmes, répondit le vieil homme, et en particulier lorsque ces femmes s’appellent Medusa et sont oracles des âges.
Flamme fut surprise de découvrir que le vieillard était le mari de l’oracle. Pourquoi une femme aussi belle, qui ne devait pas avoir plus de trente ans, s’était-elle enchaînée à un vieil homme qui devait avoir au bas mot le double de son âge ? Elle n’eut pas le temps d’essayer d’éclaircir ce mystère, car Lésa arriva en courant et se jeta sur elle en pleurant de joie, suivie de près par Navi.
- Flamme ! s’exclama la Kokiri. J’avais tellement peur que tu te réveilles pas !
- Tu n’aurais pas dû t’inquiéter, je suis solide !
- Tellement solide que c’est toi qui étais dans l’état le plus catastrophique, railla la fée. Heureusement que j’étais là, sinon tu aurais fini en surgelé !
Pour toute réponse, la jeune femme lui lança un morceau de viande qui traînait dans son assiette, et Navi ne l’évita que de justesse. Elles commencèrent à se disputer, et lorsque Yorwan et Lésa décidèrent de s’en mêler, cela vira à la bataille de nourriture sous le regard mi-amusé mi-réprobateur de Medusa et Chronos.
Et pour la première fois depuis longtemps, Flamme ne cessait de rire.
Chapitre 37 
Dès le lendemain, Flamme fut jugée assez forte pour marcher un peu, et le trio partit pour la demeure de Medusa et Chronos. Celle-ci n’était pas particulièrement grande, mais elle était particulièrement chaleureuse, ce qui surprit un peu la femme-fleur. Elle n’aurait jamais cru trouver ce genre de personnes et de lieux dans un monde où vivaient des adoratrices de démons. Mais rapidement, les autres femmes-fleurs et sa promesse à Saria sortirent momentanément de ses pensées, et elle n’était pas la seule à ne plus y penser.
Yorwan, Lésa, Navi et elle passaient leur temps à ne rien faire, à part regarder passer les nuages, et essayer d’attraper des sauterelles dans l’herbe. Flamme se révéla d’ailleurs particulièrement douée à cette occupation, mais Lésa et Yorwan refusaient totalement de le reconnaître. Elle l'accusa d’être de mauvaise foi, et ce fut le début d’une bagarre généralisée qui ne se termina que lorsque le Sheikah commença à saigner du nez après un coup de poing de Navi sur laquelle il avait failli tomber. En bref, ils s’amusaient.
Parfois, Nayru venait les rejoindre, sous la surveillance de Chronos. Le vieil homme intriguait Flamme qui se demandait comment il avait pu séduire Medusa. L’existence de leur fille lui faisait penser qu’il devait cacher des ressources insoupçonnées, mais malgré son inexpérience la plus totale dans le domaine de l’amour, il lui semblait que cela ne pouvait être suffisant. Elle prit donc la décision de lui poser franchement la question.
- Toi, tu veux me demander quelque chose, déclara Chronos en la voyant approcher. Et vu la tête que tu fais, ça doit concerner la différence d’âge entre moi et Medusa, pas vrai ?
- Comment...
- C’est ce que tous les gens qui ne sont pas de la région se demandent. Comment une aussi jolie femme peut-elle avoir épousé un petit vieux dans mon genre ? A vrai dire, s’il y a bien une différence d’âge, ce n’est pas dans le sens que l’on croit.
- Vous ne voulez quand même pas me faire croire qu’elle est plus vieille que vous !
- C’est pourtant la vérité, soupira le vieil homme. Medusa est oracle du temps, et pour cette raison, elle vieillit dix fois plus lentement qu’un Hylien normal. C’est d’ailleurs ce qui me permet d’affirmer que notre fille sera aussi oracle... Je suis sûr que tu vas me prendre pour un fou si je te dis que Nayru a trente ans !
Flamme songea en effet qu’il ne devait plus avoir toute sa tête. L’âge sans doute... quoique... si des sages qui sacrifiaient leur vie pour un pays pouvaient être condamnés à rester ni morts ni vivants pour l’éternité, si un homme qui avait tout risqué pour sauver son pays pouvait brusquement se mettre à le ravager sans raison, alors pourquoi un oracle ne pourrait-il pas vivre en temps différé ?
- Je vous crois, annonça-t-elle finalement. Après tout, j’ai déjà vu des choses bien plus bizarres que ça.
- Je n’en doute pas... vous venez de loin tous les trois d’après ce que m’a raconté Yorwan, et votre chemin est loin d’être terminé... Vous recherchez vraiment la Triforce ?
- Oui... A l’heure actuelle, nous allons chez les femmes-fleurs, parce qu’on nous a dit qu’il y avait dans leurs terres un passage vers le saint royaume.
- Ah... c’est donc le fragment de la force que vous cherchez à récupérer pour l’instant, n’est-ce pas ? Oui, c’est un bon choix pour le commencement... les deux autres seront bien plus durs à récupérer, je le crains. Il vous faudra tuer des innocents...
- Je ne pense pas que Link soit particulièrement innocent...
- Non bien sûr, il n’est pas innocent, ou pas au sens où on l’entend généralement. Mais si ma mémoire ne me fait pas défaut, c’est la princesse Zelda qui possède le fragment de la sagesse. A ce qu’on raconte, elle est enceinte de ce tyran, et se sert de tout son pouvoir pour empêcher son enfant de naître. Je doute qu’elle accepte de se laisser tuer si elle n’est pas certaine du sort de son héritier...
- Eh bien... s’il le faut, je prendrai l’enfant avec moi, voilà tout !
Chronos eut un petit rire amusé qui ne plut pas du tout à Flamme. Elle avait pourtant été extrêmement sérieuse !
- L’avenir te donnera peut-être raison mon enfant... En attendant, tu devrais retourner t’amuser avec tes amis. Vous ne pourrez plus rester très longtemps ici je le crains... Des forces mauvaises sont en train de franchir la montagne, et elles en ont après vous.
- Comment le sav...
- Je le sais, tout simplement. Allons, va !
La jeune femme eut une petite moue boudeuse, puis alla rejoindre les autres qui étaient allongés dans l’herbe et regardaient les nuages. Sans un mot, elle s’installa entre Lésa et Yorwan, puis ferma les yeux.
- Qu’est-ce que tu voulais à Chronos ? demanda le Sheikah.
- Rien... enfin, rien d’important quoi. Dis Yo, je peux te poser une question ?
- Bien sûr. Mais je ne garantis pas que je répondrai.
- Je suis sérieuse, bâtard d’albinos !
- Moi aussi, espèce de peste de caractérielle, répliqua-t-il avec un large sourire. Alors, c’est quoi ta question ?
- Qui est Anna ?
Il se redressa brusquement, plus pâle que jamais.
- Qui t’as parlé d’elle ?!
- Toi. Dans la montagne, tu t’es mis à délirer à cause de la fièvre et tu as parlé d’Anna, de Guenn, d’Alesc’h, du temple de l’ombre, de magie et de quelqu’un qui était mort... Alors, qui c’est ?
Le jeune homme s’assombrit. S’il y avait bien une chose dont il ne voulait pas parler avec Flamme, c’était d’Anna... A vrai dire, il ne voulait parler d’elle avec personne. Même Guenn et Alesc’h n’avaient jamais pu lui arracher un seul mot sur ce sujet depuis "l’accident".
- C’est... quelqu’un, ça ne te regarde pas.
- Ah... comme tu veux. Je peux très bien comprendre, c’est une réaction normale après ce genre de choses, pour ce que j’en sais en tout cas.
- Une minute, objecta le Sheikah. "Après ce genre de choses" ? Qu’est-ce que tu crois qu’il m’est arrivé exactement ?
- Eh bien... c’était ta petite amie et elle t’a plaqué, n’est ce pas ? Crois-moi, je peux comprendre que tu ne veuilles pas en parler, même si ce genre de choses n’est pas vraiment de mon domaine.
Sa petite amie ? Le Sheikah devait admettre que sur ce point au moins, la femme-fleur n’était pas tombée trop loin. Mais pour le reste, elle était totalement à côté de la plaque et il était hors de question de lui laisser croire qu’à un moment ou à un autre de sa vie, il s’était fait larguer. Il avait sa fierté...
- Anna était une amie d’enfance et elle est morte quand on avait sept ans. Tu es contente ?
- Oh ! Ecoute Yorwan, je suis désolée, je ne savais pas, sinon je t’assure que jamais...
- Tu ne pouvais pas savoir... Bon, j’ai un truc à faire.
- Quoi ?
- Un truc...
Il se leva et partit vers la maisonnette où se trouvait Medusa, sous le regard médusé des trois filles. Aussitôt, Flamme se demanda si la mort de cette Anna n’avait pas un rapport avec le fait que Yorwan semblait détester user de magie...
Chapitre 38 
L’heure du départ commença à approcher. Le trio préparait ses affaires, faisant la liste de ce qui leur manquait, et regardant sur une carte la route qu’ils devraient prendre. D’après celle-ci, il leur faudrait au bas mot un mois avant de parvenir jusqu’à la mer.
- Et une fois au bord de la mer, on fera quoi ? demanda Yorwan. On saute à l’eau et on nage ?
- Une chose à la fois, tu veux ? On va déjà essayer d’arriver là-bas entiers !
- Pourquoi entiers ? s’inquiéta Lésa.
- Parce que Labrynna est un pays très dangereux d’après Medusa, expliqua Flamme. Il y a pas mal de créatures très dangereuses par ici, et je ne parle même pas des gens ! Il paraît qu’ils ne supportent pas les étrangers...
- En effet, confirma Navi. On dit que leur reine est tombée amoureuse d’un marin venu de Termina, et que celui-ci l’a finalement quittée pour reprendre la mer. Il aurait promis de revenir, mais cela fait plusieurs années et on est toujours sans nouvelles de lui...
- C’est triste... dis, comment tu sais tout ça ?
C’était une excellente question que Flamme se posait aussi. D’un autre côté, la fée avait probablement beaucoup voyagé autrefois...
- Tu es déjà venu avec Link ?
La fée sursauta et sa lumière s’affaiblit brutalement.
- Je ne vois pas de quoi tu parles ! s’offusqua-t-elle. Je n’ai rien à voir avec ce criminel, je...
- Tu crois qu’on va te croire peut-être ? se moqua la femme-fleur. Des fées bleues qui s’appellent Navi, ça ne court pas la plaine d’Hyrule...
- Oh... c’est vrai que ce n’est pas un nom très commun... D’accord, je l’avoue, c’est bien moi qui accompagnais Link durant son périple à Hyrule... Mais il n’avait rien d’un monstre à l’époque ! C’était quelqu’un de très doux et entièrement dévoué à Hyrule ! Il aurait pu mourir pour notre terre, pour Zelda, ou pour n’importe lequel de ses amis !
- Oui, nous savons ça, lui assura Yorwan. Tout le monde sait qu’avant, c’était quelqu’un de bien. Mais j’y pense, toi tu sais peut-être pourquoi il a changé !
La luciole le regarda un instant, puis sembla paniquée et voulut s’enfuir en volant. Flamme dut lui sauter dessus pour l’empêcher de partir se cacher.
- C’est une impression où tu veux nous cacher quelque chose ? demanda-t-elle. Tu sais, on ne va pas se moquer de toi ou te faire du mal...
- Je... c’est... c’est ma fauuuuuuuuuuuuuuuuute !
Sa lumière s’éteignit totalement, laissant apparaître une minuscule adolescente en train de pleurer toutes les larmes de son tout petit corps.
- Voilà, c’est ça la vérité, c’est à cause de moi qu’il est comme ça, c’est parce que je suis partie ! L’arbre Mojo m’a fait parvenir un message me demandant de rentrer, parce qu’un véritable Kokiri avait besoin d’une fée, et qu’il voulait que ce soit une fée spéciale, et donc il a pensé à moi !
- Et c’est tout ? s’étonna Yorwan. Tu sais, je ne pense pas qu’à l’époque, il ait pu devenir furieux simplement parce que tu as dû partir t’occuper de quelqu’un d’autre...
- Je n’ai pas fini, sanglota la fée. Je... je ne voulais pas me mettre à pleurer en le quittant, alors j’ai décidé de partir pendant qu’il dormirait...
- Ah, il a pu mal le prendre... mais je ne pense quand même pas que...
- Je n’ai pas fini ! A cause de ça, il a cru qu’il m’était arrivé quelque chose... il est allé à Termina, à Holodrum, à Labrynna même ! Et quand il est revenu, il était... ce qu’il est devenu...
Il y eut un moment de silence. En effet, cette explication était assez logique. Link avait très bien pu partir à la recherche de la fée, et là tomber sur quelque chose – ou quelqu’un – qui avait fait de lui le monstre qu’il était. Ou bien la seule perte de son amie avait-elle suffi à le rendre fou ? Flamme songea que la question pouvait être posée, même si l’état actuel de Navi ne lui permettait pas de trop lui en demander sur le sujet...
- Vous voyez ? c’est ma faute ! cria la fée. Sans moi, jamais vous n’auriez eu à faire tout ça, jamais vous...
- Jamais je n’aurais pris conscience du mal que j’ai fait, l’interrompit Flamme. Si Link n’était pas devenu un tel monstre, jamais je ne serais devenue amnésique, et jamais je n’aurais pris la décision de venir en aide à Saria et aux autres sages... donc dans un sens, je devrais te remercier.
C’était optimiste. Peut-être un peu trop, surtout venant de la part de la femme-fleur. Mais au moins, cela aida la petite fée à se calmer et à redevenir lumineuse, ce qui était dans l’ensemble un assez bon point.
- C’est normal en fait, expliqua-t-elle. Je suis une fée, tout ce que je fais découle à une bonne chose au final ! Vous voulez que je vous raconte la fois où j’ai aidé Link à se battre contre un dragon géant ?
Tout en l’écoutant raconter son histoire abracadabrante, Flamme se demanda si elle n’aurait pas mieux fait de la laisser s’enfuir...
Chapitre 39 
Deux jours plus tard, le quatuor était à nouveau sur les routes, en direction du sud désormais. Le temps était au beau fixe, il faisait une température idéale... Pour un peu, Flamme en aurait oublié ce qui se passait de l’autre côté des montagnes tant cette région était paradisiaque. Ou plutôt, presque paradisiaque... le fait que Navi ait réappris à parler lui gâchait un peu ce moment de douceur. Finalement, la femme-fleur comprenait pourquoi Link était devenu dingue... Il avait supporté cette espèce de pipelette pendant les Déesses seules savaient combien de temps, et lorsqu’elle l’avait quitté, il était tout simplement devenu fou... de joie. Elle aurait réagi exactement de la même manière à sa place...
- Au fait Flamme, tu devrais faire ré-aiguiser ton épée, déclara la luciole au beau milieu d’une histoire sur comment-Link-avait-vaincu-un-gros-monstre-tout-pas-beau. Elle est extrêmement précieuse tu sais ! C’est l’épée kokiri, la lame sacrée du peuple de la forêt ! Elle a été confiée aux Kokiris il y a des siècles de cela par une femme envoyée par les déesses qui fuyait ses ennemis avec ses deux enfants. On raconte qu’après, cette femme a...
- C’est bon ! l’interrompit Flamme. On va aller dans la ville la plus proche, et je vais faire examiner ton épée, OK ?
- D’accord, ça me va. Tu sais, cette épée a beaucoup servi à Link ! Par exemple, le jour où il s’est battu contre...
La femme-fleur s’éloigna pour ne pas avoir à supporter un autre récit héroïque. Pour elle, quoi que Navi puisse lui raconter, Link était et resterait un tyran monstrueux. Heureusement qu’il était orphelin et sans famille, sans quoi les malheureux qui auraient eu le moindre lien avec lui se seraient sûrement tués de honte.
Le lendemain, le petit groupe entrait dans le village Lynna. Celui-ci n’avait rien de la grande ville à laquelle Flamme s’attendait, mais il était tout de même doté d’une rivière, de quelques magasins et surtout d’un forgeron qui faisait aussi office d’armurier et de médecin à l’occasion. La jeune femme laissa donc Yorwan, Navi et Lésa partir de leur côté et se rendit à la forge.
La première chose qui la frappa une fois sur place, c’est qu’il n’y avait pas grand monde. Et surtout que les rares clients et employés étaient tous des hommes. L’un d’eux, un barbu avec des cheveux poivre et sel, s’approcha d’elle avec un grand sourire.
- Bonjour ma petite demoiselle, vous voulez voir le médecin ? C’est moi !
- Non, je viens voir l’armurier...
- Une femme ? Avoir besoin d’un armurier ? C’est pas pour affûter vos couteaux de cuisine au moins ? Parce que je vous préviens que...
Cette seule idée semblait le mettre hors de lui, et le fait qu’on puisse la prendre pour une simple femme capable de perdre du temps à s’occuper d’une maison rendait Flamme folle de rage. Ce crétin ne savait donc pas reconnaître une femme-fleur lorsqu’il avait le privilège d’en voir une ?
- J’ai besoin de faire aiguiser mon épée, le coupa-t-elle froidement. Et autant vous prévenir au cas où vous refuseriez qu’elle coupe encore largement assez pour vous trancher la tête, compris ?
- Eh eh, tu as du caractère ma jolie ! ça faisait pas mal de temps que je n’avais pas rencontré de femme épéiste, ça me manquait ! On dira ce qu’on voudra, les femmes sont souvent aussi douées que les hommes pour manier les épées, pas vrai ? C’est dans leurs cordes ce genre de choses, ça doit être à cause de la forme.
Rester calme. Ne pas s’énerver... il ne devait pas penser à ça. Il n’avait pas intérêt à penser à ça. D’ailleurs, elle ne devait surtout pas penser à ce genre d’idioties non plus, ou elle allait finir par le réduire en pièces, et à main nue par-dessus le marché, puisque son épée avait tendance à ne pas aimer les effusions de sang...
- Vous vous occupez de mon épée ou pas ?
- Bien sûr ma jolie... Moi aussi j’ai une certaine expérience avec ce genre d’engin. Oh, pas de la même façon que toi je pense, mais...
- Encore un mot, une allusion, un regard, une pensée de ce genre et je vous arrache les poils de la barbe un par un avec une pince à épiler avant de vous les faire avaler en même temps que vos tripes que j’aurai préalablement fait sortir d’un seul coup d’épée. Alors ?
Difficile de savoir si c’était la menace en elle-même ou l’air soudain chaleureux et le grand sourire de Flamme qui firent leur effet, mais le vieil homme pâlit brusquement et perdit toute expression perverse.
- Je suis désolé mademoiselle, j’le ferai plus, promis ! Vous... vous me donnez votre épée ?
Elle lui tendit l’arme avec un léger sourire et il partit en courant pour s’en occuper. Cette technique de menace était légèrement barbare sur les bords, mais elle avait l’énorme avantage de très bien marcher... Il faudrait qu’elle essaye sur Navi la prochaine fois qu’elle commencerait son bavardage.
Le forgeron revint une dizaine de minutes plus tard, l’épée en main, et une expression préoccupée sur le visage.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Flamme, un peu inquiète. Il y a un problème ?
- Où avez-vous eu cette épée ?
- Je l’ai trouvée à Termina. Enfin, trouvée... je soupçonne qu’on l’ait laissée quelque part pour être sûr que je la trouve. Pourquoi cette question ?
- C’est... c’est "l’épée des bois"... d’après la légende, elle était conservée dans le Temple des Astres, jusqu’à ce que la première adoratrice du démon l’en retire pour la cacher dans un pays légendaire, Hyrule. Vous... vous ne devriez pas l’avoir !
- Ah ? Personne ne m’avait jamais dit ça... mais c’est vrai que ça se tient. Combien je vous dois ?
Il la regarda dans les yeux, visiblement estomaqué. A priori, il s’était imaginé une réaction plus... non, en fait, il avait certainement juste pensé qu’elle réagirait, ce qui n’était absolument pas le cas.
- Vous ne pouvez pas reprendre cette épée, déclara-t-il. Cette lame est réputée pour être maudite, et seule l’Elue pourrait la prendre sans crainte.
- Ça tombe bien, il paraîtrait que ce serait moi, répondit la jeune femme. Mon épée. Ou je vous explose la tête.
- ...
Il hésita un instant, puis lui tendit l’arme dont elle se saisit rapidement, et avec un grand sourire par-dessus le marché.
- Merci. Je savais que vous finiriez par être raisonnable...
- Vous ne m’avez pas laissé le choix... Mais soyez prudente ! Cette arme est maudite, et si vous étiez une bonne escrimeuse, vous le sentiriez !
- Je ne suis pas une escrimeuse. Je suis une femme-fleur...
Le forgeron lui jeta un regard d’horreur absolu, mais avant qu’il n’ait eu le temps de dire quoi que ce soit, un cri plein de terreur s’éleva dans la ville.
- FLAMME !
C’était la voix de Lésa.
Chapitre 40 
Yorwan était complètement paniqué. Où était donc Flamme ? Trouver une forge dans ce patelin minable n’était tout de même pas si compliqué que cela ! Elle avait dû se perdre, comme la pauvre idiote sans cervelle qu’elle était, et le résultat ne s’était pas fait attendre : Une bande de moblins dirigée par un Zora à qui il manquait un bras menaçait de tuer Lésa si la femme-fleur ne se dépêchait pas. Et après ça, elle oserait encore dire que ce n’était pas elle qui attirait les ennuis... elle allait l’entendre !
Si elle arrivait. Ce qui n’était pas garanti à l’heure actuelle... Flamme était tellement imprévisible ! Voilà au moins un point sur lequel elle était totalement à l’opposé d’Anna. Il allait falloir qu’il s’en souvienne... Mais il verrait cela plus tard. Pour le moment, il y avait une urgence : sauver Lésa. Et pour cela, il n’aurait pas le choix : il allait devoir se servir de la magie, même si cela le dégoûtait au plus haut point...
Le jeune homme se concentra, essayant de sentir l’énergie qui circulait en permanence dans le sol et l’air. Une fois ce courant trouvé, il commença la partie la plus difficile, surtout pour quelqu’un manquant de pratique comme lui, à savoir canaliser cette énergie et lui faire faire ce qu’il désirait... Le Sheikah y était presque parvenu et se préparait à transformer la magie pure en feu, lorsque quelqu’un le bouscula, le faisant tomber par terre et surtout brisant sa concentration. Il n’avait plus qu’à tout recommencer...
Il se releva donc et jeta un rapide coup d’oeil vers les moblins, pour s’apercevoir qu’il n’aurait jamais le temps de recommencer tout le processus de zéro. Il allait donc devoir se jeter sur les monstres, et s’arranger pour mourir le plus lentement possible pour laisser à Flamme le temps d’arriver et de sauver la Kokiri. Et si elle ne le faisait pas... il reviendrait la hanter à tout jamais pour lui faire payer ça. Tiens, l’idée était assez intéressante...
- Yorwan !
Le Sheikah n’eut pas le temps d’approfondir cette idée pourtant plutôt agréable, car la femme-fleur avait finalement retrouvé son chemin. Il lui lança donc un regard noir pour s’assurer qu’elle ne saurait jamais qu’il était plus que soulagé de la voir.
- Tu en as mis du temps ! Il y a du boulot pour toi, des types ont pris Lésa en otage et ils veulent te voir.
- Et toi, tu n’as rien fait, commenta sèchement la jeune femme. Tu parles d’un homme...
- J’ai essayé, je te signale ! J’ai voulu utiliser la magie, mais on m’a déconcentré, et... Eh, tu pourrais m’écouter quand je parle !
Elle venait de le planter là pour s’approcher des monstres et de leur chef zora. Celui-ci, qui jusque là était demeuré parfaitement inexpressif, eut un petit sourire ironique qui n’annonçait rien de bon.
- J’étais certain que ce petit piège vous ferait venir, Dame Luscinia, déclara-t-il. On dirait que vous tenez réellement à cette petite... Quelle honte pour une femme-fleur !
- Vous n’êtes qu’un misérable mâle, et zora par-dessus le marché, ce qui est une double malchance, il faut bien l’admettre. Les déesses n’ont pas été tendres avec vous... et je ne le serai pas non plus si vous prétendez me juger. Lâchez cette gamine et dites-moi ce que vous me voulez.
- Vous pensez peut-être me faire peur ? Vous n’êtes qu’une amnésique, vous ne savez plus quels sont vos pouvoirs, ni comment les utiliser. Vous êtes inoffensive, vous êtes faible... vous êtes une femme.
Rester calme, détendue... ne pas lui sauter dessus et lui arracher chaque écaille avec une épingle rouillée et enduite de poison. De toute façon, elle n’avait même pas cela sur elle. Et surtout, ce petit minable ne valait pas la peine qu’elle s’énerve ainsi, qu’elle redevienne une meurtrière...
- Dernier avertissement, laissez la Kokiri partir, où je n’hésiterai pas à vous faire très mal.
- Qu’est-ce que je pourrais avoir à craindre d’une femelle ? Vous autres êtes inférieures aux mâles, vous ne servez qu’à porter notre progéniture.
- ...
D’accord. Il le prenait comme ça... Elle aurait pu essayer d’être à peu près gentille, mais il y avait des limites à ce qu’elle pouvait supporter. Et entendre une espèce de crétin manchot avec une peau plus bleue que le ciel lui donner des leçons sur la place qu’elle était censée avoir dans la société dépassait plus que largement cette limite. Cette vermine machiste allait comprendre à quel point énerver une femme-fleur qui venait de découvrir sa protégée menacée par une bande de cochons géants après s’être fait draguer par un vieux pervers, était une mauvaise idée.
En un mot, il allait morfler.
Ou plutôt, il aurait morflé s’il n’y avait eu un léger problème, sous la forme d’un mouvement de foule causé par de hautes flammes s’élevant de la... rivière ?
Yorwan, loin de chercher à comprendre comment un tel phénomène était possible, s’élança vers les moblins et leur arracha Lésa avant d’attraper Flamme par le bras et de se mettre à courir dans la direction opposée à celle prise par les gens normaux.
- Je peux savoir ce que tu fiches ? tempêta la femme-fleur. Espèce de bâtard d’albinos dégénéré, il y a le feu là-bas ! Tu veux qu’on meure ?
- Le feu est sur la rivière, il ne devrait pas se communiquer sur la berge normalement. Enfin, je crois... mais une chose est sûre, c’est que si on va dans l’autre direction, ces barbares vont finir par nous retrouver !
- Mais je VEUX qu’ils nous retrouvent ! Je veux faire la peau à cette espèce de misogyne écailleux !
- Plus tard ! crièrent Yorwan et Lésa d’une même voix.
La jeune femme ne répliqua pas, mais tout en courant elle se jura de retrouver ce Zora pour lui faire comprendre qu’on n’insultait pas impunément une femme-fleur... Elle commençait à réfléchir à ce qu’elle pourrait bien lui faire, lorsqu’elle La vit.
Elle se trouvait au milieu du pont et était en train de vider sur l’eau le contenu de grandes jarres d’huile qui prenait feu aussitôt. C’était une vieille femme, avec les restes d’une ancienne beauté pas tout à fait éteinte... C’était la femme qui lui avait parlé plusieurs mois auparavant, alors qu’ils s’apprêtaient à entrer dans le désert gerudo. C’était Kireina, la reine des femmes-fleurs, celle qui avait invoqué le démon qui lui avait volé son âme, celle à cause de qui elle avait fait tout ce mal, celle à cause de qui elle était devenue Luscinia...
Brusquement, la reine sembla s’apercevoir qu’elle était observée et elle se tourna vers le petit groupe. Les deux femmes se dévisagèrent quelques secondes, puis Kireina détourna le visage et disparut en se téléportant.
Chapitre 41 
Finalement, même si Luscinia été parvenue à lui échapper, Link était assez content de la prise de Bourg-Clocher. Il avait eu des gens à torturer à profusion, et surtout, il avait trouvé une jeune fille absolument merveilleuse.
Tout d’abord, elle était totalement sublime, plus belle encore que Luscinia, ce qui n’était pas peu dire du point de vue de l'Hylien. Et sa beauté lui semblait d’autant plus grande qu’elle n’était pas une femme-fleur, et que sa pureté n’était pas inviolable... Et pour finir, elle était dotée d’un don rare, que les déesses n’accordaient que très rarement : elle pouvait voir le futur avec une précision et une fiabilité inégalable.
Link avait tout d’abord eu des doutes lorsqu’on lui avait amené la jeune fille et qu’un Sheikah lui avait assuré qu’elle avait un don de vision. Bien sûr, cette race avait le don de découvrir les caractéristiques paranormales chez les autres, mais tout de même. Il lui semblait assez improbable qu’une jeune fille de Termina dotée d’un tel pouvoir ait pu atteindre son âge sans avoir été recrutée de force par les femmes-fleurs. Ceci dit, sa beauté étant certaine, laisser une telle fleur aux mains de ses hommes aurait été un crime... et surtout, ça aurait été se priver d’un nouveau jouet des plus intéressants. Il avait donc demandé au Sheikah qui la lui avait amenée de les laisser seuls, et s’était approché d’elle, un léger sourire aux lèvres.
- Je sais ce que vous voulez, murmura la jeune fille. Je préfère encore mourir...
- Cela pourra toujours s’arranger si tu devais ne plus me plaire. Comment t’appelles-tu ?
- Hétaïre. Et je peux déjà voir votre mort...
- Tu penses peut-être me faire croire que tu as réellement un don de double vue ? Je sais que les Sheikahs sont friands de ce genre de sottises, mais je suis bien moins crédule qu’eux, petite !
Hétaïre ne parut pas impressionnée et elle se permit même un sourire moqueur, chose que seule Zelda osait normalement faire face à Link. Zelda, et parfois Luscinia, les rares jours où elle était de bonne humeur.
- Celle qui porte votre enfant n’a-t-elle pas aussi ce pouvoir ? Ces visions ne vous ont-elles pas permis de vaincre le Prince du Malin autrefois ? Ont dirait que cette stupide femme-fleur n’est pas la seule à avoir des problèmes de mémoire... Peut-être la malédiction de la Triforce qui refait surface chez vous, bien qu’Elle vous ait quitté.
Link resta quelques instants sans rien dire, puis lui donna une violente gifle qui fit tomber la jeune fille. Pourtant celle-ci souriait toujours. Elle avait peur bien sûr, mais sa terreur lui donnait des ailes. Et puisqu’elle était certaine de mourir, ou au moins de souffrir autant qu’à l’époque où elle avait été chez les femmes-fleurs, elle pouvait bien se permettre de s’amuser un peu avant.
- Je te trouve bien insolente pour une simple adolescente... Tu ne sais donc pas qui je suis pour me parler ainsi, jeune idiote ?
- Je sais qui vous êtes mieux que vous ne le savez vous-même, répliqua Hétaïre. Vous avez tout été, vous n’êtes plus rien, puisqu’on vous a volé ce qui faisait de vous quelqu’un. Vous n’êtes plus qu’une enveloppe vide, espérant trouver un moyen d’échapper à son destin !
- Et toi, tu connaîtrais mon futur ?
- Le vôtre, et celui de toute personne dont je désire connaître l’avenir ! Malheureusement, ceux que j’ai tenté d’avertir de ce qui les attendait ne m’ont pas écoutée. On ne peut pas changer ce qui doit arriver, vous devriez vous faire à cette idée, même si...
Elle s’interrompit brusquement, comme consciente qu’elle avait failli en dire trop.
- Même si quoi ? Finis ta phrase jeune fille, ordonna le tyran, ou tu connaîtras la douleur suprême !
- Cette souffrance ne m’est pas destinée ! C’est vous qu’elle attend, pour votre crime, pour vos crimes !
- La douleur éternelle, ironisa l'Hylien. Oui, on m’a souvent promis cela... Mais pour l’instant, ça n’a toujours été que des paroles en l’air.
- Je dis douleur suprême, pas éternelle. Votre calvaire aura une fin, puisque votre faute a permis de sauver l’esprit de... Par la déesse du temps ! Je n’arrive pas à y croire, comment ai-je pu ne jamais voir ça avant ?
Le temps de cette révélation venait probablement d’arriver, songea Hétaïre. Mais tout de même, un tel secret... comment avait-on pu garder une telle chose cachée toutes ces années ? C’était tout simplement incroyable !
L’ex-apprentie femme-fleur était si préoccupée par la vision qu’elle venait d’avoir qu’elle ne s’aperçut que Link s’était approché d’elle que lorsqu’il lui tordit le bras dans le dos.
- Je crois que tu as beaucoup de choses à me dire, Hétaïre... Tout ce que j’ai sauvé, c’est l’esprit d’une gamine qui aurait dû devenir femme-fleur, et qui est finalement devenue une tueuse sanguinaire, crainte par toute personne ayant deux sous de bon sens...
- Lâchez-moi ! Vous me faites mal !
- Oh, mais ça ne marche pas comme cela ma toute belle, se moqua le tyran. Tu vas me raconter tout ce que tu as pu voir sur ma soi-disant fin, et ensuite je te laisserai peut-être tranquille pour un moment...
- Plutôt crever que de vous aider !
L’ancien héros se mit à sourire d’un air peu encourageant. Il venait de reprendre l’avantage... Cette petite idiote ne serait pas différente de Malon ou les autres, elle craquerait rapidement face à son don pour la torture mentale et physique.
- Je te l’ai déjà dit, petite... pour ce qui est de mourir, je pourrai facilement arranger cela. Et puis, j’ai une grande amie qui m’a fait découvrir qu’il y a bien pire que la mort... je ne prétends pas avoir atteint son niveau, mais je ne suis tout de même pas trop mauvais en matière de douleur...
La jeune fille le regarda un instant d’un air inquiet, se demandant ce qu’il allait lui faire, puis elle reprit soudain courage. De toute manière, elle pouvait bien lui raconter deux ou trois petites choses... si elle utilisait un langage suffisamment mystique, il n’y comprendrait pas grand-chose, et ne chercherait pas à lui en demander plus.
- Alors jeune fille ? Qu’as-tu de beau à me raconter ? demanda l'Hylien en lui serrant davantage le bras. A ta place, je ferais vite...
- Le Prince du malin n’a pas entièrement quitté ce monde, loin de là, murmura la jeune fille. Quelque chose de lui a survécu, et c’est cela qui causera à la fois sa propre fin et la vôtre... La femme-fleur mourra aussi de sa main, et l’enfant qu’elle a emprisonnée autrefois reprendra la place qui lui revient de droit. Le jour où la brune éloignera enfin la rousse, l’Elue n’aura plus qu’à commettre son ultime meurtre, sa dernière trahison, pour acquérir la totalité du pouvoir qui lui est destiné... ET VOUS NE POURREZ RIEN Y CHANGER !
Il la toisa du regard. Cette petite avait du cran. Et un don, c’était certain, sans cela, elle n’aurait jamais parlé ainsi de Ganondorf... Il eut un nouveau sourire. Parfait... il venait de perdre un beau jouet, pour gagner une véritable mine d’information... Le tyran assomma la jeune femme d’un coup dur la tête, puis il fit appeler Alesc’h. Le Sheikah arriva dans la minute qui suivit, toujours aussi mystérieux et plus androgyne que jamais.
- Vous m’avez fait demander, Monseigneur ?
- Oui, Alesc’h. Je voudrais que tu emmènes cette jeune fille à Hyrule, dans mon palais. Offre-lui la plus belle chambre que tu trouveras, je tiens à ce qu’elle mène une vie... royale.
- Cette Hylienne doit avoir de grandes qualités cachées pour que vous soyez aussi généreux avec elle, ironisa le Sheikah. Peut-être devriez-vous la présenter à vos meilleurs hommes pour les récompenser...
- A ta place, je ne serais pas aussi insolent, le menaça Link. Aux dernières nouvelles, tu ne l’as toujours pas retrouvé, n’est-ce pas ? C’était pourtant une mission enfantine pour toi... Mais j’ai pu me tromper à ton sujet.
Alesc’h parut particulièrement froissé par cette remarque, mais il parvint à sourire d’un air parfaitement soumis.
- Il s’est trouvé un protecteur bien plus puissant que moi hélas, expliqua-t-il. Je n’arrive pas encore à savoir qui exactement, mais tous les espions que j’ai envoyés sont morts...
- Alors envoie l’armée, sinistre crétin ! Je VEUX ce Sheikah à ma botte ! hurla l'Hylien. Tu ne comprends donc pas la situation ? Il suffirait qu’il se fasse tuer, et tout serait perdu ! TU COMPRENDS CELA ?
Le Sheikah fit un pas en arrière, un peu effrayé. En temps normal, son maître ne s’énervait jamais ainsi contre lui... Il devait absolument La prévenir de ce qui se passait... Elle saurait certainement quoi faire.
- Bien Monseigneur, je ferai selon vos désirs...
Il prit Hétaïre dans ses bras, puis partit après une ultime courbette devant son tyrannique seigneur. La situation devenait dangereuse pour lui, et pour tous les autres, et cela par la faute de cette catin de Luscinia. Quel dommage que le poison n’ait pas parfaitement fait son effet sur elle...
Chapitre 42 
A des milliers et des milliers de kilomètres de là, Flamme ignorait tout des pensées haineuses formulées par un Sheikah androgyne à son égard. Ceci dit, mais si elle avait su, elle ne s’en serait probablement pas préoccupée plus que cela. En effet, contrairement aux prévisions de Yorwan, l’incendie avait largement dépassé le cadre de la rivière, et le quatuor courait aussi rapidement que possible pour éviter de finir en steak trop cuit. Ou plutôt, Flamme, Lésa et Yorwan couraient, tandis que Navi se laissait tranquillement balader, assise sur une épaule du Sheikah. Le feu allait fort heureusement un tout petit peu moins vite qu’eux, si bien qu’ils purent lui échapper et sortir du village en un seul morceau.
- On a eu chaud, commenta Yorwan. Ceci dit, je brûle de savoir qui est la vieille folle qui a allumé le feu. Tu la connais, Flamme ?
- Tes jeux de mots sont catastrophiques, bâtard albinos. Oui, je sais qui c’est, et... je ne veux pas en parler.
- Tiens, tu nous fais des cachotteries maintenant ?
- Ecoute, tu nous racontes tout ce qu’il y a à savoir sur Anna, et je te dis tout ce que je sais sur la vieille, d’accord ?
- Crève.
- Je vois qu’on est sur la même longueur d’onde, commenta la jeune femme. Bien, et si on s’éloignait de ce fichu village ? Je n’aimerais pas retomber sur monsieur macho et ses sous-fifres... Je suis sûre que mon épée m’empêcherait encore de leur régler leur compte une bonne fois pour toutes...
- Et tu fais toujours ce que ton arme te demande ? se moqua Navi. Pour une héroïne, ça ne le fait pas vraiment...
Aussitôt la femme-fleur lança un regard noir et la petite fée alla se cacher derrière Yorwan aussi rapidement qu’elle le put.
- Je ne suis pas une héroïne, compris ? Dis ça encore une seule fois et je t’arracherai les ailes...
Navi poussa un petit cri et se cacha dans la tunique du Sheikah pour être sûre que la jeune femme n’essayerait pas de mettre ses menaces à exécution. Celui-ci commença à gesticuler dans tous les sens pour la faire sortir tandis que Lésa le regardait faire en riant de tout son soûl.
Flamme soupira. Comment pouvaient-ils penser à rire alors qu’ils étaient recherchés par une dingue probablement envoyée par Link, et que la reine des femmes-fleurs en personne s’était dérangée pour les sortir du pétrin. Or connaissant Kireina, ce n’était pas forcément une bonne nouvelle... en temps que femme-fleur, elle était parfaitement capable de les avoir sauvés uniquement pour avoir le plaisir de les tuer elle-même. Cela ne serait pas la première fois qu’elle ferait ce genre de choses, et certainement pas la dernière non plus.
Navi, qui venait de sortir de la tunique de Yorwan et cherchait à présent à échapper au Sheikah furieux, s’immobilisa brusquement dans les airs.
- Flamme ?
La jeune femme ne se tourna même pas vers elle.
- Oui ?
- Tu voulais que le Zora macho et ses copains nous rattrapent, pas vrai ?
- Oui, pourquoi ?
- Parce que le Zora macho est là, femelle. Pensais-tu vraiment qu’un incendie suffirait à nous faire perdre votre trace ?
Cette fois, Flamme se retourna.
- Tiens, mais vous n’êtes peut-être pas si stupides que ça finalement... Malheureusement, je crains de devoir vous tuer à présent.
- Penses-tu me faire peur, femme ? se moqua le poisson misogyne. Tu es peut-être bonne parleuse, mais je doute que tu sois aussi douée dans le feu de l’action.
La jeune femme réagit au quart de tour : elle sortit son épée de son fourreau, puis se jeta sur le Zora qui eut tout juste le temps de se protéger avec son aileron pour empêcher la jeune femme de le décapiter. Visiblement, il ne s’attendait pas à ce qu’elle passe à l’acte... Flamme de son côté était assez surprise, son épée semblait ne pas désapprouver ce combat. Tant mieux dans le fond, elle allait pouvoir se détendre un peu.
Les moblins ne l’entendaient pas de cette oreille. Voyant leur chef en danger, ils se précipitèrent pour le tirer des griffes de la femme-fleur. Mal leur en prit, car les premiers à arriver près d’elle se firent littéralement embrocher sur l’épée de la jeune femme. Les suivants s’arrêtèrent en pleine course en voyant cela, se demandant à présent si la vie du Zora avait réellement assez de valeur pour qu’ils risquent la leur sous le regard moqueur de Flamme. Le Zora en profita pour repousser la jeune femme et pour sortir sa propre arme, une lame ou moins deux fois plus large que Flamme.
- Voilà la preuve de ma supériorité sur toi, femelle, déclara-t-il d’un ton pompeux. Une arme que tu ne pourrais soulever à deux mains, il me suffit d’une pour m’en servir.
- Admettons que tu aies plus de muscles que moi. Je dispose d’une chose que tu n’as jamais eue et n’auras jamais : un cerveau !
- Toi...
Ivre de rage, le Zora se précipita vers elle et leva son épée, prêt à la découper en tranches, mais il s’arrêta en pleine course et tomba par terre, frappé par une sorte d’éclair en boule. Flamme se tourna aussitôt vers Yorwan, prête à lui dire très exactement ce qu’elle pensait du fait qu’il avait osé interrompre SON combat sans qu’elle l’y ait autorisé, mais le Sheikah ne la regardait absolument pas. Il fixait une silhouette enveloppée dans une grande cape noire. Une silhouette étrangement familière...
- Kireina !
- Tiens tiens, tu as retrouvé la mémoire on dirait, constata la vieille femme. Je connais quelqu’un qui risque de ne pas apprécier la nouvelle...
- Link ? Je pense que je me remettrai de ça sans trop de problèmes. Les petites crises de mécontentement de Monseigneur ne m’intéressent plus tellement.
- Elles devraient pourtant ! A ce que je vois, tu as toujours une cervelle de Goron !
Flamme ignora les ricanements de Yorwan et jeta un regard noir à la vieille femme, prête à lui envoyer une réplique cinglante, lorsqu’elle entendit quelqu’un courir derrière elle. Profitant que plus personne ne le regardait, le Zora s’était relevé et s’apprêtait à venir embrocher la femme-fleur, oubliant un instant qu’il devait la ramener vivante. Elle eut tout juste le temps d’esquiver pour éviter de finir en brochette.
- Vous, ce n’est vraiment pas le moment !
- Tu prétends me donner des ordres, femme ?
- Disons plutôt un conseil, crâne de poisson ! Je déteste être dérangée quand je parle, compris ? Alors fais cou-couche panier et fiche-moi la paix trente secondes !
- Espèce de sale petite...
Le visage du Zora passa du blanc à un rouge vif pas particulièrement esthétique et rassurant, si bien que la jeune femme se demanda si elle n’y avait pas été un tout petit peu trop fort avec lui. Il était probable que oui, car le mercenaire souleva sa lourde épée au-dessus de lui, prêt à l’abattre sur elle.
Yorwan, voyant ce qui allait se passer, se jeta sur la jeune femme pour la protéger, faisant au passage tomber Lésa et Navi qui se retrouvèrent prises en sandwich entre Flamme et le Sheikah. Le Zora parut un peu surpris de cette tentative de protection, mais il se ressaisit bien vite et avec un sourire sadique se prépara à laisser retomber son arme sur le quatuor. Kireina resta un instant sans pouvoir bouger, puis elle sembla reprendre le contrôle d’elle-même.
Sans quitter le petit groupe du regard, elle se concentra et murmura quelques mots sans queue ni tête. Les quatre amis virent une lueur rougeâtre les entourer, puis ils disparurent juste au moment où l’épée du manchot s’abattait exactement là où ils s’étaient trouvés. En voyant l’air à la fois ahuri et furieux du Zora, Kireina ne put retenir un petit rire qui ne dura pas.
Affaiblie par l’effort qu’elle venait de faire, la vieille femme tomba à genoux. Elle n’avait décidément plus l’âge de ce genre de choses... Luscinia avait intérêt à bientôt pouvoir se débrouiller seule, car elle ne pourrait plus lui venir en aide très souvent...
Profitant de la faiblesse de la reine des femmes-fleurs, l’un des moblins survivants l’assomma d’un unique coup de poing, puis il se tourna vers son chef pour savoir ce qu’il devait en faire.
- Emmène cette vieille folle à sa Majesté Link. C’est une femme-fleur à en juger par ses cheveux et ses yeux, il devrait être content. Même si elle est un peu vieille pour lui, il pourra toujours s’amuser à la torturer, j’imagine.
Le monstre hocha la tête avec un grognement, puis mit la vieille femme sur son épaule et partit dans la direction qu’il espérait être celle de Termina. Pour cette capture, il serait probablement récompensé...
Chapitre 43 
Lorsque Flamme ouvrit les yeux, elle remarqua tout d’abord qu’elle avait un mal de crâne absolument atroce. Quoi que cette vieille folle de Kireina leur ait fait, elle n’y était pas allée de main morte, c’était le moins qu’on puisse dire. Et puis, il y eut... l’odeur.
Une odeur salée, une sorte de mélange de poisson, d’algue, de sable chauffé, d’embruns... en un mot, l’odeur de la mer. Mais c’était impossible, ils avaient encore tant de chemin à faire avant d’y arriver ! Encore tant de danger à affronter avant de s’opposer au plus grand d’entre eux, l’océan, l’impitoyable océan...
Et pourtant, quand elle se redressa pour regarder autour d’elle, la jeune femme ne put le nier. Ils y étaient, ils étaient au bord de la mer, tout près de la fin d’une partie de leur aventure, peut-être même de la fin tout court... Kireina les avait donc téléportés ? Non, impossible, pourquoi aurait-elle fait cela ? Puisqu’elle voulait les tuer, il aurait été plus logique qu’elle éloigne les mercenaires pour s’occuper de leur cas en toute tranquillité, non ? A moins qu’il n’y ait autre chose, à moins qu’elle n’ait voulu... les sauver ? Mais encore une fois, pourquoi aurait-elle fait cela ? A cause... à cause d’un lien particulier entres les deux femmes peut-être... Cela disait vaguement quelque chose à Flamme, mais impossible de savoir quoi.
Un grognement se fit entendre derrière la jeune femme qui se retourna. Yorwan, qui à première vue avait lui aussi mal à la tête, venait de se réveiller, suivi de près par Lésa qui ne semblait pas beaucoup plus en forme que les deux adultes.
- Où sommes-nous ? demanda le Sheikah. Qu’est-ce que cette espèce de vieille chauve-souris nous a fait ?
- En un mot, je dirais qu’elle nous a transportés au bord de la mer par magie.
- Ça fait un peu plus d’un mot, j’espère que tu l’as remarqué...
- Je t’en prie Yorwan, ce n’est pas le moment d’essayer de faire de l’humour... j’ai l’impression qu’un troupeau de Gorons s’est amusé à faire la course dans mon cerveau...
- Bienvenue au club... Bon, on devrait se chercher un bateau, non ? Il me semble que les femmes-fleurs vivent de l’autre côté de la mer, non ?
Flamme acquiesça simplement. Pour une fois, l’albinos n’avait pas une trop mauvaise idée... ça lui arrivait de plus en plus souvent d’ailleurs. S’il n’avait pas eu un humour aussi stupide, elle aurait presque dit qu’il était devenu intelligent. Presque.
- Il y a une maison là-bas, signala Lésa en pointant du doigt un cabanon en ruines. Peut-être qu’il y a quelqu’un qui pourra nous aider à aller chez les femmes-fleurs !
- Je me demande qui peut bien vivre dans une bicoque pareille, se demanda Flamme. Ce truc n’a l’air de tenir debout que par miracle...
- Elle appartient probablement au petit vieux qui est devant, tu crois pas ? Il a l’air rudement gentil, on va le voir ?
Sans attendre la réponse, la petite Kokiri se mit à courir en direction du vieil homme, suivie par les deux adultes qui se demandaient comment elle pouvait être aussi en forme alors qu’eux ne rêvaient que de dormir. D’un autre côté, les Kokiris étaient des immortels, ils devaient avoir une résistance particulière face aux petits tracas de la vie quotidienne... peut-être même étaient-ils immunisés contre les migraines. Ce qui expliquerait qu’ils arrivaient à supporter aussi facilement les fées.
Lorsqu’ils rejoignirent la fillette et le vieil homme, ceux-ci étaient en pleine conversation et ils les ignorèrent durant un bon moment. Il ne fallut rien de moins que la voix soudain stridente de Navi pour rappeler aux deux bavards qu’ils n’étaient pas seuls au monde.
- Lésa ! Je peux savoir avec qui tu parles encore ?
- Oh, pardon ! Je vous présente monsieur Cheval ! C’est un étudiant de la mer ! Je lui ai demandé s’il pouvait nous aider à aller sur la mer, et il a dit oui, c’est gentil, pas vrai ?
Très gentil en effet. Mais à présent qu’ils se rapprochaient du territoire des femmes-fleurs, Flamme trouvait la gentillesse particulièrement suspecte. D’autant plus que ce vieil homme lui rappelait vaguement quelque chose, sans qu’elle puisse dire quoi exactement.
- Quelle adorable enfant, murmura Cheval en se tournant vers la jeune femme. Est-ce votre fille mademois... Par l’oracle ! Vous...vous... vous êtes une femme-fleur !
- Nous avons tous nos petits défauts que voulez-vous... Je peux vous assurer que je me passerais bien de celui-ci.
- Votre visage me dit quelque chose... n’êtes-vous pas Lu... Lu... ah, je n’arrive pas à retrouver ce nom... La filleule de serment de la reine Kirieina ?
- Luscinia. Oui, c’est effectivement moi...
Tiens, elle était la filleule de serment de Kireina ? Effectivement, maintenant qu’il le disait... ça lui semblait parfaitement logique. Et ça l’était, elle se souvenait que tout le monde disait d’elle qu’elle avait toujours eu un immense potentiel.
- Filleule de serment ? s’étonna Yorwan. C’est quoi encore ce délire ?
- Ce n’est pas un délire, mon cher albinos complètement taré. Chaque femme-fleur, à partir du jour où un démon s’est emparé de son âme, doit prêter le serment qu’elle obéira toujours à sa reine et à celle qui l’a fait jurer qu’on appelle la marraine de serment. Dans mon cas, ça veut tout simplement dire que la seule personne à laquelle je dois rendre des comptes, c’est Kireina. Simple, non ?
- Si tu le dis...
- Je le dis justement ! Bien, à présent que ce détail est réglé, revenons à cette histoire de traverser la mer. Vous seriez réellement prêt à nous aider, monsieur ?
- Comme si un homme pouvait refuser quoi que ce soit à une femme-fleur, mademoiselle. Bien sûr que je vous aiderai... mais êtes-vous réellement consciente des risques encourus par vos compagnons ? Il n’y a qu’une seule personne à être jamais revenue vivante de votre île. Par personne, je veux bien entendu dire en dehors des femmes-fleurs elles-mêmes...
Encore Link... il était diablement connu dans la région celui-là... Une idée étrange traversa alors l’esprit de Flamme.
- Dites-moi, cette personne... qu’est-ce qu’elle allait faire exactement chez les femmes-fleurs ? Du tourisme ?
- Non. C’était un adolescent au coeur pur, et il m’a dit être à la recherche d’une amie aussi importante à ses yeux qu’une soeur qui avait mystérieusement disparu depuis plusieurs années. Il pensait que peut-être elle se trouvait sur... qu’a donc votre fée ?
Navi, en entendant les mots recherche et amie, s’était éteinte et s’était posée sur l’épaule de Lésa pour pleurer toutes les larmes de son petit corps.
- Ça lui rappelle de mauvais souvenirs, expliqua Flamme. Continuez votre histoire s’il vous plaît.
- Bien... Ce tout jeune homme, qui ne m’a hélas jamais révélé son nom, pensait que son amie pouvait se trouver chez les adoratrices des démons. Il m’a donc emprunté ma barque et est parti à l’aventure sur les mers. Il en est revenu quelque temps plus tard, une ou deux semaines si ma mémoire est bonne. Mais ce n’était plus vraiment le même malheureusement... Il était devenu froid, distant et semblait particulièrement déboussolé. Quant à ses yeux, autrefois d’un bleu profond, ils avaient pris la teinte du feu... j’ignore ce qui a bien pu arriver à ce pauvre jeune homme, mais je ne souhaite cela à personne.
Des yeux couleur de feu ? Mais Link avait toujours les yeux bleus pourtant, Flamme s’en souvenait parfaitement. Elle se souvenait même d’une conversation à ce sujet. L’ancien héros du temps lui avait confié que si ses yeux étaient toujours du même bleu azur, c’était parce que... parce qu’il utilisait la magie pour les colorer. Il avait refusé de lui expliquer pourquoi il devait faire cela, mais elle avait trouvé toute seule... Mais à cause de cette fichue amnésie, impossible de se souvenir de ce qu’elle avait découvert, même si, elle en était certaine, cela avait été le premier pas vers sa perte de mémoire...
Chapitre 44 
Après un rapide repas composé essentiellement de poissons et de crabes offerts par Cheval, le trio monta à bord de la petite barque, détacha la grosse corde qui l’empêchait de dériver et partit vers l’horizon.
Etant le seul homme du groupe, Yorwan avait été désigné volontaire par Flamme et Navi pour ramer tandis qu’elles s’occupaient du gouvernail et que Lésa scrutait l’océan dans l’espoir de voir, déjà, l’île des femmes-fleurs. Flamme avait bien tenté de lui expliquer qu’ils n’arriveraient pas en vue de cette terre maudite avant deux jours au minimum, mais c’était peine perdue, la fillette semblait totalement euphorique à l’idée de se rendre utile.
Même si elle refusait de se l’avouer, Flamme se sentait aussi d’assez bonne humeur. Peut-être était-ce parce que Yorwan était en train de s’épuiser pour les faire avancer, ou parce qu’elle s’approchait du premier fragment de la Triforce, ou tout simplement parce qu’elle allait retourner à l’endroit qui ressemblait le plus à ce qu’elle pourrait appeler chez elle. Chez elle... c’était une drôle d’idée quand on y pensait. Et encore plus quand on l’associait à l’île des femmes-fleurs.
C’était un endroit absolument épouvantable. Peuplé de jeunes femmes toutes plus superbes, plus intelligentes et plus douées les unes que les autres, probablement parce que ces femmes étaient aussi les monstres les plus sanguinaires et les plus cruels que le monde ait jamais connu. Et Flamme était l’une d’entre elles...
Elle soupira. Tout de même, c’était amusant toute cette histoire. Elle avait été la meilleure de toutes les femmes-fleurs, et à présent elle les considérait toutes comme des erreurs – et elle la première. Ça lui rappelait un peu une autre histoire, celle de... tiens, qu’est-ce que c’était déjà comme histoire ? Une qui lui avait été racontée par... par...
- Link...
- Tu as dit quelque chose ? s’étonna Yorwan.
- Hum ? Non, je réfléchissais à voix haute...
- Tu pensais à Link ? Il te manque peut-être ?
Si la vague pointe de jalousie dans la voix du Sheikah échappa totalement à la jeune femme, l’accusation ne manqua pas de la faire réagir.
- Et puis quoi encore ! Je réfléchissais juste à ce que Cheval nous a raconté sur ce type avec des yeux de feu, c’est tout !
- Mouais... et quel est le rapport avec Link au juste ? Il a les yeux bleus, pas rouge. Tout le monde sait ça.
- Il les AVAIT bleus. Maintenant, ils sont comme les miens, couleur de feu.
- Il met des lentilles colorées ?
- Tu comptes être sérieux un jour ? Et puis c’est quoi ça des lentilles colorées ?
Yorwan haussa les épaules avec un petit sourire d’excuse.
- A vrai dire, je n’en ai pas la plus petite idée. Mais je trouvais que ça collait bien.
- Crétin albinos...
- Oui, je sais, tu m’adores. Mais au lieu de me faire tant de compliments, si tu m’en disais plus sur cette histoire, hein ?
Rester calme, ne pas tuer ce petit bâtard albinos qui pourtant l’aurait mérité...
- Cette couleur de l’iris a une signification particulière. Toutes les femmes-fleurs ont les yeux de la même couleur, tu le savais ? Kireina m’avait expliqué un jour ce que ça montrait, mais je n’arrive pas à m’en souvenir.
- Ça a peut-être un rapport avec les démons, suggéra Lésa.
- Pardon ?
- Ben oui. Ils viennent de l’enfer les démons, non ? Et l’enfer, c’est tout en feu, comme vos yeux.
Les yeux écarquillés, Flamme fixa la fillette durant plusieurs minutes avant d’arriver à nouveau à parler.
- Bien sûr ! Lésa, tu es un génie ! C’est ça, c’est exactement ça ! Tous ceux dont l’âme est touchée ou volée par un démon sont en quelque sorte brûlés, et cette brûlure est visible dans leur regard ! C’est ça, c’est exactement ça ! Lésa, tu es incroyable !
- Je sais, répondit la petite Kokiri en souriant largement. Mais c’est quand même agréable à entendre !
Ils éclatèrent tous de rire, mais en une seconde Yorwan retrouva son sérieux, et même une gravité anormale.
- Les déesses nous protègent, je viens de réaliser quelque chose...
- En effet, si tu commences à réfléchir, c’est inquiétant, railla Flamme. Qu’est-ce que tu viens de réaliser ?
- Les yeux enflammés sont la marque des démons...
- Oui, c’est bien... mais c’est ce que Lésa vient juste de dire, tu sais.
- ... et Link a les yeux enflammés, continua le Sheikah comme s’il n’avait rien entendu. Ce qui veut dire que...
- Que tu as bien écouté ce qu’on a dit, c’est b... La Triforce nous protège ! Tu penses que...
- Oui, exactement.
- Nous sommes fichus !
- Vous pouvez nous expliquer ? suggéra Navi. Parce que si vous, vous avez compris, ce n’est pas notre cas !
Flamme prit une grande inspiration, encore sous le choc.
- Comment dire ça... il est... il est possible que... qu’un démon ait volé l’âme de Link...
- Possible ? répéta Yorwan. C’est la seule explication, oui !
- Non. Comme je l’ai dit, il suffit que le démon touche l’âme pour que les yeux changent de couleur. Et s’il est venu sur l’île, ça a pu arriver une demi-douzaine de fois au bas mot.
- Si c’est ce que tu penses, marmonna le Sheikah d’un air particulièrement peu convaincu.
Mais ce n’était pas ce qu’elle pensait, bien au contraire. Le fait qu’il n’ait plus d’âme pouvait parfaitement expliquer le comportement et le mode de réflexion si inhumains qui caractérisaient Link depuis qu’il était revenu à Hyrule... Simplement, elle ne voulait pas inquiéter ses compagnons pour rien. Les Terres des femmes-fleurs allaient comporter suffisamment de dangers réels et immédiats, inutile d’y ajouter d’autres craintes...
Chapitre 45 
Les yeux fixés sur un petit nuage blanc en forme de crapaud qui ressemblait fortement à Yorwan, Flamme rêvassait. Ou plus exactement, elle repassait dans sa tête tout ce qui lui était arrivé depuis qu’elle s’était réveillée dans la plaine, totalement amnésique. Elle en avait fait du chemin depuis, et elle avait beaucoup changé. Plus en bien qu’en mal d’ailleurs, ce qui était tout de même assez surprenant de la part d’une personne sans âme, pour ne pas dire anormale. D’un autre côté, le fait de ne pas avoir d’âme étant lui-même totalement anormal, pouvait-on parler de normalité pour quelqu’un comme elle ?
- Dis, tu m’écoutes ? fit Yorwan en agitant ses doigts devant les yeux de la jeune femme. A quoi tu penses encore ?
- A quelque chose de tellement compliqué que je n’arrive même pas à me comprendre, soupira Flamme. Qu’est-ce que tu voulais me dire ?
- Qu’on arrive en vue d’une île. Etant donné que tu es la seule à être déjà venue, tu pourras peut-être nous dire si c’est bien la tienne.
- Celle des femmes-fleurs, nuance. Je ne me considère absolument plus comme l’une d’entre elles !
- Admettons. Ça ne répond absolument pas à ma question, tu sais.
Après une petite grimace exaspérée, Flamme arracha son regard du nuage pour le laisser dériver à la surface de la mer, et elle eut tôt fait de repérer l’île dont parlait le Sheikah. Elle sentit son coeur se serrer et elle cessa de respirer durant quelques secondes. Aucune erreur possible, il s’agissait bien de l’île des femmes-fleurs.
- Que les Déesses nous protègent, nous ne pouvons plus faire demi-tour à présent...
- J’en déduis que c’est le bon endroit, soupira Yorwan. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’aurai parié. Mais tu sais, si tu y tiens vraiment, on peut toujours regagner le continent. Je pourrais très bien comprendre que tu renonces finalement à...
- Je n’ai pas peur ! protesta Flamme. Tu peux penser ce que tu veux à mon sujet, j’ai fait une promesse à cette gamine et je la tiendrai, quoi qu’il arrive ! Maintenant, cap sur cette maudite île !
- Euh... Flamme ?
La jeune femme jeta un regard polaire au Sheikah.
- Quoi encore ? Tu ne sais pas comment diriger un bateau ?
- Ben... c’est surtout que c’est toi qui tiens la barre en fait... Après, si tu insistes, je peux te jeter à l’eau et diriger la barque moi-même, mais je doute que tu apprécies.
S’efforçant d’ignorer que son visage était devenu cramoisi de gêne et de colère contre elle-même, Flamme grommela quelques insultes sans queue ni tête à l’encontre de son ami et plus particulièrement de son humour, puis elle orienta leur embarcation vers l’île sous les regards amusés de Yorwan, Lésa et Navi. Mais lorsqu’elle posa ostensiblement sa main sur son épée, ils reprirent instantanément leur sérieux pour une mystérieuse raison. Flamme songea qu’elle aurait pu se sentir insultée de leur peur, mais après réflexion, elle ne leur dit rien. Avoir peur d’elle pouvait être quelque chose de particulièrement raisonnable après tout.
Deux ou trois heures plus tard à peine, ils débarquèrent sur une superbe plage de sable blanc et fin bordée d’immenses palmiers si hauts qu’ils semblaient toucher le ciel. Le ciel était d’un bleu éclatant, la mer turquoise les appelait à la baignade : un véritable avant-goût du paradis. Qui ne tarderait pas à se terminer en enfer si les femmes-fleurs les trouvaient là, Flamme ne le savait que trop bien. Il y avait des patrouilles régulières dans le but précis de détecter toutes les personnes qui n’avaient rien à faire sur l’île pour leur régler leur compte au plus vite. Elle avait été particulièrement douée à ce petit jeu autrefois.
- Et maintenant, on fait quoi ? demanda Yorwan. On visite le coin, on drague un peu, on récupère la Triforce de la Force et on rentre à la maison ?
- La seule chose que tu vas faire, c’est mourir, sale mâle, déclara Flamme, ou tout du moins une voix particulièrement proche de celle de la jeune femme.
La nouvelle venue, ou plutôt, celle des nouvelles venues qui venait de parler, était un petit bout de femme plus minuscule encore que Flamme. Elle aurait pu être assez jolie, mais une immense cicatrice lui barrait le visage et ses cheveux de feu presque ras étaient bien trop courts au goût de Yorwan. Ceci dit, elle avait de magnifiques yeux, exactement les mêmes que ceux de Flamme, et de toutes les autres femmes-fleurs présentes en fait.
- Alors Luscinia, reprit la balafrée, tu ne t’amusais plus assez avec ton roi, alors tu es rentrée avec quelques petits jouets pour t’amuser ? Seulement voilà, j’ai une mauvaise nouvelle pour toi. Kireina n’est pas là, et JE suis sa remplaçante temporaire. Pour cette raison, je déclare que...
- Touche un seul de leurs cheveux et tu es morte, déclara platement Flamme.
- Je comprends que tu puisses vouloir t’amuser, mais ce n’est pas à toi de décider. Je te confisque tes prisonniers.
- Ce sont mes amis, pas mes prisonniers.
- Appelle-les comme tu veux, ça ne change rien au p... Tu peux répéter ? Tes... amis ?
Elle regarda Flamme quelques secondes, l’air à la fois choqué et interloqué, puis éclata de rire.
- Je vois que tu as appris de nouveaux mots durant ton séjour sur le continent, mais on dirait que tu n’as pas tout à fait appris à les utiliser, railla-t-elle. Tu ne pourras jamais comprendre le sens du mot "ami", et encore moins l’utiliser, Luscinia !
- C’est toi qui ne comprends pas, Sanaël, répliqua Flamme d’une voix toujours aussi calme et neutre. Ce sont mes amis et ils sont sous ma protection.
- Tu n’as pas le droit, hoqueta Sanaël, tu n’es pas la reine ! Seule Kireina peut faire ça ! Même moi, sa remplaçante, je ne peux pas !
- Et bien je vais créer un précédent. C’est ça qu’on appelle le progrès. Mais si mes souvenirs sont bons, cette notion t’est inconnue, n’est-ce pas ?
Yorwan la regarda sans comprendre. Que lui arrivait-il donc ? Cette Sanaël tenait leur vie entre ses mains et Flamme ne trouvait rien de mieux à faire que de l’énerver en prenant de grands airs !
- Tu n’as pas changé, constata la balafrée en s’efforçant de cacher sa colère, sans grand succès. Moi qui aurais pensé que le continent t’améliorerait un peu, c’est raté.
- Oh ! mais il m’a améliorée, Sanaël. A un point que tu n’imagines même pas. Bon, ce n’est pas tout ça, mais nous avons des choses à faire. J’ai été absolument ravie de te revoir, ça m’a permis de m’assurer une fois de plus que tu ne valais rien, mais je dois te quitter à présent. A jamais, j’espère.
Elle tourna le dos à la reine intérimaire qui semblait avoir dépassé les limites de la folie furieuse, mais n’eut pas le temps de faire deux pas avant que celle-ci ne se mette à hurler.
- TU VEUX JOUER A ÇA, LUSCINIA ? TRES BIEN ! VOUS ALLEZ TOUS LES QUATRE SUBIR L’ORDALIE !
Flamme ne sembla absolument pas surprise par cette déclaration et lorsqu’elle se retourna, elle paraissait même assez satisfaite.
- C’est d’accord, Sanaël, répondit-elle un léger sourire aux lèvres. Je m’en remettrai au jugement des démons et des déesses, de même que mes amis.
- Reste à savoir lesquels décideront de se préoccuper de vos destins.
- Je n’ai pas le moindre doute à ce sujet.
- Heureux hasard, moi non plus...
Chapitre 46 
Si l’on faisait abstraction des insultes et autres piques que Sanaël et Flamme se lancèrent en permanence, le trajet jusqu’au village des femmes-fleurs fut relativement calme. Durant les quelques minutes où ils marchèrent, Yorwan regarda tout autour de lui, et plus particulièrement autour de Flamme.
Il était encore sous le choc. Qu’est-ce qui arrivait exactement à son amie ? Elle ne s’était pas comportée de manière aussi... aussi... aussi... orgueilleuse depuis au moins deux semaines, peut-être même trois ! Mais le simple fait de se retrouver au milieu de ses consoeurs semblait vraiment lui faire perdre la tête. D’un autre côté, il devait bien admettre que s’il avait eu l’occasion de parler à Sanaël, il n’aurait certainement pas été beaucoup plus aimable. Pour une étrange raison, elle lui était totalement antipathique, et à voir l’expression de Lésa, c’était un cas général. Même les autres femmes-fleurs semblaient la détester au plus haut point, réservant ce qui ressemblait bien à de l’adoration pour Flamme qui, toujours prise dans sa petite dispute, ne s’en apercevait pas.
- Qu’est-ce qu’elle a ? demanda Lésa en pointant la jeune femme du doigt. Je la trouve drôlement bizarre... Et c’est quoi une loraldie ?
- Je ne sais pas. Je ne sais pas pour les deux questions, précisa Yorwan, et ça m’inquiète un peu...
- Une ordalie est un jugement divin, intervint Navi. Ça se pratiquait autrefois à Hyrule, mais c’était tellement barbare que lorsqu’elle est arrivée au pouvoir, la famille royale s’est empressée d’abolir cette pratique. En un mot, on faisait subir à l’accusé une épreuve, souvent un combat à mort contre un gladiateur ou un monstre. S’il survivait, il était innocent, sinon, il était coupable. C’était simple, mais efficace, non ?
- Juste un poil barbare, commenta le Sheikah d’un ton grinçant. Et qu’est-ce que ça a de divin comme jugement ?
- Les Déesses n’auraient jamais permis qu’un coupable survive. En tout cas, c’était la théorie de l’époque, mais j’ai les plus grands doutes à ce sujet. En fait, j’ai déjà assisté à ça une fois, et...
- Silence, ordonna une jeune fille de treize ou quatorze ans peut-être qui marchait à côté d’eux. Nous arrivons au village, vous ne devez pas le souiller par vos paroles impures.
Yorwan se tourna vers elle, prêt à lui dire ce qu’il pensait de l’impureté de ce qu’il disait, mais l’adolescente commença à jouer avec une sorte de poignard dont la pointe recourbée comme un hameçon fit venir toutes sortes de pensées pas très réjouissantes à l’esprit. Il préféra donc se priver de répondre, ce qui fit apparaître un sourire triomphant sur le visage de la jeune fille.
En entrant dans le village, le Sheikah fut frappé par l’incroyable simplicité de tout ce qu’il voyait. Les maisons étaient presque toutes de bois, et même les deux ou trois bâtiments de pierre avaient des toits de chaume. Dans les ruelles, quelques poules gambadaient, surveillées du coin de l’oeil par deux vieux chiens à moitié endormis et surnaturellement galeux, eux-mêmes surveillés par de vieilles femmes lisant des grimoires au moins aussi âgés qu’elles. En fait, on aurait presque pu se croire dans un village ordinaire, comme les mondes en connaissaient des centaines. Tout de même, qui aurait pu croire que Flamme venait d’un village de bouseuses, plus minable encore que Kokoriko ?
La jeune femme justement semblait elle aussi un peu surprise, et il était visible que les souvenirs qu’elle avait retrouvés après des mois d’amnésie ne correspondaient absolument pas avec ce qu’elle voyait.
- Dame Luscinia ! s’écria une des vieilles femmes. Venez vite tout le monde, Dame Luscinia est de retour ! Elle doit avoir des nouvelles de sa Majesté !
Une vingtaine de femmes, toutes dans une tranche d’âge se situant entre treize et quatre-vingt ans, sortirent des maisons et se précipitèrent autour de Flamme, la bombardant de questions diverses et variées sous l’oeil critique de Sanaël qui semblait passablement vexée d’être ainsi mise de côté.
- Eloignez-vous d’elle, ordonna-t-elle au bout de quelques minutes. Luscinia va se soumettre à l’Ordalie, tout comme les étrangers impurs qu’elle a osé amener ici. Vous connaissez toutes la loi, je me dois de la conduire au palais, alors écartez-vous !
Bien qu’elle récolta nombre de regards haineux, la jeune femme au crâne presque rasé demeura inflexible, et les femmes-fleurs retournèrent à leurs activités, non sans se tourner de temps à autres vers Flamme pour lui sourire. Sanaël poussa un grognement dégoûté, puis se remit en marche et fit signe au quatuor d’avancer aussi.
Le palais dont avait parlé Sanaël était plus une ruine qu’autre chose, mais une ruine récente, comme s’il avait subi une catastrophe naturelle ou une puissante attaque quelques années voir quelques mois plus tôt. Les pierres grises commençaient déjà à être envahies par du lierre et des mousses incroyablement colorées, tandis que le toit était transpercé par endroits par des branches d’arbres et de lourdes poutres de bois et de métal.
- Qu’est-ce qui s’est passé ici ? s’étonna Flamme. J’avais le souvenir d’une île resplendissante et je reviens sur une île... sur une île...
- Une île misérable, une île ravagée, compléta Sanaël. Pitoyable, n’est-ce pas ?
- Et pourquoi sommes-nous aussi peu ?
- Tout ça, c’est... à cause du vieux temple, murmura la balafrée d’une voix terrorisée. Il y a quatre ans, une apprentie a tenté de s’enfuir et elle a tenté d’y entrer, soi-disant parce qu’elle y avait vu une lumière rouge. Je faisais partie de l’équipe chargée de la ramener et je l’ai vue entrer... Dès qu’elle a été à l’intérieur, il y a eu une sorte de tremblement de terre, des nuages noirs ont caché le soleil, la terre a craché du feu, j’ai cru que c’était la fin du monde, l’époque du règne des démons... et puis j’ai été assommée par une pierre. Quand je me suis réveillée, j’ai couru jusqu’au village. Il avait été détruit et le palais était dans l’état actuel. La majorité des apprenties étaient mortes, ainsi qu’une bonne partie des initiées, soupira la jeune femme d’un ton morne. Et il y a quelques mois, alors qu’on fouillait dans les décombres du palais, Kireina a trouvé un vieux texte et elle est partie à ta recherche. Voilà, tu sais tout...
Flamme resta un moment immobile, comme incapable d’accepter le cataclysme qui s’était produit sur l’île, puis elle s’aperçut que Sanaël faisait d’énormes efforts pour ne pas fondre en larmes, et dans un mouvement de pitié, de compassion, elle voulut poser sa main sur son épaule, mais la reine intérimaire la repoussa violemment.
- Ne me touche pas ! grinça-t-elle. Nami !
L’adolescente qui avait ostensiblement menacé Yorwan quelques minutes plus tôt s’avança, et si son attitude était docile, son regard montrait clairement que si elle obéissait, ça n’était certainement pas par respect ou par peur de Sanaël.
- Que puis-je faire pour toi cette fois ? demanda Nami avec une légère inflexion insolente.
- Conduis-les à la chambre de l’initiée qu’ils se préparent mentalement à ce qui les attend. Et en vitesse, si ce n’est pas trop te demander !
- Ce doit être faisable en effet... Suivez-moi, les impurs. Et vous aussi, Dame Luscinia. Ça n’est pas la porte à côté après tout, expliqua l’adolescente d’une voix moqueuse.
En fin de compte, c’était pourtant bien la porte d’à côté et presque au sens propre du terme. Une fois à l’intérieur des ruines, Nami se tourna vers la première porte à gauche, l’ouvrit et les laissa passer.
- Et voilà, ceci sera vos appartements pour les quelques heures qu’il vous reste à vivre, leur annonça-t-elle avec un petit sourire mauvais. Amusez-vous bien...
Elle referma alors la porte en la claquant fermement, les laissant livrés à eux-mêmes. Flamme commença par faire un rapide tour de la pièce, puis elle se laissa tomber sur un énorme coussin, soulevant au passage un nuage de poussière.
- Eh bien, je crois qu’on ne s’en sort pas trop mal dans l’ensemble, commenta-t-elle calmement. En fait, on s’en sort même plutôt bien, vous ne trouvez pas ?
- Non, je ne trouve pas, répondit Yorwan avec aigreur. Nous allons nous faire tuer, tu te rappelles !
- Nous allons subir des épreuves relativement difficiles, corrigea la jeune femme avec un sourire apaisant. Crois-moi, j’ai déjà assisté à une ou deux ordalies, et il arrive que les gens s’en sortent.
- IL ARRIVE QU’ILS S’EN SORTENT ? explosa le Sheikah. Et c’est censé me rassurer ça ?
Flamme soupira.
- Tu n’es qu’un trouillard de crétin d’albinos dégénéré. Mais malgré ça, si tu donnes le meilleur de toi-même, tu peux réussir l’épreuve que Sanaël va t’imposer. Crois-moi, tu es beaucoup plus malin qu’elle et tu es sorcier. Tu vas t’en sortir.
- Si tu n’avais pas asticoté cette Sanaël comme ça, je n’aurai même pas à subir d’épreuve...
- Que tu crois. Elle est ma rivale depuis que nous sommes devenues des femmes-fleurs, alors je la connais, expliqua Flamme. Cette idiote est l’un des rares exemples de fillette volontaire pour venir sur cette île, juste parce que son père l’a défigurée avec son sabre un jour qu’il était ivre. Depuis, elle hait les hommes, et quoi qu’on ait fait, elle aurait trouvé une raison pour s’en prendre à toi. Et à moi par la même occasion, puisque j’aurais bien été obligée de te défendre.
Malgré tout le self-contrôle qu’il s’imposa, Yorwan ne put s’empêcher de rougir, ce que Flamme, qui inspectait les fissures du plafond d’un air circonspect, ne remarqua pas, une fois de plus.
- Tu... tu aurais été forcée de me défendre ? balbutia le Sheikah d’une voix rauque. Pourquoi ?
- Parce que tu es mon ami, répondit-elle d’un ton solennel en faisant redescendre ses yeux pour les planter dans ceux du jeune homme. Je n’avais jamais eu d’amis avant toi et Lésa, et vu mon charmant caractère, je n’en aurai probablement jamais d’autres. Je ne peux quand même pas te laisser mourir sans tenter de te fournir au moins une chance de t’en sortir ! Ce serait... Qu’est-ce qui |