mis à jour 04.01.09
 
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Le prince sanglant, ou la dernière femme-rose

Ecrit par El Wap


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Chapitres 1 à 30   -   Chapitres 31 à 60   -   Chapitres 61 à fin


Chapitre 61
Chapitre 62
Chapitre 63
Chapitre 64
Chapitre 65
Chapitre 66
Chapitre 67
Chapitre 68

Chapitre 69
Chapitre 70
Chapitre 71
Chapitre 72
Chapitre 73
Chapitre 74
Chapitre 75
Chapitre 76

Chapitre 77
Chapitre 78
Chapitre 79
Chapitre 80
Chapitre 81
Epilogue


Chapitre 61   

Flamme se réveilla en sursaut. Quel affreux cauchemar elle avait fait. Elle s'était retrouvée à Hyrule, devant l'entrée du Ranch Lonlon, et y avait eu l'horrible surprise de voir les corps empalés et en décomposition de Malon, Saria et surtout de Yorwan. Elle jeta un coup d'oeil dans la chambre où elles dormaient toutes les quatre. Le Sheikah n'était toujours pas revenu. D'un autre côté, il ne savait peut-être pas où elles étaient, bien qu'elles n'aient toujours pas quitté Lynna.

Ce cauchemar n'avait fait qu'accentuer ses angoisses. Elle sentait qu'il lui était arrivé quelque chose. Elle ne savait pas où il était allé. Elle était toujours persuadée qu'il ne s'était pas téléporté bien loin. Il devait roder aux alentours de la ville en surveillant de loin les activités de ses compagnes. Mais il devait à présent être parti depuis plus de 12 heures. Il n'avait pas l'argent, il n'avait rien. Il devait manger, se loger, se défendre contre la nature hostile...
C'est alors qu'un grand doute l'envahit. Et si des larbins de Link rodaient toujours dans le coin ? Et si Yorwan était tombé sur eux ? Seul contre une équipe de moblins et de Zoras, il n'avait pas vraiment la chance de s'en sortir. Il est difficile de réussir un sort de téléportation quand on est agressé de toute part. Dès lors, il devint clair pour elle que Link avait capturé Yorwan. Mais elle ne pensait pas qu'ils se contenteraient du Sheikah. Le prince sanglant n'aurait que faire d'un stupide albinos. S'il avait envoyé l'équipe du Zora macho, c'était surtout pour elle, Flamme en aurait mis la main au feu. Ils avaient certainement torturé Yorwan et l'avaient obligé à leur dire où se trouvaient ses amies.

Elle fut alors interpellée par quelque chose remuant sur la grand-place. Elle bondit à la fenêtre. Dehors, la cité était éclairée par la pleine lune. L'horloge de la mairie indiquait trois heures du matin. La grand-place était déserte. Pas un chat. Elle se dit que son imagination lui avait joué des tours. Au moment où elle allait retourner se coucher, elle revit quelque chose bouger. Quelque chose remuait dans un coin d'ombre dans une des rues. La forme quitta un instant son abri. C'était un moblin portant les armoiries de Link. Les larbins étaient là.

Flamme n'hésita pas une seule seconde. Elle réveilla en vitesse ses compagnes. "Il faut partir maintenant, on ne peut plus attendre Yorwan". Lésa commença par se plaindre, parce qu'elle était terriblement fatiguée. Flamme dut trouver les bons mots pour la faire taire. Il fallait qu'elles s'en aillent le plus discrètement possible. La jeune fille saisit les sacs, en donna un à Nami, puis le plus petit à Lésa. Ensuite, elle ouvrit discrètement la porte. Les femmes fleurs, habituées à imiter l'art de déplacement du félin, glissaient silencieusement sur le parquet. Il n'en fut malheureusement pas de même pour la Kokiri, qui n'avait appris qu'à "faire semblant" de marcher silencieusement. Même avec son petit poids plume, elle faisait grincer le parquet. Flamme finit par prendre la petite fille sur son dos. Seulement, cela leur avait fait perdre du temps et très vite, elles entendirent des bruits suspects au rez-de-chaussée. Il y eut du verre brisé, une porte défoncée (du travail d'amateur), des menaces au gardien de nuit. Flamme réagit au quart de tour. Elle poussa son petit groupe dans la première pièce à leur portée. Elle fonça à la fenêtre. Il y avait un tas de fumier en dessous. Mieux valait cette odeur que les moblins. Tout le groupe sauta alors qu'on pouvait entendre les larbins de Link se ruer vers la chambre qu'elles étaient censées occuper.

- On s'arrache. On n'attend plus Yorwan.
- On fonce voler un bateau, alors ?
- Non, on va passer par les montagnes.
- Mais... c'était l'idée débile de l'autre.
- Justement, s'il a été capturé, il a dû dire qu'on préférait partir par la mer. C'est ce qu'il aurait dû dire, en toute logique.
- Heu... je n'ai pas suivi, là.
- Laisse tomber. De toute façon, nous nous cacherons plus facilement dans les montagnes que sur la mer.
- Mais c'est lâche... on devrait se battre.
- Ne discute pas et viens !

Les jeunes filles coururent dix bonnes minutes. Elles quittèrent la ville, traversèrent des rivières et gravirent des pentes. Lorsqu'elles arrivèrent dans une zone accidentée, elles se permirent un temps de repos. Elles s'installèrent derrière un gros rocher, se firent des lits de feuilles et terminèrent leur nuit.

Chapitre 62   

Le plus dur, le lendemain matin, fut d'annoncer à Lésa qu'elles ne reverraient plus Yorwan. Lésa ne savait pas vraiment ce qu'était la mort et Flamme ne se voyait pas lui expliquer ce cruel concept. A la place, la femme-fleur lui raconta que Yorwan avait pris un autre chemin pour faire diversion, et que si tout allait bien, ils se retrouveraient en Hyrule.

L'explication sembla suffire à Lésa, bien qu'elle soit inquiète pour le Sheikah. Les jeunes filles reprirent donc leurs sacs et se mirent en route. Flamme, consultant la carte, décida de repasser chez l'oracle du temps. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle voulait tant aller chez elle. Il y avait bien cette envie d'avoir des nouvelles de Yorwan. Médusa, avec son don de voir le passé et l'avenir, pourrait peut-être savoir ce qui lui était arrivé. Ensuite, il y avait un motif moins avouable, qui était de savoir ce qui s'était vraiment passé avec la mystérieuse Kallima. Flamme avait à présent accepté le fait que la fille de Ganondorf avait un rôle clef à jouer dans cette histoire et qu'elle devait la retrouver. Elle se rappela alors la conversation qu'elle avait eue avec l'albinos, la nuit précédant sa disparition. Nami devait connaître la fameuse Kallima.
- Nami, je peux te poser une question ?
- Ouais.
- Tu as connu Kallima ?
- Qui ?
Cette réponse eut un effet immédiat et radical. Flamme, oubliant la route pleine de cailloux, trébucha et s'étala sur le sol, mais ne s'en soucia guère.
- Tu dois la connaître, voyons, elle a plus ou moins ton âge, elle a dû s'enfuir... et elle est la réincarnation d'une des plus anciennes femmes-fleurs.
- Ça devient très compliqué, là... Parce que vous êtes la plus jeune des "réincarnations" des filles sur l'île. En fait, je crois que vous êtes la seule réincarnation encore en vie.
- Toutes les autres sont mortes dans "l'accident" ?
- Non, cela doit bien faire dix ans qu'il n'y a pas de nouvelles réincarnées, et les plus anciennes sont parties naturellement. Désolée, mais le nom de Kallima ne me dit rien. C'est son nom de femme-fleur ?
Flamme baissa les yeux. Quelle idiote elle était ! Bien sûr que ce n'était pas son nom de femme-fleur, c'était celui donné par sa vraie mère. Quel était donc celui qu'elle avait reçu sur l'île ? Elle ne pouvait pas s'en souvenir. Fichue mémoire. Elle dit à Nami de laisser tomber. Elles continuèrent la route en discutant plutôt de Sanaël. Toutes deux avaient de bons et mauvais souvenirs à évoquer à propos de la reine intérimaire.
Cette discussion de femme-fleurs n'intéressait pas Lésa qui marchait en arrière avec sa fée. Elles parlaient plutôt de Yorwan. Pour une fois qu'il n'était pas là pour les écouter, elles pouvaient parler de lui.
- Il me rappelle beaucoup Link quand il était gentil. Il est un peu maladroit avec les filles, mais a un coeur d'or, une patience d'ange et un grand courage. (Si Nami discutait avec elles, elle aurait certainement répliqué par "Vous êtes sûres qu'on parle du même type ?")
- Je le trouve beau et courageux. Il n'abandonne jamais, continua Lésa.
- Il nous a bien abandonnés hier...
- Il était triste. Nami a réouvert une très vilaine blessure.
- Hein ? De quoi tu parles ? J'ai raté un épisode ?
- Son frère Glenn était venu une fois au village et il m'avait dit que Yorwan détestait la magie parce qu'un jour, un de ses sorts s'était retourné contre sa meilleure amie et que...
- Et que quoi ??? Mais ne coupe pas au meilleur moment !!!
- J'ai pas compris, mais je crois qu'elle est partie tout de suite après.
- Oh... je crois que je me souviens, je devais somnoler quand Glenn en avait parlé. Oui, c'était absolument tragique. Comme je comprends sa réaction face à la pique de Nami ! Le pauvre...
- Tu crois qu'il va nous en vouloir encore longtemps ?
- Je ne sais pas. J'espère qu'il aura oublié quand on le retrouvera en Hyrule.
- Tu crois qu'on arrivera avant lui au village des Kokiris ?
- Pas la moindre idée. Je ne sais pas quel chemin il va prendre. Mais s'il s'y rend en se téléportant, il y sera avant nous.
- C'est qu'un planqué, votre chochotte !
Nami avait dû entendre la dernière parole de Navi et répliqué tout aussi sec.

La scène qui s'en suivit fut tout simplement stupéfiante. Une baba-mojo poussa en un clin d'oeil au pied de l'apprentie femme-fleur et lui mordit violemment la jambe. L'adolescente poussa un hurlement de douleur. Dès qu'elle réalisa ce qui se passait, Flamme dégaina son épée et décapita la plante.
- Qu'est-ce que c'est que cette saloperie ? On ne lui avait rien demandé !
- Je ne l'avais pas vue, Dame Luscinia... je ne comprends pas.
- Ne bouge pas... c'est une très vilaine blessure que tu as. La plante t'a mordue jusqu'à l'os.
- Mais les baba-mojos n'ont pas de dents assez puissantes pour faire de morsures pareilles. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
Ce fut à ce moment-là qu'elles virent ce qui se passait derrière elles.

Chapitre 63   

Lésa était entrée dans une transe étrange. Une lumière verte émanait de ses yeux et son visage était déformé par la colère. Cependant, elle ne bougeait pas d'un cil. Navi s'agitait comme une folle autour d'elle.
- Lésaaa ! Lésaaa, tu m'entends ? Réponds-moi ! Reprends-toi ! Tu dois te calmer. On est tous tes amis ici, on est tous tes amis.

Etonnées, Flamme et Nami en oubliaient la blessure de la plus jeune.
- Qu'est-ce qui se passe ? Qu'a donc la petite ?
- C'est... j'ai déjà senti cette aura auparavant... C'est... ça alors, Lésa, c'est toi qui as appelé la baba-mojo ?
- Elle sait commander les plantes ? Elle cachait bien son jeu, la petite...
Flamme était complètement perdue. Sa mauvaise nature lui indiquait de respecter une si puissante magicienne, l'autre de s'inquiéter de la soudaine transformation de l'innocente Kokiri. Ce fut la deuxième nature qui triompha. La femme-fleur s'approcha doucement de sa protégée et la serra dans ses bras.
- Lésa, je t'en prie... Tu ne veux faire de mal à personne. Tu détestes ça.
L'effet fut immédiat. L'aura verte disparut et Lésa tomba évanouie dans les bras de sa "grande soeur".
- Bon, et bien... ça, c'est fait. Maintenant, à la blessure de Nami. Navi, veille sur Lésa le temps que je soigne tout ça.
La petite fée obéît et la femme-fleur retourna vers sa disciple. Le sang coulait à flot et la peau de l'adolescente commençait à pâlir. La blessée, formée dans la tradition des femmes-fleurs, arrivait à masquer sa douleur, mais pas son mauvais état. Flamme réfléchit et tenta désespérément de trouver dans sa mémoire des souvenirs de techniques de guérison. Cela ne donna malheureusement aucun résultat. Elle voyait bien les soins de premier secours, mais cela ne suffirait pas dans la situation présente. Pour les autres sorts de soins, elle manquait de matériel. Une autre idée lui vint alors. Elle n'avait pas encore testé les pouvoirs de la Triforce du pouvoir. Une pareille source d'énergie pouvait certainement remplacer certains ingrédients et colifichets catalyseurs de magie dans l'élaboration de sorts. Elle pouvait peut-être s'en servir pour soigner l'apprentie femme-fleur.

Elle mit donc sa main sur la plaie saignante et se mit à invoquer les pouvoirs de la Triforce. La réaction ne se fit pas attendre. On aurait dit que la sainte relique lisait dans les pensées de sa détentrice. Une énergie douce et chaude sortit de la main de la femme-fleur pour s'engouffrer dans les chairs blessées. Dix secondes plus tard, il n'y avait plus la moindre trace de la blessure. Les deux filles poussèrent un soupir de soulagement. Nami ne souffrait plus et Flamme avait découvert que se servir de la Triforce était relativement simple. Elles purent ainsi retourner au problème le plus préoccupant : la soudaine révélation de pouvoirs chez la petite Lésa.

La petite Kokiri dormait. Elle semblait avoir fourni un effort particulièrement violent. Flamme interrogea la fée :
- J'ignorais que les Kokiris avaient de tels pouvoirs. Pourquoi ne l'avez-vous jamais dit ?
- Mais... les Kokiris ne sont pas des magiciens. Elle n'est pas sensée savoir faire des choses pareilles. Le seul Kokiri sachant manier la magie est le sage de la forêt.
- Mais le sage de la forêt est Saria.
- Il faut croire qu'elle ne l'est plus et que ma protégée vient subitement de recevoir son héritage.
Il y eut un long silence. Est-ce que cela voulait dire que Saria n'était plus... ?
- NON ! Je refuse de croire qu'il est trop tard ! Je dois sauver Saria.
- Hélas... il est apparemment trop tard. Lésa a reçu les pouvoirs du sage de la forêt. C'est elle que tu dois sauver à présent.
Flamme sentit des larmes lui monter aux yeux. Elle avait échoué dans sa promesse. Elle ne reverrait pas la petite fille quand elle reviendrait à Hyrule. Elle se souvint de son rêve de la veille. Elle avait déjà eu l'intuition que quelque chose était arrivé à Malon et à présent, elle avait la confirmation que la Kokiri n'était plus. Dans le rêve, il y avait un cadavre de plus, celui de Yorwan. La jeune fille éclata en sanglot. Il était certainement mort, lui aussi. A quoi donc cela lui servait-il d'avoir la Triforce du pouvoir si cela ne permettait pas de sauver ceux à qui elle tenait le plus ?
Navi vint se poser sur son épaule.
- Je ne pense pas que ça serve à quelque chose de déprimer maintenant. Il y a encore des milliers de gens qui vivent sous le joug du prince démoniaque. Ils attendent tous un sauveur. Tant qu'il y aura quelqu'un priant pour ton arrivée, il ne faut pas abandonner.
Flamme sécha ses larmes. L'insignifiant insecte avait raison. Il y avait encore du monde qui avait besoin d'elle. Elle se leva donc et prit Lésa dans ses bras. Nami prit les sacs sur son dos et elles se remirent en marche.

Elles marchèrent une dizaine d'heure en silence, mis à part certaines plaintes de Nami quant à la durée de la route. La petite fugueuse était de nature impatiente et avait du mal à supporter le fait de marcher pendant des heures sans savoir où ses pas la conduisaient. Flamme lui répondit que cela faisait partie de son nouvel entraînement. Dès lors, l'adolescente se tut, enchantée d'être devenue l'élève de la plus talentueuse des femmes-fleurs. La suite du trajet fut beaucoup plus agréable. Nami obéissait sans discuter au moindre mot prononcé par son professeur et observait le paysage d'un oeil nouveau. Elle était passée en mode "apprentissage" et un rien attisait sa curiosité. Elle était entrée dans un nouveau monde et voulait le connaître. Lorsque sa supérieure lui dit qu'elles allaient rendre visite à l'oracle du temps, elle fut au comble de l'excitation. On avait beaucoup parlé de cette Médusa sur l'île. Les femmes-fleurs avaient un profond respect pour une personne possédant de tels pouvoirs.
En un sens, cela rassurait Flamme. Sa première décision était de sauver Nami de la condition de femme-fleur et lui faire mettre ses talents au service de ceux qui en avaient vraiment besoin. Elle ne savait pas vraiment comment s'y prendre, mais elle estimait que le principal était de lui faire prendre conscience de la valeur du monde qui l'entourait. Durant le chemin, elle lui fit donc faire des exercices en se servant de ce qu'elles trouvaient sur le chemin. Lorsque le chemin était en pente, Nami devait marcher sur les mains. Lorsqu'elles passaient une zone accidentée, elle devait sauter à cloche-pied sur les rochers, tout en gardant les sacs sur le dos. Et si elles passaient dans un espace boisé, elle devait progresser en sautant de branche en branche, et sans jamais toucher le sol.

Cet entraînement leur fit perdre du temps, mais cela rendit le voyage plus divertissant. L'élève n'était pas aussi douée qu'elle ne le croyait et les chutes n'étaient pas rares. A chaque fois, les voyageuses avaient droit à un récital de jurons, d'excuses et de serments. Lorsque Lésa se réveilla, elle voulut imiter Nami, mais sans grand succès. Elle n'était pas encore consciente des pouvoirs qu'elle venait de recevoir, mais elle avait changé, elle aussi. Son innocence avait fait place à une profonde sagesse et résolution. Quelque part au fond d'elle, la Kokiri savait qu'elle avait des responsabilités.

De cette façon, elles mirent sept jours à atteindre la demeure de l'oracle du temps. Dès qu'elles aperçurent le toit de la chaumière de Médusa, elles furent accueillies par les cris de joie de la petite Naryu. Elle sauta de dessus un rocher et s'agrippa au coup de Flamme.
- Enfin vous êtes là ! On vous attendait avant-hier. Je m'inquiétais pour vous.
- Comment ça, vous nous attendiez ?
- Maman avait vu que vous arriviez. Elle a des choses à vous dire.

Les voyageuses suivirent donc le futur oracle. Qu'est-ce que Médusa pouvait considérer comme intéressant à leur annoncer ? Chacune avait son idée. Lésa espérait qu'elle leur donnerait des nouvelles de Yorwan, Nami, qu'elle leur révèle des secrets de leurs ancêtres et Flamme, qu'elle lui parle de la prophétie et de Kallima.

La grande Médusa les attendait à l'entrée de sa demeure, un grand sourire sur les lèvres.
- Je suis ravie de te revoir, élue. Ta réussite sur l'île des démons est la preuve de ton talent et de ta destinée.
- Médusa... arrêtez avec ça. Je ne suis pas Kallima. C'est une profonde erreur. C'est à elle que devait revenir la tâche d'unifier la Triforce. Mes objectifs sont personnels. Je n'ai rien d'une élue.
- Crois ce que tu veux, mais tu as les qualités requises pour accomplir ce qu'on attend de l'élue.
Flamme resta silencieuse. Elle ne savait pas comment interpréter les paroles de l'oracle. Elle était fatiguée et n'avait pas vraiment envie de réfléchir. La magicienne, elle, avait toujours un sourire joyeux.
- Avez-vous envie d'avoir des nouvelles du monde extérieur ?
- Ah ! Bien sûr que oui !
- Alors, par où commencer ? La première chose est que je vous conseille un chemin spécial vous permettant d'arriver directement à Holodrum. Des personnes vous attendent là-bas. Ensuite... je crois qu'il faut que je vous parle de votre ami Sheikah.
Les voyageuses sentirent leur coeur faire un bond.
- Yorwan ? Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? Il s'est fait capturer ?
- Pas d'inquiétude à avoir. Il a eu une semaine mouvementée, mais à l'instant même, il va bien. Il est à l'abri. Il a réussi à faire évader la reine Zelda.

Chapitre 64   

"Ne bouge pas, Glenn. Tu es encore trop faible."
Alesc'h avait littéralement ligoté son ami à son lit pour l'empêcher de quitter leur cachette. Les blessures de l'ancien prisonnier étaient encore trop profondes. Elles ne cicatrisaient pas. Link avait dû y glisser des substances maudites. Alesc'h commençait à penser que son ami ne se remettrait jamais de ses longues semaines de torture. L'androgyne ne voulait cependant pas se résigner à le laisser partir. Jusqu'au bout, l'ancien serviteur de Link soignerait son ami et veillerait sur lui. C'était pour cette raison qu'il forçait Glenn à rester allongé dans leur cachette pendant qu'il se chargeait de trouver leur nourriture et les médicaments.
- Alesc'h... Si les hommes de Link viennent, comment veux-tu que je me défende ?
- Libre ou non, tu ne sauras ni te battre ni fuir. Alors prends du repos. Et cesse de bouger, sinon tes blessures ne se refermeront jamais. C'est la meilleure chose à faire. Je vais essayer d'aller au temple de la forêt pour obtenir des remèdes. Surtout, ne fais rien de stupide.
Et l'androgyne sortit de la cabane. Il marcha une dizaine de minutes dans une forêt sombre, pour arriver au cimetière de Cocorico. Il voulait s'y arrêter pour se recueillir un instant sur la tombe de sa vieille amie. Mais il s'arrêta net. Il y avait déjà quelqu'un devant la tombe. Il y avait Glenn.

- Comment t'as fait ? Je t'avais dit de rester où tu étais, sombre crétin.
Le prieur se retourna. Ce n'était pas Glenn, mais quelqu'un qui lui ressemblait terriblement. C'était Yorwan.
- Mais c'est pas vrai ! Qu'est-ce que tu fabriques ici, Yorwan ? Les gardes de Link rodent partout, et surtout à Cocorico. Tu veux te faire tuer ?
Le Sheikah ne répondit pas. Il fixait la tombe d'Anna en silence. Ses yeux étaient rouges d'avoir pleuré pendant des heures. Alesc'h l'empoigna par le bras.
- Tu as de la chance de m'avoir croisé en premier. Ne restons pas là...
Mais il ne put pas faire un pas de plus. Des soldats en armure faisaient irruption dans le cimetière. Alesc'h eut l'impression d'être un animal pris au piège. Ils étaient foutus.
- Depuis combien de temps es-tu dans ce cimetière, Yo ? Tu y as attendu Link combien de temps ?
- Mon âme ne l'a jamais quitté.
Les deux amis ne bougèrent plus. Ils étaient encerclés, sans aucune chance de fuite. Ils entendirent le bruit d'un cheval en armure. Le roi sanglant arrivait.
- Yo, si tu veux encore sauver Hyrule et Glenn, tais-toi et laisse-moi faire.
L'albinos ne répondit pas. Il ressemblait à un mort-vivant. Toute volonté semblait l'avoir quitté. Alesc'h poussa un soupir. Il allait devoir utiliser son meilleur talent de comédien pour les tirer d'affaire.

Link apparut sur un cheval noir. Ils étaient tous deux revêtus d'amures d'argent incrustées de pierres précieuses. Son regard rouge affichait une féroce jubilation. Il mit pied à terre et s'avança vers le frère de Glenn.
- C'est si gentil de passer nous dire bonjour, Yorwan. Ton petit voyage à Termina s'est bien passé ?
Yorwan ne répondit que par son air triste et vide regardant dans le vague. Il semblait ignorer tout ce qui se passait. Furieux de ne pas susciter de crainte, Link le gifla de sa main gantée de fer.
- Tu ne te ficheras plus de moi très longtemps. Tu me supplieras à genoux de t'épargner. Tu ramperas à mes pieds et me donneras tout ce que je désire pour que j'abrège vos souffrances, à tes abjects compagnons et toi. Tu cracheras tout !
Yorwan resta toujours aussi impassible. Il n'était pas là. Il n'entendait pas les vociférations du roi. Alesc'h ne put réprimer un sentiment d'admiration pour la résistance de son ami. Link, lui, perdait patience. Il donna l'ordre à ses soldats d'embarquer les deux prisonniers pour le château et la salle des tortures.
- On va bien voir si tu continueras de faire le malin quand tu verras agoniser ce traître d'Alesc'h. Depuis son départ, j'ai mis au point quelques nouvelles techniques que je brûle d'envie d'essayer.
Alesc'h jugea bon d'intervenir. C'était sa peau qui était en jeu désormais.
- Vous perdez votre temps, maître. Cela fait deux jours que j'essaye de le faire parler, mais il a définitivement perdu l'esprit. Son frère n'a pas eu de meilleur résultat.
Link lui répondit en le giflant à son tour.
- Toi, tu diras ce que tu veux sur le billard, mais en attendant, tu vas la boucler.
- Ils vont me chercher... S'ils ne me voient pas revenir, ils quitteront définitivement Hyrule.
L'androgyne réussit à susciter la curiosité du roi. Il le gifla à nouveau.
- Qui ça, bâtard ?
- Les équipiers de Yorwan et de Glenn. Il reste encore de la résistance en Hyrule. J'ai fait enfuir Glenn pour qu'il me mène à eux, mais jusqu'à présent, il n'y a que ce zombie qui soit venu le voir. Je sais que j'aurais dû vous parler de ce plan, et j'accepte ma punition, mais c'était le seul moyen d'être crédible.
Link demeura quelques instants interdit. Il réfléchissait. Alesc'h mentait peut-être, mais il lui avait apporté ce misérable Sheikah sur un plateau. A condition de rester crédible, il pourrait effectivement les lui apporter un à un, même cette sale garce de Luscinia. Il devait réfléchir. Il confirma l'ordre à ses soldats d'emmener les prisonniers. Devant le regard inquiet du traître, Link s'empressa de lui dire avec un sourire sadique : "Pour rester convaincant, il va bien falloir que tu souffres un peu."

Les uniques témoins de la scène, esprits errants de la forêt morte, se transmirent la nouvelle à une vitesse vertigineuse. Ils foncèrent à travers les bois, les plaines, les déserts, les montagnes. Partout où ils passaient, ils répétèrent à qui pouvait les entendre que "Link avait capturé Yorwan".

Chapitre 65   

Des spectres, des dizaines de spectres. Les quatre enfants étaient encerclés par des choses invisibles, mais dont ils sentaient le souffle glacé. Ils ne pouvaient plus fuir.
Yorwan avait envie de pleurer. La magie dont il était si fier ne lui servait à rien. Il allait mourir en se faisant voler son énergie vitale par ces saletés.
Il sentit qu'on lui tirait la manche. Il se retourna. Anna le regardait avec son plus charmant sourire.
- Yo... c'est à nous de jouer. Ce sont des spectres. Il n'y a que les sorts de lumières qui peuvent les atteindre.
- Mais... on ne sait faire que des petites boules pour s'éclairer. On ne les aura pas avec ça.
- On va exécuter le sort de "l'aube rouge".
- Mais je ne le connais pas, ce sort !
- Moi si. Il est dans nos cordes. Il suffit de se lancer une boule de lumière et de l'enrichir quand elle passe entre nos mains. Au bout de 13 renvois, la lumière sera suffisamment puissante pour que les fantômes se désintègrent.
- Tu es sûre ?
- Puisque je te le dis. C'est madame Impa qui me l'a appris. Reste concentré. Nous n'aurons certainement droit qu'à un essai.
Yorwan hocha la tête. Les vies d'Alesc'h et Glenn étaient en jeu. Il imaginait bien la tête de son frère quand il verrait que son frère le maladroit l'avait sauvé avec un sort aussi puissant. Anna se mit en position d'invocation et matérialisa une petite boule de lumière de la taille d'une fée de Kokiri.
- C'est parti, Yo !
Et elle la lui envoya. Un étrange jeu de balle commença. Deux enfants s'envoyaient une boule de lumière qui grossissait à chaque fois qu'elle était renvoyée, et les esprits qui les entouraient frissonnaient de surprise. Deux autres enfants gisaient sur le sol, trop terrifiés pour entrer dans la partie, mais fascinés par le numéro de leurs amis.

Yorwan comptait les échanges : ... 10, 11, 12,... c'est la bonne !
Et il renvoya une boule aussi brillante que la lune à son amie. Etrangement, la petite fille ne bougea pas. Au contraire, elle ferma les yeux et reçut la boule de plein fouet. Il y eut un violent éclair de lumière et l'air devint brûlant. Des hurlements résonnèrent dans tout le temple de l'ombre. Des nuages de fumées apparurent un peu partout. Les âmes tourmentées qui erraient dans ce sanctuaire venaient d'être envoyées de force dans l'autre monde.

Yorwan se rua sur son amie.
- Annaaaaa ! Qu'est-ce que tu as fait ?
La petite fille ouvrit des yeux pleins de larmes, et sourit faiblement.
- Pardon de t'avoir menti, Yorwan, mais tu n'aurais jamais accepté de faire le sort si tu savais la vérité.
- Anna...
- Comme son nom l'indique, "l'aube rouge" requiert du sang... Elle ne fonctionne qu'en prenant la vie d'un homme. Au treizième renvoi, la boule de lumière devient meurtrière et tue le premier être vivant sur son chemin. Si la victime offre volontairement sa vie, la boule obtiendra la force d'un soleil et détruira tous ses ennemis dans un rayon de 400 mètres. Voilà... on allait tous les quatre finir en spectres si je n'exécutais pas ce sort. Je vous offre ma vie pour que les vôtres soient belles. Prenez-en soin. Yorwan, l'aube rouge n'est pas un sort évident. Tu as réussi à le faire. Je suis sûre que tu deviendras quelqu'un de très puissant et de courageux.

Et la petite fille ferma les yeux pour toujours.

Yorwan poussa un hurlement de désespoir et ouvrit les yeux. Il n'était plus dans le temple de l'ombre, même si cela lui ressemblait terriblement. Il faisait sombre, froid et il planait une odeur de pourriture. Il lui fallut une vingtaine de secondes pour reprendre son souffle et s'habituer à l'obscurité. Il put ainsi examiner les lieux. D'abord, il remarqua qu'il était blessé. Il était torse-nu et de nombreuses brûlures et entailles parcouraient son corps. Ensuite, il vit qu'il était dans un cachot humide, sur une paillasse moisie et que quelqu'un était enchaîné au mur. Il souffrait et semblait encore plus mutilé que lui.
- Alesc'h ?
- Tiens... tu te décides enfin à communiquer, répondit ce dernier en un souffle.
- Qu'est-ce qui se passe ? Nous sommes toujours dans le temple de l'ombre ? Les spectres nous ont capturés ?
- Qu'est-ce que tu racontes, triple crétin ? Il y a deux jours, nous nous somme fait capturer par Link dans le cimetière de Kokorico. Nous avons été torturés pendant deux jours.
- Je ne comprends pas... c'est qui, Link ?
- Mais qu'est-ce que c'est que ce délire ? Crétin parmi les crétins ! Ne joue pas à l'amnésique, ce n'est vraiment pas le moment ! Link a envahi Hyrule et Termina. Il détruit tout sur son passage et tu es le dernier chef de la résistance. Tu ne peux pas avoir oublié tout ça ! Il a torturé ton frère jusqu'à ce que mort s'en suive.
Yorwan resta silencieux. Son esprit était en compote. Il ne se souvenait de rien, mis à part du sort de "l'aube rouge" qui avait brisé sa vie. Il s'adossa au mur. Des images tournaient devant ses yeux. Il dut réfléchir cinq minutes pour enfin comprendre où il était. Il finit par se rappeler de la mission dans laquelle il s'était engagé, de l'île des femmes-fleurs, de la sale petite peste qui l'avait insulté sur ses talents de magicien... Tout redevenait clair, et il comprit enfin la gravité de la situation. En un coup, ses blessures lui firent mal.
- Ce n'est pas possible d'être un tel boulet. Pourquoi t'es-tu livré ainsi à l'ennemi ? Nous n'avons aucune chance de nous en sortir. Link attend de nombreuses choses de toi et je pense qu'il a des projets. Il me laisse en vie malgré ma trahison... Il pense que je suis encore de son côté. Il veut que je te fasse avouer tous tes secrets. Après, il te tuera, me relâchera pour que j'aille débusquer les rebelles et me tuera à mon tour dès qu'il n'aura plus besoin de moi. Est-ce que tu comprends tout le problème ? Mourir seul ou mourir en groupe...
Yorwan ne répondit pas. Il posa sa main sur son ventre blessé et murmura une incantation. En quelques instants, toutes ses blessures cicatrisèrent. Son compagnon de cellule n'en crut pas ses yeux. Yorwan s'approcha de lui et fit la même incantation. Alesc'h fut guéri instantanément.
- Depuis quand tu connais des sorts pareils, toi ? Je croyais que tu avais abandonné la magie il y a quatorze ans.
- Je ne sais pas. C'est inscrit dans ma tête. J'ai dû l'apprendre il y a très longtemps.
- Enfin, la belle affaire. On est coincés dans la tôle la mieux surveillée du monde.
- La mieux surveillée ? Laisse-moi rire. Je ne sens pas de gardes à notre étage. Il n'y a que des personnes agonisantes. Les gardes sont trop paresseux et froussards pour côtoyer la mort d'aussi prêt. Au contraire, nous avons tout cet étage pour nous.
Le traître regarda son ami avec étonnement. Etait-ce vraiment Yorwan ? Jamais il n'avait paru aussi sûr de lui, aussi fort, aussi puissant. Rien qu'en regardant son regard, le prisonnier sentait ses craintes s'envoler. Qui était donc ce jeune homme ?
- Ne bouge pas, "Caméléon". Je vais briser tes chaînes.
En un sort, les chaînes entravant l'ancien serviteur de Link lâchèrent leur proie. Le Sheikah prit son ami entre ses bras.
- Tu n'as vraiment pas l'air en forme.
Alesc'h se lassa faire. Pour une étrange raison, ce nouveau Yorwan lui inspirait la plus grande confiance, mais tout de même. Qu'est-ce qui était arrivé à son vieil ami ?
- Yorwan, tu dois me dire ce qui s'est passé. Comment as-tu acquis une pareille maîtrise de la magie ? Et pourquoi attendais-tu Link sur la tombe d'Anna ? Comment s'est passé ton voyage à Termina ? Qu'est-ce que tu as fait ces derniers mois ?
Le jeune homme se retourna et lui dit d'un air triste :
- Désolé, mais tu l'as dit toi-même ; Link veut se servir de toi pour m'arracher des informations. Moins tu en sauras, mieux ça vaudra. Nous sommes loin d'avoir quitté cette prison. Par contre... tu connais bien le coin, non ? Il va falloir que tu nous guides. Si nous sommes bien au château d'Hyrule, alors la reine Zelda aussi. Il faut la délivrer.
- Mais tu as les neurones grillés, ou quoi ? Tu crois que deux Sheikahs à peine remis de leurs blessures peuvent sortir de la prison et atteindre le pavillon scellé alors que toutes les armées de Link sont de retour et qu'il a renforcé la garde exprès pour toi ?
- Il faudra détruire leur système de surveillance, mais ce ne sera pas un problème. Tu ne te rappelles pas de l'histoire de Nar-Houto?
Alesc'h ouvrit de grands yeux. Certes, il n'avait pas oublié la plus belle histoire de son enfance, mais il ne voyait pas où son ami voulait en venir.
- Nar-Houto devait voler un document secret bien enfermé dans la base ennemie, alors il y est entré de la façon la plus basique qui soit, en se faisant capturer. Pour s'évader...
Cette fois-ci, le traître ouvrit des yeux ronds.
- Tu es complètement fou ! Ils ne seront jamais assez stupides pour gober ça ! Et on n'est pas assez bons en hypnose, d'abord.
- C'est le moment ou jamais d'apprendre. On va intercepter les gardes venant donner la nourriture et on va s'entraîner.
L'androgyne resta silencieux. L'idée lui paraissait insensée, suicidaire, mais tellement imprévisible qu'elle avait des chances de marcher.

Chapitre 66   

Link contemplait le magnifique ouvrage de ses artisans. Il avait exigé une énorme fresque couvrant tout le mur Nord de la salle du trône et représentant le monde sur lequel il régnait. Les artistes avaient laissé délibérément un énorme vide autour des territoires d'Hyrule et de Termina. "Parce que vous ne vous arrêterez pas là, n'est-ce pas ?" Quel habile compliment ! Le roi sourit. Bien sûr qu'il ne se contenterait pas de ces territoires. Les confédérations d'Holodrum et Labrynna y figureraient dans moins de deux ans. Ces territoires sans réelle puissance ne lui poseraient aucun problème. Grâce à ces conquêtes, il pourrait renforcer la puissance de son armée. Ensuite, il affronterait de plus gros morceaux. Il avait l'intention de s'attaquer au continent du milieu. Il avait déjà reçu des émissaires de paix de nombreuses îles. Une fois la mer contrôlée, il pourrait lancer des expéditions sur le grand continent. Il deviendrait le maître du monde. Mais avant toute chose, il devait régler ses comptes avec Hyrule et les misérables vermines qui osaient encore se dresser sur son chemin. Ça, cela ne serait plus qu'une question de jours, maintenant qu'il avait mis la main sur LE Sheikah. Tout ce qu'il devait faire, c'était manipuler ses victimes de façon à en obtenir tout ce qu'il voulait.

C'est alors que deux généraux entrèrent timidement dans la salle. Le roi vit à leur regard qu'ils apportaient de mauvaises nouvelles. Ni l'un ni l'autre n'avait le courage de parler en premier. Le souverain poussa un soupir d'exaspération.
- Vous devriez savoir que je ne suis pas d'humeur patiente. Parlez immédiatement ou vous le regretterez.
- Majesté... il y a eu...
- Quoi ?
- ... Une évasion.
Le mot était dit. Les deux soldats avaient maintenant le regard fixé sur les mains de leur maître. Allait-il les tuer sur-le-champ ? Ce dernier resta étrangement calme.
- Et quels en sont les résultats ? Qui, où, quand, comment ?
- Ce sont des prisonniers des cachots d'isolation, qui se sont enfuis il y a, à peu près, 2 heures. Ils ont su détruire les chaînes, les portes et neutraliser les gardiens. Nous avons immédiatement sonné l'alerte et fouillé les alentours, mais nous avons trouvé leurs vêtements au beau milieu du bourg. Nous sommes toujours en train de fouiller la ville et ses environs, mais ils peuvent déjà être loin.
Le roi était toujours aussi calme. L'atmosphère devenait glacée. Les artistes rangèrent leurs outils dans le plus grand silence, et avec l'intention de s'enfuir le plus vite possible.
- Et quels sont les évadés ? S'ils étaient dans les cachots d'isolation, cela veut dire qu'ils ont une importance capitale.
- Ils sont deux, rien que deux, les autres étaient toujours dans leurs geôles... (le général était en train de faire ses prières. Il savait qu'il allait mourir)... Ce sont les deux Sheikahs capturés avant-hier.
Et il ne dit plus un mot de plus, Link avait dégainé son épée avec une vitesse surprenante et tranché la tête du malheureux. Il se tourna ensuite vers son second serviteur.
- Les gardes qui gardaient les cachots, sont-ils toujours vivants ?
- Il en reste deux, mais dans un état critique. Cinq autres sont morts de leurs blessures et il y a un disparu, probablement un otage.
- Vous allez maintenir ces soldats en vie le temps que je passe les interroger. Amenez-les dans la salle des tortures pour les faire récupérer. Ensuite, je veux que vous envoyez des troupes me capturer dix villageois dans chaque ville ou village encore debout, et dernièrement, vous allez me préparer l'arène des exécutions. Tous les prisonniers seront exécutés dans 12 jours. Vous veillerez à ce que toute la population assiste à ce châtiment. Et si on n'a pas retrouvé ces deux anguilles avant le jour prévu, vous ferez partie des exécutés, est-ce bien clair ?
- On ne peut plus clair...
Le général partit, trop heureux d'être encore en vie. Il fonça donner des ordres pour l'organisation de la poursuite des fugitifs et les exécutions massives ordonnées par son souverain. Mais alors qu'il supervisait la préparation de sa troupe personnelle, une question désagréable lui vint à l'esprit. Comment deux hommes à l'article de la mort, même s'ils étaient Sheikahs, pouvaient-ils briser leurs chaînes et réussir le tour de force de franchir le poste de garde ? Non, il ne comprenait pas comment cela avait pu être possible. Il demanda à son nouveau second de veiller à ce que sa troupe soit prête à partir dans une heure et retourna sur les lieux de l'événement. Attraper les gardes, à la limite, c'était possible. Ces êtres étaient spécialisés dans la tuerie et la magie, après tout. Mais les chaînes et la grille... ils étaient mourants. Où donc avaient-ils trouvé la force de détruire le métal ?

Il arriva dans les cachots. Plus personne ne s'y trouvait, à présent. Il avait tout le loisir d'examiner les lieux. Il entendit un gémissement. Un des autres prisonniers rampait devant sa grille. Il prononça dans un souffle :
- J'ai vu ce qui s'est passé. Jurez-moi d'abréger mes souffrances et je vous dirai tout.
Le général s'approcha. C'était tout ce qu'il espérait. Comme le captif n'avait pas la force de se lever, l'homme s'agenouilla pour écouter ses paroles.
- Cela a commencé comme ça. L'un d'eux s'est subitement redressé en hurlant...
Mais il n'en dit pas plus. Le général sentit une dague acérée sur son cou.
- Ne dis plus un mot. Si tu collabores, je te promets de te relâcher vivant loin du bourg d'Hyrule.
Le serviteur de Link s'arrêta de respirer. Qu'est-ce que c'était que ça ? Comment pouvait-il encore y avoir quelqu'un d'armé dans cette cave ? Le prisonnier se releva et dit avec un grand sourire.
- C'est bien... ne relâche pas ton attention, Alesh'c. Tu voix, je te l'avais bien dit. Ils n'ont pas vérifié l'état des autres cachots. Ils n'ont même pas remarqué qu'il y avait des prisonniers supplémentaires.

Chapitre 67   

Yorwan poussa un soupir de satisfaction en contemplant sa petite troupe. Les prisonniers des cachots d'isolation, une fois libérés et guéris, montraient une fabuleuse volonté de se venger de Link. De plus, ils se révélaient tous être de fameux guerriers et chefs de clans. Tout se déroulait au-delà de ses espérances. Dès que trois soldats étaient descendus nourrir les prisonniers, ils les avaient neutralisés et hypnotisés. Le conditionnement s'était relativement bien passé. Ils étaient tous trois sortis comme des fous furieux égorger leurs camarades. Il n'en restait qu'un seul debout à l'issue de la lutte. Ils lui avaient ensuite donné l'ordre de sortir du bourg d'Hyrule par tous les moyens et de déposer en chemin des tenues de prisonnier. Ainsi, tout le monde avait cru que les auteurs de l'assaut étaient les deux Sheikahs, alors qu'ils s'étaient simplement déguisés pour aller se mélanger aux autres prisonniers. Ils n'avaient eu qu'à y attendre que le palais se vide de ses soldats. Il esquissa encore un sourire. Anna serait certainement très fière de lui pour ce coup d'éclat.

Il se tourna vers son captif.
- A présent, débrouille-toi pour nous donner des uniformes de gardes. Nous avons une mission à accomplir dans le palais.
- Quoi ? Vous ne comptez quand même pas... ?
- Contrairement à vous, les larbins de Link, nous avons appris à s'affranchir de peurs aussi primaires que celles engendrées par le prince sanglant. Le fait de tomber sur lui au détour d'un couloir ne m'effraye pas. Et il n'y a plus en Hyrule de personnes qui me sont chères sur lesquelles il pourra se défouler. Tu devrais faire comme nous, général. Tu serais délivré de bien des tourments en échappant à son emprise.
L'homme resta silencieux. Que devait-il faire ? Il voyait bien qu'il était face à un choix qui bouleverserait non seulement sa vie, mais aussi celle de tous les habitants du continent de l'est. Les deux Sheikahs qui le retenaient en otage étaient des gens particulièrement impressionnants, surtout ce Yorwan qui semblait tellement inquiéter Link. Il y avait tellement de force et d'assurance dans ses paroles. Le général le sentait parfaitement capable de tenir tête à celui qui oppressait Hyrule depuis plus de 4 années. Il se remémora de nombreuses exécutions sur la place publique, la mort atroce de trois de ses cousins, la disparition de sa soeur. Sur ordre du monstre, il avait fait souffrir tant de monde, il avait assisté à tant d'atrocités. La perspective que tout ceci se termine enfin enflamma son coeur. Enfin, il allait se sentir utile, libéré de ce monde de peur et de mort. Mais d'abord, il lui fallait convaincre ses deux agresseurs qu'il était prêt à collaborer et qu'ils pouvaient lui faire confiance.

Cette tâche fut plutôt difficile. En effet, quoi de plus suspect qu'un important serviteur de l'ennemi témoignant de la meilleur volonté du monde ? La question fut rapidement tranchée par Alesh'c. Il utilisa un sort qui lui avait été enseigné par un de ses professeurs, "le baiser du serpent". Il s'agissait d'un sort emprisonnant le coeur de la victime entre quatre dards empoisonnés. Tant que la victime ne trahissait pas les conditions imposées par le lanceur du sort, elle vivait. Dans le cas contraire, les dards libéraient leur poison et la victime périssait après quelques secondes de dures souffrances. Les dards pouvaient également disparaître si les conditions imposées par le lanceur n'avaient plus de raison d'être. De cette façon, les deux rebelles pouvaient s'assurer que leur otage n'aurait pas le temps de leur faire du mal.

Ce détail réglé, le général fut relâché et envoyé chercher des uniformes de gardes. Dix minutes plus tard, les évadés ressemblaient à de parfaits soldats du roi démoniaque. Yorwan passa en revue sa petite équipe.
- Messieurs, je sais que votre plus grand désir est de venger vos proches en faisant la peau au tyran. Seulement, cet imposteur n'est pas seul. Il s'est allié à des créatures puissantes et avides de sang. Si nous voulons les détruire totalement et les empêcher de revenir, nous devons agir de manière subtile. Et la première subtilité consiste à le priver de son plus précieux otage, la reine Zelda. Ses pouvoirs et sa sagesse nous seront d'une aide précieuse et son absence, un cruel handicap pour Link. Nous allons donc nous infiltrer dans le palais, comme de parfaits soldats et allons prendre la relève au pavillon scellé.
Un des rebelles leva la main.
- Mais les soldats se connaissent entre eux, non ? S'ils nous remarquent, ils comprendront vite que nous ne sommes pas d'ici.
Yorwan regarda l'homme qui venait de parler. Il avait des cheveux noirs à reflets bleus et devait être plus âgé d'une dizaine d'années. Il le reconnaissait. Il lui avait parlé lorsqu'ils étaient à bourg-clocher, juste avant l'assaut de Link.
- Quel est ton nom ?
- Je m'appelle Kafei. J'ai connu Link il y a des années, lors de son premier passage à Termina. A l'époque, c'était un gentil gamin bien serviable, mais déjà incroyablement intelligent. J'ai fait équipe avec lui dans un donjon et j'ai pu le voir à l'oeuvre, nous avons sept années de différence. Alors maintenant qu'il prend un réel plaisir à la torture et qu'il possède plus de moyens, je me permets de me méfier.
- Ces craintes sont parfaitement compréhensibles, mais notre plan va marcher car nous avons ici un gentil petit général qui nous fera passer pour une troupe d'élite revenant d'une formation spéciale. Il n'aura jamais le temps de nous trahir et fera tout ce qu'on lui dira.
- Ça ne marchera jamais.
- Ma technique d'évasion elle aussi n'était jamais sensée marcher... Si tu n'as pas confiance, propose une meilleure solution, mais sache une chose : Link est habitué à anticiper les ruses de l'ennemi. Il faut agir de façon stupide et insensée pour arriver à le surprendre et briser sa garde. C'est ce que les années de rébellion m'ont appris.
Kafeï resta silencieux. Bien sûr qu'il n'avait pas de meilleure solution. Il n'avait jamais vécu de pareille situation. Il accepta le projet de Yorwan, non sans une certaine appréhension.

Chapitre 68   

- Alors là, je dis qu'il y a quelque chose de pas normal. Je refuse de croire que mon Yorwan, après s'être fait torturé durant 2 jours, arrive à faire évader quinze prisonniers spéciaux et ensuite traverser un palais truffé de gardes et de pièges magiques pour aller libérer madame la reine Zelda. Il en est parfaitement incapable.
- C'est ce qu'il a fait devant de nombreuses personnes, répondit Médusa d'une voix calme. Même ma boule de cristal le montre et elle ne se trompe jamais. Pourquoi donc doutez-vous tant de ses capacités ?
- Mais parce que... c'est un crétin fini, un bon à rien, un trouillard !
- Ah bon ? Quel genre de calamités a-t-il déclenchées ?
- Heu... je peux plutôt vous dire ce qu'il n'a pas fait ! Il ne se tient pas bien devant les dames. Il n'est pas fichu de faire un repas correctement, incapable de se taire quand il le faut. Il n'a pas arrêté de me foutre la honte. Il n'a pas protégé Lésa à Lynna. Il n'a jamais réussi de tour de magie utile, et maintenant qu'il fait bande à part, il va faire son malin devant cette pouffiasse de Zelda.
- Ne seriez-vous pas un peu jalouse ?
- Pas le moins du monde ! répondit Flamme d'un ton agressif.
- Alors pourquoi l'appelez-vous "Mon Yorwan" ?

Flamme manqua de s'étrangler.
- C'est n'importe quoi ! Je ne suis pas amoureuse de lui ! Je me fiche complètement des bêtises qu'il faites avec cette blondasse.
Médusa répondit par un sourire amusé, mais changea de sujet.
- Flamme, j'ai un autre message à vous transmettre. Ça vient de ma consoeur vivant en Holodrum.
- Il y a un problème en Holodrum ?
- Pas vraiment, c'est plutôt que l'oracle des saisons et son équipe ont intercepté une équipe de moblins qui avaient capturé une vieille femme-fleur. Cette vielle dame veut vous voir.
- Ce n'est pas la porte d'à côté, Holodrum. Ça va me mettre un mois pour y aller.
- Parce que tu as pris le chemin le plus long. Il existe un raccourci qui mène d'un temple proche d'ici à celui des saisons à Holodrum. C'est un dispositif que nous avons mis au point entre oracles, histoire de se réunir le plus vite possible. Tu peux te rendre aussi au temple des astres à Termina, à celui de l'illusion sur l'île de Cocolint et à celui du jugement en Hyrule de cette manière. Tu y serais en quelques secondes.
- Quoi ??? Il y avait un tel raccourci ? Pourquoi vous ne me l'avez pas dit plutôt ?
- Parce que vous ne me l'aviez pas demandé. Mais comme j'étais sûre de vous reviendriez, je comptais vous le dire à votre retour. Je vous propose d'utiliser mon "raccourci" dès que vous vous serez reposées.

Flamme accepta la proposition de l'oracle, mais voulut poser une question de plus.
- Que pouvez-vous voir avec votre boule de cristal ?
- Ce qui était, ce qui est et ce qui peut être demain. Que voulez-vous savoir ?
- Je voudrais connaître la situation d'un sage à Hyrule.
- Le sage de la forêt ?
- Comment le savez-vous ?
- La petite Kokiri qui voyage avec toi a subitement hérité de très grands pouvoirs. Cela se sent tout de suite. Et bien, il n'y a même pas besoin de consulter la boule de cristal. Le temps d'existence des sages arrive à terme. Il s'est terminé il y a sept jours pour le sage de la forêt. Le sage du feu y est passé il y a trois heures... Et cela ira dans l'ordre dans lequel ils se sont éveillés lors de la quête de Link. Le temps qui reste aux autres sages est le même qu'a pris Link pour les rejoindre et les éveiller. Dans neuf jours, ce sera le tour du sage de l'eau, six jours plus tard, de celui de l'ombre et douze après, celui du sage de l'esprit.

La rouquine regarda l'oracle avec des yeux horrifiés. Comment pouvait-elle parler de l'agonie des sages d'un ton aussi calme, aussi résolu ?
- Leur destin est cruel, je le sais tout aussi bien que vous, mais on ne sait pas canaliser la puissance de leurs pouvoirs autrement. Leur magie est tellement puissante qu'elle ronge inexorablement l'existence de ceux qui la possèdent. Le renouvellement de sages tous les 9 ans est le mieux que l'on ait trouvé.
- J'ai donc moins d'un mois pour sauver ne serait-ce que Naboru.
- Et qu'est-ce que vous feriez ? Vous la libéreriez de sa condition de sage ? Que va devenir le pôle de la magie de l'esprit, sans personne pour le contrôler ? Et de toute façon, il y aura automatiquement un nouvel élu pour devenir le sage de l'esprit, comme il y en avait de tout préparés pour ceux de la forêt et du feu.
- Je ne veux pas qu'il y ait de nouveaux sacrifiés. Je trouverai un nouveau moyen de canaliser la puissance des pôles magiques.
- Vous trouverez donc un nouvel équilibre ? C'est exactement ce qu'on attend de l'élue, vous savez.

Flamme renonça à argumenter. Même l'oracle du temps la traitait d'élue. Il n'y aurait donc jamais personne pour ne pas avoir confiance en elle. Toute cette pression la mettait mal à l'aise.

Medusa servit aux voyageuses un copieux repas. Flamme évita de lui adresser la parole. Elle ne voulait pas se faire traiter une nouvelle fois d'élue. Comprenant la gêne de son invitée, l'oracle posa des questions aux petites filles. Elle commença par interroger Lésa sur son impression de la ville des Femmes-fleurs, sur le village Kokiri et sur Saria. Ensuite, elle se tourna vers la nouvelle venue, Nami. Celle-ci se sentait soudainement terriblement timide. On lui avait dit que l'oracle pouvait tout savoir d'une personne si elle commençait à s'intéresser à elle. Elle pouvait même savoir des choses que sa cible ignorait ou avait oublié. L'apprentie femme-fleur sentait que son hôtesse cherchait à savoir quelque chose de spécial, et cela l'intimidait.
- Tu n'as aucun souvenir de ta vie avant ta formation parmi les femmes-fleurs ?
- Non... mon plus lointain souvenir, c'est celui d'une femme-fleur qui dansait comme les rayons du soleil entre les feuilles des arbres, au rythme du chant des oiseaux.
- Vraiment ? Cela devait être un magnifique spectacle. Raconte-moi ça...
Nami trembla. C'était à cette dame que l'oracle s'intéressait, elle en était certaine.
- Je me souviens que ses cheveux étaient aussi rouges que les écailles d'un poisson du même nom. Elle était belle comme les étoiles et surtout, les fleurs s'ouvraient sur son passage et elles sentaient très bon... C'est en partie pour ça que j'aimais la vie sur l'île. Il y avait plein de fleurs magnifiques et de bonnes odeurs... mais celles de la dame sentaient un peu différemment.
- C'est parce que c'est ton plus beau souvenir et que tu le chéris comme un trésor unique au monde. C'est toi qui as fait de ces parfums des choses uniques. Garde-les précieusement, tu en auras besoin un jour.
"Mais qu'est-ce qui m'attend ? Qu'est-ce que vous avez en tête ? Pourquoi ne le dites-vous pas franchement ?" se demandait l'adolescente.

Le repas se termina plutôt rapidement et l'oracle guida ses amies vers un coin de son jardin. Il y avait un vieux portail de fer qui fermait l'accès d'un tunnel.
- Ce tunnel va vous mener au temple du temps. Quand vous arriverez dans la salle principale, vous devrez aller sur la plate-forme au milieu de la fontaine. La trajectoire est déjà programmée.
Flamme hocha la tête. Cela ne serait pas trop long. Elles arriveraient rapidement à Holodrum.
- Hum, une dernière chose... le tunnel est plutôt... "accidenté".

Chapitre 69   

- Accidenté, mon oeil. Ce n'est plus un tunnel, c'est un parcours para-commando, grogna Flamme.
- Un quoi ?
- Laisse tomber. C'est une très mauvaise blague, ces portes verrouillées qu'on doit démonter les unes après les autres pour en faire des ponts. Quand je pense qu'on a déjà faillit y passer trois fois !
- Clair qu'il est impossible de faire la différence entre le chemin normal et celui qui s'effondre sous les pieds. Comment donc fait l'oracle pour traverser ?
- Mystère. Mais ça fait en tout cas trois heures qu'on traîne là-dedans et vingt minutes que je défais la charnière de cette porte.
- Dites... c'est quoi, ce qu'il y a au-dessus de vous, sur la voûte ?
Les femmes-fleurs levèrent les yeux vers ce que Lésa pointait. Cela ressemblait à un interrupteur.
- S'il ouvre la porte, je pique une crise de nerf.
- C'est peut-être un piège à con qui va activer un mécanisme mortel. Il ne vaut mieux pas y toucher et continuer de massacrer la porte.
- Quand je parcourais les donjons avec Link...
- Tu vas arrêter avec Link ? Il y en a marre. Et on ne l'imitera pas, vu ce que toutes ses aventures ont donné.
- Yorwan, il aurait été partisan d'appuyer sur l'interrupteur.
- Mais il est bête, Yorwan.
Flamme frappa sur la porte pour obtenir le silence. Ensuite, sans demander l'avis de qui que ce soit, elle activa le mécanisme, ce qui eut pour effet d'ouvrir la porte. Derrière, le couloir débouchait sur un lac souterrain. De l'autre côté, un énorme escalier conduisait à un imposant portail.
- La bonne nouvelle, c'est que nous approchons du but.
Nami répondit aussitôt : "La mauvaise, c'est qu'on ne pourra pas traverser à la nage".
En effet, l'eau avait commencé à s'agiter et on pouvait distinguer des créatures aquatiques semblables à des serpents. Elles étaient très silencieuses. Aucun doute qu'elles voulaient se faire discrètes, pour pouvoir surprendre les nageuses par surprise.
- La première chose à faire est de savoir de quoi ces choses sont capables, répondit Flamme. Et elle retourna dans le couloir chercher la dernière porte qu'elles avaient démontée. Elle la poussa sur l'eau avec quelques cailloux à son bord, puis la poussa vers le milieu du lac. Lorsqu'elle fut à dix mètres de la rive, d'étranges tentacules jaillirent de l'eau, et en trois secondes, il ne resta plus rien de la planche de métal
- Bon... On ne traverse définitivement pas à la nage, ni même en bateau, conclut Nami.
- Hmm, nous devrions neutraliser ces bestioles. Je suppose que Medusa figeait le temps pour passer. Si nous pouvions trouver un moyen de les figer...
Le regard de Flamme se posa sur Lésa. La réponse lui sauta aux yeux.
- Nami... sais-tu invoquer les esprits des végétaux ?
- Heu... oui, plus ou moins. Ce n'est pas encore grand chose, mais je peux accélérer la croissance de plantes simples.
- Bon, les filles, nous savons toutes commander aux plantes, alors nous allons toutes ordonner aux algues du lac de croître jusqu'à étouffer les bestioles.
- Mais c'est mal, s'exclama Lésa. Ces pauvres bêtes, elles ne font qu'avoir faim et protéger le temple.
L'ex-Femme-Fleur poussa un soupir. Lésa allait se montrer intraitable. Immobiliser tout le lac sans le soutien de la meilleure magicienne du groupe allait être assez dur.
- Lésa... Je sais qu'on va tuer des créatures qui ne font que leur travail, mais à moins que tu n'aies une meilleure solution, nous allons devoir le faire. Pense que nous faisons cela pour empêcher Link de faire mourir dans d'atroces souffrances des personnes qui méritent encore moins de mourir.
- On peut seulement les endormir, dit la petite fille. Je sais que certaines plantes de la forêt font dormir ceux qui respirent leur parfum.
Flamme réfléchit quelques instants.
- Cela m'étonnerait que les créatures aquatiques soient sensibles à du pollen terrestre. De plus, on n'a pas les graines pour les faire pousser.
- Et si on utilisait des leurres, proposa Nami. On fabrique deux ou trois barques flottant sur l'eau, plus un pont de lianes. On peut faire pousser des roseaux de papyrus. J'ai une poche pleine de ces graines.
- Pourquoi te promènes-tu avec ça ?
- Parce qu'on en a toujours besoin. C'est super utile, le papyrus. On peut en faire de la soupe, du papier, des bateaux...
Flamme fit la moue. Cela allait prendre beaucoup trop de temps à son goût. Comme elle aurait aimé geler toute cette eau pour pouvoir passer en toute tranquillité... geler... Et si son fragment de Triforce pouvait le lui permettre ?
Elle dit aux jeunes filles de s'éloigner, puis étendit les mains et se mit à se concentrer. Elle voulait du froid. Elle pensa au climat polaire qui régnait dans les montagnes de Termina, celui qui avait failli les tuer. Elle sentit le froid frôler sa peau, ralentir la circulation de son sang. Elle vit que son souffle devenait de la buée... Elle s'approcha de l'eau pour y déployer le froid. Mais alors tout se dérégla. Le froid se dissipa en quelques secondes, et le brusque changement de température lui fit tourner la tête. Elle s'évanouit et plongea la tête la première dans l'eau.

Quand elle ouvrit les yeux, Lésa et sa fée étaient à ses côtés. La petite Kokiri raconta à Flamme qu'elle et Nami l'avaient tirée de l'eau avec beaucoup de peine, et juste avant que les monstres marins n'attrapent ses jambes. Puis l'ex-femme fleur réalisa que le lac était complètement gelé. Avait-elle finalement réussi son sort ? La petite Lésa lui répondit que Nami avait pris la relève et avait tout gelé en cinq minutes. Celle-ci apparut à la mention de son nom.
- Nami ? Comment as-tu fait ?
- Heu... en fait, je n'ai jamais été très douée en magie, mais la température c'est ce qui venait le plus facilement, avec le contrôle de la croissance des végétaux. Je n'ai jamais pu l'expliquer.
Son mentor poussa un soupir, mais n'insista pas. C'était déjà assez vexant de se faire devancer par une apprentie qui ne possédait aucune relique. Les jeunes filles continuèrent leur chemin et atteignirent sans difficulté le grand portail. Mais une nouvelle surprise les y attendait. La porte était close et un texte en relief ornait ses battants : "Seul le sang des oracles peut ouvrir les portes".
- Quoi encore, grogna Flamme. Pourquoi Medusa ne nous en a-t-elle pas parlé ? Nous n'avons aucun oracle dans nos familles !
Nami, fâchée, donna un coup de pied à la porte et contre toute attente, celle-ci s'ouvrit.
- Le sort ne devait plus marcher. Medusa le savait et c'est pour ça qu'elle n'a pas estimé nécessaire de nous prévenir, s'exclama la jeune fille.
Flamme ne répondit pas. Elle commençait à se poser des questions sur son élève. Personne ne connaissait sa famille, elle-même n'en avait aucun souvenir. Les femmes fleurs l'avaient choisie pour des signes de "prédestination"... et ces prédestinations étaient celles d'un futur oracle ? Après sa démonstration de maîtrise du froid, cela pouvait être possible. Cependant, elle se tut. Sans certitudes, inutile de raconter n'importe quoi.

Le petit groupe continua sa progression. A présent, elles évoluaient dans un large couloir orné de colonnes, de statue et d'une mosaïque complexe au sol. Il faisait également de plus en plus frais. Il y avait comme un courant d'air rafraîchissant qui traversait les lieux. Finalement, elles arrivèrent dans une grande cour entourée d'arcades de marbre gris sur quatre étages. Dans le fond se dessinait une abside chargée de stalactites, de laquelle émanait une douce lumière bleue. Toute la salle était bercée par le doux bruit d'eau qui s'écoule. Il ne faisait aucun doute qu'elles avaient enfin atteint leur but. La fameuse lumière bleue émanait d'une gigantesque pierre taillée et éclairait une petite plate-forme au milieu d'une fontaine. Par instinct, Flamme fit venir tout son groupe sur cette plate forme. Toute l'abside s'illumina, et les filles se retrouvèrent projetées dans une étrange dimension. Une douce voix se fit entendre.
" Votre venue était annoncée... ordre a été donné de vous conduire au temple des saisons. Confirmez-vous cet ordre ou choisissez-vous une autre destination ?" Flamme confirma, bien qu'elle soit dévorée par la curiosité de voir ce à quoi ressemblaient les autres temples. Le sol sous leurs pieds redevint solide et la lumière s'atténua. La salle avait changé. Elle était beaucoup plus petite, entièrement recouverte de mosaïques des couleurs de l'arc-en-ciel. Elles se trouvaient sur un rocher encerclé par les flots tumultueux d'une cascade. Un petit pont les conduisait vers une porte de bois sombre, qui ouvrait sur une gigantesque cour aux couleurs de feu. Il y avait du monde. Deux personnes redressèrent la tête. Flamme reconnut immédiatement l'une d'entre elles. C'était la reine des Femmes-fleurs. La deuxième était une version adulte de Nami.

Chapitre 70   

Nami Senior eut un sourire ravi en apercevant les nouvelles venues. La reine des femmes-fleurs, elle, avait un air de mauvaise surprise.
- Et bien, Kireina, on dirait bien que j'ai gagné mon petit pari.
- Ne dis pas n'importe quoi. Elles ignorent tout de ce que tu brûles de leur faire dire.
Flamme s'approchant, elles cessèrent leur petite dispute.
- Naryu m'a dit qu'on m'attendait ici pour me donner de précieuses informations. Si ça ne vous dérange pas, je vous prierais de faire vite. Le temps joue contre moi.
La femme rousse sourit.
- D'abord, je tiens à vous exprimer ma gratitude pour l'engagement que vous avez pris toutes les quatre. Rares sont les personnes ayant le courage d'entreprendre un pareil voyage.
Lésa eut un sourire rayonnant. A ses côtés, Navi jouait la fausse modeste. Nami et Flamme, elles, n'avaient que faire de ces formalités. La femme rousse le sentit et accéléra son discourt.
- Je dois aussi te remercier de m'avoir ramené ma fille.
- FILLE ?
- Où ça ? Elle est où ?
Mais Nami ne répondait pas... car depuis qu'elle avait aperçu la dame rousse, des centaines de souvenirs revenaient à la surface. Elle commençait à comprendre qui était la fameuse femme-fleur qui amenait le printemps en dansant. D'ailleurs, Nami Senior s'était agenouillée devant elle.
- Tu ne te souviens sûrement plus de moi, mais je suis ta mère, Din.
Et l'entente de ce nom acheva de compléter la mémoire de l'apprentie femme-fleur. Elle s'appelait Din, son père était le grand guerrier magicien Zoka Radniks et sa mère était Damantine, l'oracle des Saisons. Elle se rappela d'une nuit sombre, de son père qui se battait de toutes ses forces contre sept femmes-fleurs. Elles étaient venues pour elle et avaient fini par la prendre en otage pour obliger son père à cesser le combat. Dans l'histoire, il en avait quand même tué trois et blessé une quatrième. Ensuite, elle avait été amenée sur l'île où on lui avait donné un nouveau nom et raconté des tas d'histoire à dormir debout pour lui faire oublier qui elle était... un futur oracle. Sans se soucier du monde autour d'elle, elle se jeta en pleurant dans les bras de sa mère.

Flamme, bien qu'émue par la vision de cette petite famille, se tourna vers sa marraine. Cette dernière semblait toute aussi rongée par l'impatience de faire avancer ses affaires.
- Luscinia, tu as réussi à soumettre l'élu de la Force, n'est-ce pas ?
- Oui ma reine.
- Donc tu sais...
- Ce Ganondorf est un vieux gâteux qui espérait léguer son héritage à son rejeton, mais je suis arrivée avant Kallima. Je me suis appropriée ce qui devait revenir à l'élue.
Un sourire de jubilation passa dans les yeux de sa marraine.
- Je suis fière de toi, Luscinia. Quand tu auras fini de remettre de l'ordre en Hyrule, reviens vite sur l'île.
- Heu... à ce propos... Sanaël m'a dit...
- Oui, le fameux manuscrit...
Un soupçon de rage passa dans ses yeux. Damantine avait terminé ses émouvantes retrouvailles et revenait dans la conversation.
- N'essayez pas de la manipuler, Kireina. Les dieux ont fait leur choix et vous ne pourrez rien y changer.
Flamme s'énerva.
- Qu'est-ce que vous avez tous avec ces histoires de destin ? Ne commencez pas, vous aussi, à me traiter d'intouchable.
- Parce que quelqu'un vous a qualifiée d'intouchable ?
- Mon démon.
La jeune fille nota que la reine des femmes-fleurs se crispait de plus en plus.
- Sur l'île, Sanaël m'a fait forcer à invoquer le roi des démons, et il n'est resté sur la place que deux minutes, le temps de me dire qu'il ne pouvait pas me tuer car j'étais une intouchable.
- Alors c'était ça !
Tout le monde se retourna vers la reine. Elle était définitivement énervée.
- Il y a quatre ans, quand tu as fait ton pacte avec le démon, et qu'il a préféré se jeter sur le jeune homme, je pensais qu'il devait avoir un potentiel bien particulier, mais en fait, il s'est rabattu sur un plat de résistance car il ne pouvait pas toucher à celui qui s'offrait à lui.
- Le jeune homme ?
- Ah, oui, c'est vrai que tu n'es pas sensée te souvenir de cette nuit-là. (Elle était de nouveau calme. Sans doute avait-elle une idée derrière la tête.) Le gamin avait passé la veille l'ordalie avec succès, et nous lui avions accordé l'honneur d'assister à la cérémonie de passage. C'était ton année, tu te souviens ? Lorsque ton tour est venu, tu nous as offert un magnifique spectacle... je n'avais encore jamais vu le roi des démons, et encore moins un pareil dénouement. Tu t'en es tirée avec une âme mutilée. Une gamine de 12 ans y a perdu la vie, mais surtout, le jeune homme avait été choisi par le roi des démons pour devenir son grand prêtre. Pour la première fois depuis des siècles, les femmes-fleurs avaient comme chef de clergé un mâle. Nous devions allégeance à ce garçon. Il a demandé à retourner en Hyrule, et tu l'as suivi en tant que servante.
Flamme sentit un frisson parcourir son dos. Est-ce que cela signifiait ce qu'elle pensait ?
- Mais oui, Luscinia, c'est grâce à toi que Link est ce qu'il est aujourd'hui.

Chapitre 71   

La première pensée de Flamme fut de se demander quelle tête aurait fait Yorwan s'il avait été présent. Elle avait détruit sa vie bien plus qu'elle ne le pensait au préalable. Tous ces gens étaient donc morts, avaient souffert car elle ne s'était pas fait massacrer par le roi des démons ? Parce qu'elle avait fait d'un valeureux guerrier un monstre assoiffé de sang ? La reine la coupa dans ses réflexions.
- Je comprendrais que tu te sentes un peu responsable. C'est pourquoi je te donne l'autorisation d'aller éliminer cet imposteur. Il a abusé de notre générosité bien trop longtemps.
- Flamme, n'écoutez pas cette femme ! cria l'oracle des saisons. Votre objectif final n'est pas de faire couler plus de sang. Votre but se situe bien au delà du meurtre d'un dément.
Kireina éclata de rire.
- Voyons, chère Damantine... que voulez-vous qu'elle puisse faire de plus ? Ah oui... établir un nouvel équilibre des forces de la magie. Vous la prenez peut-être pour l'incarnation de Naryu en personne ? Vous croyez que ma Luscinia pourrait repenser en quelques jours un système qui a mis plus d'un millénaire à s'établir, alors que la moindre erreur déclencherait une nouvelle catastrophe ? Vous n'êtes pas sans ignorer la complexité et l'ampleur du problème. Cela ne se limite pas à des sages hyliens ou des oracles du continent de l'Ouest. Si l'équilibre de la magie est suspendu ne serait-ce qu'une minute sur notre continent, les autres en pâtiront aussi. Le monde et le domaine de la magie sont beaucoup plus vastes que vous ne pouvez l'imaginer.
Flamme ne sut pas comment prendre cette remarque. D'un côté, elle entendait enfin les mots qu'elle avait tant attendus... qu'elle n'était pas l'élue, qu'elle n'avait pas à sauver le monde. Mais, elle se sentait tout de même frappée dans son orgueil. Sa marraine insinuait-elle qu'elle était faible, incapable de mener un tel projet ?

L'oracle des saisons était toujours calme comme un petit ruisseau.
- Bien sûr que réorganiser l'équilibre de la magie sera quelque chose d'horriblement difficile. Et si on peut sauver certaines personnes de la condition de sage à sacrifier, d'autres personnes vont perdre des pouvoirs qui en faisaient des dieux vivants. Je comprendrais parfaitement que ces gens-là ne rendent pas la tâche facile à ceux qui vont tout leur prendre. Je suis consciente que moi-même, d'ici quelques mois, je ne serais peut-être plus un oracle.
Flamme regarda les deux femmes d'un regard étonné. C'était des paroles pleines de sous-entendus. Insinuait-elle que le rééquilibre de la magie affecterait les femmes-fleurs ? La jeune fille se sentit soudainement mal à l'aise, manipulée par des forces qui la dépassaient. Elle devait quitter cette atmosphère oppressante.
- Bon... si vous ne voulez me parler que de principes sur l'harmonie de la magie, je crois que j'en ai assez entendu. Je veux me rendre en Hyrule le plus vite possible. Si vous n'avez pas d'informations vraiment importantes à m'annoncer, je vais partir avec mon équipe.
Et son regard se posa sur Nami. L'adolescente la suivrait-elle, maintenant qu'elle avait retrouvé ses racines ? La petite comprit immédiatement et se retourna vers sa mère.
- Mère... je voudrai accompagner dame Luscinia jusqu'au bout de son voyage. Je veux participer aux événements, même si cela me met en danger. C'est grâce à elle que je vous ai retrouvée, je veux m'acquitter de ma dette.
Damantine regarda sa fille avec tendresse.
- Vas-y et protège-la de toute ton âme.
Kireina ne l'entendait pas de cette oreille.
- Luscinia ! Je peux te pardonner beaucoup de choses parce que tu es ma filleule et la meilleure femme-fleur depuis des siècles, mais si tu nous trahis, nous fait perdre à nouveaux des disciples et provoquer notre fin, ça, nous ne te le pardonnerons jamais. Tu comprends ce que cela veut dire ?
- Je comprends parfaitement ce que vous voulez insinuer, ma reine. Mais soyez sans crainte. Je ne veux pas jouer avec la destinée du monde. L'objectif de mon voyage est de réparer mes erreurs, c'est tout.
- Tu feras disparaître Link ?
- Il disparaîtra, ma reine.
- C'est bien, Luscinia. Je t'attendrai sur l'île des femmes-fleurs. Tu peux partir à présent.
Damantine acquiesça.
- Je crois effectivement que cela ne servirait à rien de vous retenir ici. Tout ce que nous voulions, c'était vous prévenir des conséquences de l'éventuel rééquilibre de la magie, et c'est fait, je crois. Mon fils Ralph va vous conduire chez les rebelles d'Hyrule et vous briefer sur les derniers événements.
Et un garçon de l'âge de Nami, aux cheveux de la même couleur que l'adolescente apparut comme par magie. Sans se soucier de personne, il serra Nami dans ses bras.
- Bonjour Dinette ! Tu sais que tu m'as sacrément manqué ?
Et Flamme de comprendre que le garçon était le frère du futur oracle. Din le repoussa en lui administrant une gifle monumentale.
- Ne me touche pas, la demi-portion !
- C'est comme ça qu'on t'apprend à frapper, chez les femmes-fleurs, Dinette ? Tu frappais plus fort que ça, avant.
- Tu tiens vraiment à mourir ?
Et elle se lança à sa poursuite à travers tout le temple, sous le regard médusé des autres personnes. Damantine eut un petit rire : "Ne vous inquiétez pas. Ils se chamaillaient comme ça avant. Ça me fait beaucoup de plaisir de ravoir un peu d'animation autour de moi."
- Mais... vous allez me confier vos deux enfants ? Je vous rappelle que je vais affronter le grand-prêtre du roi des démons.
- Ralph est très doué, vous savez. Il s'est entraîné sans relâche pour pouvoir un jour aller sauver sa soeur jumelle. Il n'a que 14 ans, mais il rivalise déjà avec son père.

Flamme finit par se résigner. La présence d'un garçon dans son équipe la gênait un peu car cela lui rappelait Yorwan. En plus, il semblait avoir passé avec distinction l'examen de tapage sur les nerfs. Elle poussa un soupir. Le Sheikah commençait à lui manquer. Sur lui, elle pouvait se défouler sans retenue, mais ce Ralph, ce n'était pas n'importe qui. On n'insulte pas impunément le fils d'un oracle qui avait la langue bien pendue. Cependant, Nami et Lésa avait adopté le garçon. Lésa le trouvait cool, et Nami voulait profiter du voyage pour rabattre le clapet de cet imbécile de frère. La jeune femme soupira... le voyage s'annonçait des plus fatigants.

Chapitre 72   

- On a eu chaud, déclara Navi.
- A qui le dis-tu ? Kireina a tué pour beaucoup moins que ça.
- Cette gamine va nous causer beaucoup de soucis. C'était une véritable déclaration de guerre, non ?
La jeune femme descendait les escaliers d'un étrange temple, la petite fée assise sur ses épaules. Elles sortaient d'un téléporteur qui les avait fait venir du temple des saisons. A présent, elles se trouvaient dans le "temple du jugement", dissimulé dans les falaises derrière le lac Hylia. Le voyage avait été mouvementé. Au moment du départ, Nami avait jugé bon de révéler ses quatre vérités à la reine des femmes-fleurs et "que si Luscinia ne détruisait pas les femmes-fleurs, ce serait le futur oracle des saisons, elle, qui le ferait". Et elle s'engouffra dans le téléporteur, entraînant les autres dans sa fuite. Bien sûr, Flamme avait immédiatement fait le chemin en sens inverse pour présenter ses excuses à sa marraine, mais celle-ci était déjà partie. La situation était des plus embarrassantes.
- Toi qui connais bien la reine... Est-ce qu'elle risque de faire quelque chose ?
Flamme ne répondit pas tout de suite. Elle regardait Nami pourchasser Ralph sous l'oeil curieux de Lésa.
- Kireina sait l'importance qu'ont les oracles sur notre continent. Elle ne s'attaquera pas à la petite ouvertement. En revanche, comme elle l'a fait pour Damantine, elle est capable de s'en prendre à ses proches. Enfin, je ne pense pas qu'elle commence les hostilités maintenant. Elle doit commencer par s'occuper de ce qui reste des femmes-fleurs.
- A ce propos... tu ne décèles pas d'incohérences dans tout ce qu'elle a raconté tout à l'heure ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- D'abord, l'atmosphère avait l'air particulièrement tendue entre elle et l'oracle. Elles ne supportaient pas et se coupaient mutuellement la parole. Elles voulaient chacune s'empêcher de te faire des révélations.
- Tu veux dire qu'elles avaient beaucoup plus important à m'annoncer ?
- Certainement, mais je me demande bien quoi.
- Je me demande...
Mais Flamme dut interrompre ses réflexions à cause du retour impromptu des enfants.
- Maintenant que nous sommes en Hyrule, je dois vous exposer la situation, annonça Ralph.
- Mais tu n'as rien d'intéressant à dire, grogna sa soeur.
- Même si cela ne nous regardait pas, nous avons suivi en détail l'évolution de la guerre. Il y a un peu plus d'une semaine, papa a appris que le chef de la rébellion, un Sheikah valeureux qui, jusque là, avait réussi à rester dans l'ombre, s'était fait capturer par le prince sanglant. Mais deux jours plus tard, il réussit à s'évader du château avec une vingtaine d'autres personnes, dont la reine Zelda. A partir de ce moment-là, tout a changé dans le royaume. Les gens ont vu en ce Sheikah leur libérateur et tout le monde a repris espoir. Le premier jour qui a suivi l'évasion, il y a une vingtaine de gens qui ont déserté l'armée du roi, puis une cinquantaine... Quatre jours plus tard, des régiments entiers changeaient de camp. Les forces rebelles et celles du roi sont à présent à égalité, et les villages résistent aux dernières troupes loyales au roi.
- Mais ça a l'air d'aller tout seul. Link est en très mauvaise posture.
- Non, répondit Ralph d'un ton sombre. Parce qu'il paraît que la reine Zelda est mourante.
- Quoi ?
- Je ne sais pas les détails, mais il paraît que ses deux années de captivité l'ont beaucoup plus affaiblie qu'on ne le croyait. Le Sheikah va perdre sa plus précieuse alliée, et personne ne sait comment reprendre la Triforce de la sagesse. Cette Triforce pourrait bien voler en éclats et disparaître si elle ne trouve pas de porteur rapidement.
Flamme hocha la tête. C'était effectivement préoccupant pour ses projets. La reine ne devait pas mourir avant son arrivée. Mais une nouvelle idée lui traversa vite l'esprit.
- Et avant notre arrivée, de quoi parlaient ta mère et la reine ?
- Heu... on ne m'avait pas autorisé à rester, mais j'ai entendu qu'elles parlaient beaucoup de vous et d'une Kallima.
La jeune femme se mordit les lèvres. La fille de Ganondorf, encore...
- Maman veut faire revenir Kallima en Hyrule parce que c'est elle qui est sensée être l'élue, mais il paraît qu'elle ne reviendra pas tant que vous êtes là, et la reine veut vous protéger à tout prix et vous charger de faire le ménage.
- Elle ne reviendra pas tant que je suis là ? Qu'est-ce que c'est que ce délire ?
- D'après la prophétie, il n'y aura qu'un seul souhait fait par une seule porteuse de la Triforce réunie. Or, il y a deux candidates, Kallima et vous. Et selon la personne qui fera le voeu, l'avenir sera de lumière ou de ténèbres.
- Il y a une prophétie, maintenant ? C'est quoi, cette histoire de lumière ou de ténèbres ?
- Je ne m'y suis pas intéressé, je ne la connais pas bien. Tout ce que je sais, c'est qu'elle termine par "... porteuse rousse ou porteuse brune, le résultat sera ou bien ténèbres ou bien lumière". Et je ne sais pas qui a fait cette prophétie. Donc, on se dispute pour savoir qui aura la Triforce.
- Donc, ta mère veut se débarrasser de moi ?
- Elle n'a jamais dit ça.
- Mais c'est Kallima qu'elle soutient, pas moi. Si elle veut que sa championne entre en piste, il faut bien qu'elle me chasse.
Ralph resta silencieux. Il ne comprenait pas très bien non plus.

La nuit était subitement tombée. Flamme se sentait trahie. Les gens qu'elle voulait aider... ils ne voulaient pas d'elle ? Ils voulaient la fille de Ganondorf ? Navi décida d'intervenir.
- Flamme, si tu veux mon avis, la prophétie ne dit pas que Kallima est la bonne. Tu ne nous avais pas dit que Din avait dit à Ganon que son enfant serait celui qui réaliserait ses rêves ? Ça veut peut-être dire qu'elle est au contraire un chef de guerre qui deviendra un nouveau dictateur. Tu veux aider les sages, non ? C'est toi la gentille. Et Médusa est de ton côté.
Flamme savait que Navi avait voulu la réconforter, mais cela n'avait fait qu'aggraver les choses, car maintenant, elle savait que même les oracles étaient divisés sur la suite des événements. Comment savoir ce qu'il fallait faire, maintenant ?
- Reprends-toi. Continue de faire ce que tu voulais... réparer tes erreurs. On va chasser Link, lui reprendre sa Triforce et reconstruire tout ce qu'il a détruit, d'accord ? Il n'y a rien de mal dedans.
- Tu as raison. Ce n'est pas le moment de flancher. On va aller voir ces rebelles, récupérer la Triforce de la sagesse et accélérer le mouvement.
- Excellente décision.
Tout le groupe sursauta. Un homme sans âge, aux cheveux blancs comme la neige et vêtu d'une grande toge orange venait d'apparaître juste à côté d'eux.
- Qui êtes-vous ? demanda Flamme, dont le coeur battait la chamade.
- Je suis Minos, l'oracle du jugement. Vous êtes à la Tour du jugement, mon temple.
- Ça vous amuse, de vous cacher dans l'ombre des fenêtres et d'espionner les passants ?
- Les passants sont tellement rares, ici. Cette tour est une ruine dont tout le monde a oublié l'existence. De plus... l'endroit est si difficile d'accès que personne n'a envie d'aller voir ce qui se passe au-dessus du lac Hylia.
- Bon, abrégez... le camp des rebelles est loin d'ici ?
- Oui et non... Une fois arrivés dans la plaine, ce sera un jeu d'enfant, mais tout le problème sera de quitter le lac sans se faire prendre par les soldats de Link.
- Il tient encore une partie du pays ?
- Les événements datent d'aujourd'hui. Il a eu une idée très efficace, en s'attaquant aux sages eux-mêmes.
- Les sages ?
- Si vous arrivez à atteindre le passage secret du lac, vous verrez certainement des soldats zoras rôder sur une île. En dessous, il y a le temple de l'eau et son sage à l'intérieur. Elle va mal, elle sent son heure approcher et appelle son successeur. Mais il ne viendra jamais, car Link s'est servi de cette situation pour capturer le futur sage. Tous les Zoras ont capitulé et ont rejoint l'armée du roi.
- C'est pas bon du tout, ça.
- Link tient trois sages, les nouveaux de l'eau et de la lumière, ainsi que l'ancien de l'ombre. Ceux de l'esprit et du feu sont protégés par les rebelles. Nous ne savons rien pour celui de la forêt. Les endroits contrôlés par Link sont donc la capitale, les régions zoras (la source et le lac), toute la plaine Nord et une partie des montagnes. Les provinces libres sont celles du désert et de la forêt. Le domaine goron est isolé, assiégé par les hommes de Link.
- Mais je croyais que le peuple s'était réveillé et dressé contre le roi. Comment peut-il être si vite abattu ?
- Je ne sais pas trop. Mes informateurs me signalent qu'il y a quelques graves soucis à la tête des rebelles.
- Comme la reine Zelda ?
- Oui, et ils sont cachés au fin fond des bois perdus.
Flamme jeta un coup d'oeil à travers une des arcades. Elle avait une vue imprenable sur le gigantesque lac Hylia. Le seul détail était qu'elle était à plus de cent mètres au-dessus de l'eau, et en était séparée par une falaise aux rochers acérés.
- Comment vous suggérez nous de passer ?
- La solution la plus discrète, mais la plus longue, serait de longer le lac par le haut, mais le terrain étant passablement accidenté, la petite risque d'avoir du mal à suivre.
- La petite ne viendra pas.
- QUOI ?
Lésa regardait Flamme comme si elle avait été trahie.
- Tu as entendu comme moi. Link capture les sages. Tu seras beaucoup plus en sécurité en Holodrum, Lésa. Retourne chez Damantine.
- Ah, je vois, c'est elle le sage de la forêt... Sage idée. Si Link l'attrape, il saura tout des mouvements dans les bois.
La petite fille fondit en larmes.
- Je veux pas partir ! Je veux revoir mes amis. Et tu avais dit qu'on voyagerait toujours ensemble et que tu me protégerais et que tu ne m'abandonnerais pas. En plus, tu avais dit que tu m'aimais !
- Mais c'est parce que je t'aime que je veux te savoir en sécurité.
- Je ne retournerai pas en Holodrum. Je m'enfuirai et s'il m'arrive quelque chose, ce sera de ta faute.
- Ne fais pas l'enfant, Lésa !
Mais Lésa était une enfant et le resterait toute sa vie. Flamme finit par se résigner à garder la petite fille auprès d'elle. A moitié amusé, Minos leur présenta la "seconde solution", des machines volantes qu'il avait bricolées à ses heures perdues. Ces machines étaient faites de grands sacs attachés à de grandes toiles disposées en triangles. L'oracle estimait que ses utilisateurs planeraient suffisamment haut suffisamment longtemps pour atteindre la plaine. L'idée enchantait les adolescents, qui se mirent tout de suite à apprendre à manier les "prismes volants", comme les appelait l'oracle. Flamme s'y mit aussi, décidant de prendre Lésa sur sa machine. Après une journée d'essais sur la montagne, les machines prirent leur envol.
Lésa, confortablement installée à côté de son amie, lui demanda : "On va retrouver Yorwan, maintenant ?"
Flamme eut un sourire. Oui, elles allaient retrouver le vaillant Sheikah qui avait redonné espoir à Hyrule.

Chapitre 73   

Ce silence la tuait. Pas de bruit de pas dans le couloir, pas de voix, pas le moindre signe de vie… Seulement le feu qui crépitait dans la cheminée et qui éclairait suffisamment la pièce pour révéler le cercle de magie qui encerclait le lit où était enchaînée la jeune fille. Cela devait faire cinq jours que cela durait. Elle n'avait rien mangé ni bu depuis, elle n'avait pu bouger. Elle avait terriblement faim, mais malheureusement pas à en mourir. Elle ne le pourrait pas, d'ailleurs. Le cercle de magie avait arrêté l'horloge interne de son corps. Son existence était sur "pause". Elle n'avait plus besoin de manger, de dormir, d'effectuer toutes ces petites choses qui rappellent que le corps est vivant. Elle pourrait passer une éternité sur ce lit sans que cela ne change quoique ce soit. Link était vraiment un monstre dans tous les sens du terme et comme elle était la dernière "captive" du château, il déversait toute sa colère et sa perversité sur elle.

La porte de la chambre s'ouvrit lentement. Heltaïre se recroquevilla sur son lit. Ce prince dormirait-il un jour ? Elle entendit les pas se rapprocher de son lit, puis sentit qu'on s'asseyait près d'elle, qu'on glissait une main froide sur son cou…
- Alors, ma petite devineresse, pas de mauvaises nouvelles à m'annoncer ?
- Pas de mauvaises nouvelles...
- Vraiment rien ?
Héltaïre trembla. Elle savait ce qui l'attendait si elle ne devait plus être utile. Pourquoi les déesses avaient-elles été aussi sournoises avec elle ? Elles lui avaient dit qu'elle allait souffrir et accueillir la mort comme une amie, mais jamais la jeune fille n'avait imaginé de telles tortures. En rescapée des femmes fleurs, elle s'était rappelé ce qu'elle avait déjà subi tant de fois sur cette île, mais ça... Elle n'avait jamais pu s'y préparer.

Link l'avait à présent enlacée et parcourait son corps de ses mains baladeuses.
- T'ai-je déjà dit que le nouveau sage des Zoras venait de rejoindre ses amis au palais ? Peut-être aimerais-tu le rencontrer ?
- Qu'est-ce que ça m'apporterait ?
- Qu'est-ce que ça t'apporte, de me promettre tous les tourments de l'enfer ? Ne comprends-tu pas qu'avant que cela arrive, tout espoir sera mort en ce pays ?
- Vous n'écoutez que ce qui vous intéresse dans mes visions. Qu'importe toutes les horreurs que vous commettrez. La vie reprendra le dessus et sa reconquête a déjà commencé.
- Mais quelle vie, ma petite ? La reine Zelda est décédée il y a vingt minutes. Mon informateur secret vient tout juste de me l'annoncer. La Triforce de la sagesse est partie avec elle. Il ne peut plus y avoir de Triforce unifiée.
Un nouveau frisson parcourut la jeune fille. Zelda, morte ? Pas de successeur à la Triforce ? Ce n'était pas dans ses visions... Elle ne pouvait pourtant pas se tromper. Qu'est-ce qui se passait ? Cela devait bien faire trois ou quatre jours qu'elle ne voyait plus rien. Son pouvoir était en panne. Est-ce que cela voulait dire que l'histoire était en train de se réécrire ? Qui avait raison ? Ses pouvoirs étaient-ils en train de la quitter ? Link était-il vraiment en train de gagner ? Elle ne voulait pas y penser... Si tout se passait bien pour lui, combien de temps devrait-elle encore assouvir les désirs du monstre, être enfermée dans cette chambre sans pouvoir mourir, à attendre qu'il vienne profiter de son corps ?

Link eut un sourire pervers. Ses paroles semblaient avoir eu l'effet escompté et cela l'excitait... en ces moments où tant de gens se dressaient contre lui, voir le désespoir et le néant s'encrer dans l'âme d'une de ses victimes lui procurait la plus grande satisfaction. Il attrapa sa captive par les cheveux, mais presque aussitôt, quelqu'un frappa à la porte. Le roi se débarrassa de sa proie.

- Vous avez intérêt à m'apporter de bonnes nouvelles, grogna-t-il.
- Votre majesté... les Zoras vous signalent que des personnes de la liste noire ont survolé le lac il y a une demi-heure.
- Qui ça ?
- Luscinia, la Kokiri et sa fée... plus deux adolescents turbulents.
- LUSCINIA ?
- Une femme-fleur, rousse, dans la tenue de chasse de Luscinia. Le commandant Hadrien l'a reconnue.
- Et par où sont-ils partis ?
- Les troupes du lac se sont immédiatement lancées à leur poursuite. Ils volaient assez bas. Ils ont dû se poser dans la plaine, vers la forêt. A l'heure qu'il est, nos troupes doivent les avoir interceptés. J'ai envoyé une troupe de 100 hommes pour les seconder.
- Excellent... Vous venez de sauver ma nuit et votre tête.
Il retourna un instant auprès d'Heltaïre.
- Comme tu viens de l'entendre, je vais avoir fort à faire dans les heures qui viennent.
- Surtout ne vous dérangez pas pour moi.
- Tu as entendu ce qu'il a dit ? Luscinia est de retour... Une rousse, pas une brune. Vous avez perdu. Kallima ne viendra pas.
Et il partit, laissant la jeune fille qui ne pouvait plus retenir ses larmes dans les ténèbres.

Chapitre 74   

- VLAF-
La gifle fut violente.
- Vous êtes les deux plus grands tarés de toute l'histoire de l'humanité ! Vous allez subir ma colère.
Flamme était furieuse. Enfin, cela était une figure de style, car aucun mot dans la langue française ne pourrait décrire l'ampleur de sa fureur.
- Etes-vous conscients de ce que vous avez fait, de tout ce qui aurait pu arriver si les troupes rebelles ne patrouillaient pas aux abords du bois ?
Nami et Ralph affichaient un air penaud. On ne leur avait jamais infligé un pareil savon, et certainement pas devant autant de monde.
- Vous êtes complètement irresponsables. Vingt secondes de plus et le sage de la forêt, plus un futur oracle et la Triforce de la force tombaient entre les mains de l'ennemi.
- Mais maintenant, Link est privé d'une troupe de 100 hommes et Zoras, c'est pas rien. Et il n'y a pratiquement plus de surveillance au lac Hylia.
- Je me fiche complètement de ça. Personne ne surveillait le lac jusqu'à ce que vous fassiez votre numéro d'acrobatie. Vous les avez tous réveillés et les avez lancés à nos trousses. Cela tient du miracle que nous ayons pu atterrir aussi près des bois et de la patrouille rebelle.
- Oui, pardon... on ne le refera plus.
- Ah, ça... vous ne pourrez plus rien faire dorénavant. Vous allez me remettre vos armes tous les deux.
- QUOI ?
- Vous m'avez parfaitement entendu... Nami, ton poignard, Ralph, ton épée et ton nécessaire d'incantation !
- Mais on ne pourra plus...
- Vous n'êtes plus conviés au combat. Vous allez rester derrière, à la base, où vous ne pourrez gâcher aucune opération.
- Mais c'est...
- VOS ARMES ! Aucun des membres de la patrouille ici présents ne souhaiterait faire équipe avec des inconscients tels que vous.
Les soldats qui encerclaient le petit groupe approuvèrent. La mort dans l'âme, les jeunes durent s'exécuter. Nami lança un regard noir à son frère.
- C'est de ta faute, sale rat, si tu...
- Plus un mot, Nami ! Tu cesses immédiatement de te disputer avec ton frère ou je vous attache ensemble avec des menottes de fer.
Le futur oracle ravala sa rage et ses larmes. Ce qui lui arrivait était injuste, et elle se vengerait.

Le capitaine de la patrouille profita du calme qui venait de s'instaurer pour parler à la belle lionne.
- Maintenant, mademoiselle, pouvez-vous nous décliner votre identité ? Vous avez parlé de sage, d'oracle...
Flamme se détendit et prit la Kokiri dans ses bras.
- Oui, l'adorable petite fille blonde s'appelle Lésa, et c'est le nouveau sage de la forêt. Les deux gosses sont les enfants de l'oracle des saisons, et moi je suis...
Elle se tut un instant. Elle n'allait tout de même pas leur dire qu'elle était l'ancien bras droit de Link, la femme qui avait arrêté la révolte de Cocorico.
- ... Je m'appelle Flamme, je suis une amie de Yorwan. Il m'avait chargé de veiller sur Lésa et de la ramener au temple de la forêt.
Le capitaine eut un sourire.
- Vous arrivez pile au bon moment. Heureusement que nous vous avons trouvé. On se faisait un sang d'encre pour le sage de la forêt. Nous allons vous conduire au QG immédiatement.
Et la troupe se mit en route, après avoir bandé les yeux des nouveaux arrivants. Il ne fallait tout de même pas révéler le chemin à des gens encore inconnus, et surtout à des adolescents aussi dissipés.

Vingt minutes plus tard, Flamme entendit les cris familiers des petits Kokiris.
- Lésa est là ! Lésa est là ! La gentille dame a ramené Lésa !
Le petit groupe fut accueilli à bras ouverts, avec des colliers de fleurs et des fruits. Flamme sentit une larme couler sur sa joue. Elle n'avait jamais été aussi soulagée de toute sa vie. Mais très vite, elle aperçut un Kokiri à la mine triste, le jeune Mido. Il l'interpella.
- Lésa et toi devez venir. Le conseil va bientôt commencer et ce serait une bonne chose que vous y assistiez.
Flamme nota un ton assez mélancolique dans la voix du petit garçon. Le chef des Kokiris semblait "éteint", dépourvu de toute sa joie de vivre et de son arrogance. C'était comme s'il était subitement devenu un vieillard résigné à la mort. Elle attrapa tout de suite Lésa et condamna Ralph et Nami à rester faire les baby-sitters au village Kokiri, à leur vif mécontentement. Lésa demanda à Flamme de leur pardonner, mais elle refusa net. Il fallait qu'ils apprennent à mesurer les conséquences de leurs actes et prendre leurs responsabilités. La punition lui semblait toujours des plus appropriées.

Sans vouloir écouter d'avantage de plaintes, elle suivit Mido vers le temple de la forêt.

Les lieux avaient bien changé depuis son dernier passage. La forêt était beaucoup moins dense. La magie des bois perdus semblait avoir perdu son effet et les armées rebelles avaient dégagé le chemin pour installer des tentes et des cabanes. De ce fait, elle passa devant de nombreuses troupes, et elle nota que de nombreux visages se tournaient sur son passage. Chemin faisant, elle aperçut d'anciens généraux de Link. Est-ce qu'ils la reconnaissaient ? L'ancien bras-droit de Link se sentait de moins en moins à l'aise. Tous les soldats ici présents avaient de sérieuses raisons de lui en vouloir. Est-ce qu'ils la dénonceraient, exigeraient sa mort ? Elle réalisa soudain qu'elle s'était jetée dans la gueule du loup. Elle se mit à paniquer. Qu'est-ce qu'elle faisait là ?

Mais elle n'eut pas le temps d'envisager la fuite, car elle arriva devant les murs du temple de la forêt. On lui fit signe qu'elle était arrivée. On lui ouvrit une grille. Derrière, il y avait une longue table de bois où étaient rassemblés une quinzaine d'hommes et Gorons. Au milieu d'eux, il y avait deux hommes aux longs cheveux blancs. Le coeur de Flamme se mit à battre de plus en plus vite. Yorwan n'avait effectivement aucune blessure. Il était plus beau que jamais.
Tout le monde leva la tête à l'entrée des deux filles. Yorwan sauta de sa chaise.
- Lésa !!!
Et il prit la petite fille dans ses bras.
- J'étais tellement inquiet pour toi. Mais pourquoi es-tu revenue ? Tu étais tellement plus en sécurité en Labrynna.
- On avait toujours eu l'intention de revenir, tu te souviens ?
Yorwan lança un regard étonné à la jeune fille qui lui parlait. Au bout de huit secondes, son visage devint blanc de surprise.
- Flamme ? C'est toi ?
La réaction de la jeune fille ne se fit pas attendre. En un quart de seconde, elle plaqua le garçon au sol et pointa son épée sa gorge.
- Il te faut vraiment cinq minutes pour me reconnaître ? Tu tiens vraiment à mourir ?

Le Sheikah éclata de rire.
- Pas de doute possible, c'est bien toi. Mais qu'est-ce qui t'est arrivé ? Je te jure... tu as tellement changé.
- J'ai pas changé d'un cheveu, crétin d'albinos.
Yorwan rit encore plus.
- Mais c'est justement... Alesc'h, apporte un miroir, sinon elle ne me croira jamais.
L'autre Sheikah sortit un miroir de poche de dessous la table et le lança à la jeune fille. Elle jeta un coup d'oeil, et lâcha l'objet.

Ses cheveux avaient pris une couleur bordeaux.

Chapitre 75   

Flamme s'était installée dans une salle reculée du temple de la forêt. Elle voulait rester seule et surtout, ne plus voir cet abruti de Yorwan.
Quel crétin stupide, celui-là. Comment pouvait-il... ses cheveux avaient effectivement changé de couleur, mais ça ne la changeait quand même pas à ce point ! Le Sheikah l'avait côtoyée pendant près de trois mois. Passé ce temps, on est sensé reconnaître ses compagnons au premier coup d'oeil, non ? Mais ce... il ne l'avait même pas regardée. Il n'avait vu que la petite Lésa.

La porte grinça. Quelqu'un entrait silencieusement dans la salle. C'était une démarche de Sheikah.
- Dégage d'ici, Yorwan. Je t'ai assez vu pour la soirée.
- Toujours aussi charmante, Luscinia.
Cette voix... Elle la reconnaîtrait entre mille. Un spasme de colère parcourut son dos. Elle s'était promis de la traquer jusqu'au bout du monde et même après sa mort. L'homme qui avait tenté par deux fois de l'empoisonner était dans la même salle qu'elle. Elle se retourna, le glaive à la main. Elle se retrouva face au Sheikah qui était avec Yorwan une heure auparavant. Et elle le connaissait plutôt bien. Elle s'était beaucoup disputée avec lui lorsqu'elle travaillait pour le roi. Pourquoi ne l'avait-elle pas reconnu plus tôt ?
- Mais qui voilà donc ? Ne serait-ce pas le petit lèche-botte de Link ?
- Pose ton arme, je ne suis plus là pour me débarrasser de toi. Il faut qu'on parle.
- Ben voyons... Si tu commençais à me dire pourquoi je devrais te faire confiance ?
- Quand nous étions au service de Link, nous ne nous sommes jamais supportés. Tu avais tout de suite compris que je n'étais pas sincère et qu'il fallait se méfier de moi. Mais si aujourd'hui, tu es contre Link, nous sommes dans le même camp. Toutes ces années, j'ai enduré tous ses caprices et ses cruautés pour protéger notre reine et informer la rébellion. Je suis entré dans le cercle le plus intime de Link pour percer tous ses secrets, et le jour où j'ai découvert le plus important d'entre eux, tu m'as pris sur le fait. Je n'avais pas le choix. Je devais effacer cet événement de ta mémoire. Je n'avais pas prévu que le sort serait aussi puissant, mais grâce à ça, j'ai découvert un secret encore plus important, un secret dont tu es le centre et aujourd'hui, quand je t'ai vu avec tes cheveux foncés, tout est enfin clair dans mon esprit.
- Et en quoi consistent ces si fameux secrets ?
- C'est à propos de ce qui s'est vraiment passé sur l'île des femmes-fleurs, le jour où une pauvre fille nommée Marina est devenue une des plus redoutables femmes-fleurs de tous les temps : Luscinia.
Flamme resta silencieuse. La sonorité du prénom Marina sonnait doucement dans ses oreilles. C'était un prénom qui lui plaisait. Elle le porterait avec plaisir. Elle se ressaisit. Le traître savait donc des choses importantes sur son passé, mais où voulait-il en venir ?
- La veille de la cérémonie, la jeune Marina cherchait une fois de plus à s'enfuir. Elle avait réussi à préparer un bateau dans le plus grand secret, mais au moment de prendre la mer, elle vit un autre bateau accoster sur la plage. Un beau garçon blond en descendit. Elle eut le réflexe immédiat de se jeter sur lui pour le convaincre de quitter l'île tant qu'il en était encore temps. Mais c'était déjà trop tard. Les femmes-fleurs étaient arrivées. Elles crurent que Marina avait capturé un intrus, et elle ne fut pas punie. En revanche, le garçon fut condamné à subir l'ordalie. Il dut affronter quatre démons et leurs femmes-fleurs, et les vainquit tous. Très impressionnées, les adoratrices de démons l'autorisèrent à assister à leur cérémonie du pacte. Tout se passa sans grandes encombres jusqu'au tour de Marina. Elle commença le rituel, mais à la surprise générale, le roi des démons apparut dans le feu, et il avait faim. Il voulut avaler la jeune fille, mais s'arrêta à quelques centimètres de sa proie. Il tourna la tête et aperçut le jeune homme. Il s'approcha de lui. Marina et une petite apprentie de douze ans tentèrent de le retenir. Il leur lança une étrange vague d'énergie, puis s'empara du guerrier et en fit son émissaire terrestre. Il le possédait. Il ordonna aux femmes-fleurs de lui jurer allégeance, ce qu'elles firent.
- C'est ainsi que Link est devenu le roi des femmes-fleurs. C'est plus ou moins le souvenir que j'en avais. Mais qu'est-ce qu'il y a de si spécial avec moi ?
- Marina se réveilla une heure plus tard. La petite fille, jamais. La vague d'énergie avait produit un phénomène inexplicable. L'âme de la gamine était entrée dans le corps de l'adolescente. Elles avaient fusionné. Le choc avait dépourvu la créature de ses sensations humaines. Luscinia était née.
- J'ai deux âmes en moi ? Qu'est-ce...
- Je n'ai pas fini... à ton avis, comment s'appelait la gamine qui ne devait jamais se relever ?
- Qu'est-ce que j'en sais ?
- Elle s'appelait Kallima.
- Quoi ? Kallima, la fille de Ganondorf ?
- C'est la fille de Ganondorf ? Ça expliquerait bien des choses... Mais oui, cette fameuse fille est en toi. Lorsque j'ai découvert ça, j'ai cru, comme un naïf, qu'il suffisait de détruire la personnalité de Marina pour que Kallima se réveille et accomplisse la prophétie. C'était apparemment plus compliqué que ça. Mais on dirait que ça a fini par payer. Tes cheveux s'assombrissent. Le côté pur de Kallima prend le dessus.
- Est-ce vraiment une bonne nouvelle ?
- Pour nous oui. Car ça veut dire que la Triforce de la force est entre de bonnes mains et que "la grande élue qui apportera l'équilibre" est avec nous. Et c'est aussi bien pour toi, vu que dorénavant, je mettrai tout en oeuvre pour te protéger, et non te détruire.
Flamme-Marina-Kallima resta pensive. Tout commençait à devenir beaucoup plus clair, bien qu'elle ne se rappelle toujours pas de cette cérémonie et de sa vie auparavant. Si les oracles étaient si divisés sur son sort, c'était certainement à cause de cette dualité d'esprits. Et la reine voulait l'inciter à agir en assassin pour entretenir la personnalité de Luscinia. Oui... tout devenait clair. Si ses cheveux s'étaient assombris, c'était certainement parce qu'elle avait renoncé à sa vocation de femme-fleur. Maintenant qu'elle était devenue plus posée, plus humaine, elle serait capable de faire un voeu positif à la Triforce.

Elle remarqua alors qu'Alesc'h la regardait d'un air grave.
- Si tu as compris ça, on va pouvoir passer à la vitesse supérieure. Est-ce que tu sais ce qui se passe en Hyrule, pour le moment ?
- Link enlève des sages pour soumettre les populations qui leur sont liées. Il en a capturé 3 et contrôle ainsi les Zoras, plus la plaine Nord d'Hyrule et les montagnes.
- C'est plus ou moins ça... La priorité des rebelles est donc de protéger les autres sages. Nous ne nous faisons aucun souci pour Naboru et son héritière. Les Gerudos ont tout prévu. En revanche, nous sommes plus inquiets pour ceux qui se trouvent ici...
- Vous ne vous sentez pas de taille pour les protéger ?
- Disons que leurs plus grands ennemis, ce sont eux-mêmes. Ce sont des têtes brûlées obsédées par l'idée de retourner dans leurs sanctuaires, où les attendent les soldats de Link. Nous avons dû les enchaîner dans les caves du temple pour les empêcher de partir. La petite que tu as ramenée est-elle de ce genre-là ?
- Non, elle est très sage... un peu naïve peut-être...
Mais elle s'arrêta. Elle était effectivement très naïve. C'était un véritable jeu d'enfant de la manipuler.
- Où est-elle en ce moment ?
- Elle est retournée au village kokiri retrouver ses amis. Ils sauront la surveiller, et puis, elle a toujours sa fée.
- Justement, sa fée est celle qui a guidé Link lorsqu'il était le héros du temps. Je crois qu'elle a un goût un peu trop prononcé pour l'aventure.
- En résumé, tu penses qu'elle pourrait faire une bêtise.
- OH MON DIEU !
- Quoi ?
- Elle est retournée au village...
- Et alors, je t'ai dit qu'il y avait suffisamment de monde pour la surveiller.
- Et de personnes pour la manipuler. J'ai laissé deux adolescents surexcités au village. Ils vont profiter de mon absence et de Lésa. Il faut que j'y aille tout de suite.
- Il faut que je te parle d'autres choses.
- Pas le temps !
Et sans écouter le Sheikah, elle se rua vers la sortie.

Elle arriva assez rapidement au village, mais il était désert. Il n'y avait que Mido et deux gamins occupés à ranger ce qui devait rester d'une grande fête. Le chef des Kokiris répondit à la jeune fille que tout le monde dormait, à l'exception de Lésa et des invités qui étaient partis faire un tour. "Oh non..." Ses craintes étaient confirmées.

A ce moment-là, Alesc'h arriva avec Yorwan. Flamme poussa un soupir d'exaspération. Elle ne voulait pas rendre de comptes à l'albinos. Il avait été contre la venue de Nami. Il lui dirait que tout était de sa faute.

Yorwan lui lança un regard timide.
- Tu es toujours fâchée ?
Flamme explosa, sans savoir trop pourquoi.
- Lésa est quelque part dans la nature avec deux inconscients et tout ce qui t'inquiète, c'est de savoir si je te déteste ?
Il y eut un gros blanc. Alesc'h décida de partir aider les Kokiris à ranger leurs paniers. Yorwan regardait la jeune fille d'un air gêné.
- Enfin... c'est pas ce que tu crois... mais si on se boude, on ne peut pas faire équipe et ça... c'est pas pratique pour la suite. Non, je ne suis pas triste que tu me détestes. - A la bonne heure, car je te déteste toujours autant. Pourquoi n'as-tu pas laissé la petite dans les souterrains du temple avec les autres sages ? C'est de ta faute si elle a disparu.
- De quoi je me mêle ? Tu savais depuis des jours que c'est le sage de la forêt. Dès le départ, tu l'avais prise sous ta responsabilité. Pourquoi as-tu relâché ton attention ?
- Tu t'imagines que c'est de ma faute ?
- Oui, parce qu'au lieu de t'assurer qu'elle aille bien, tu as décidé d'aller râler dans ton coin pour une raison complètement idiote ?
- POUR UNE RAISON IDIOTE ?
- OUI, COMPLETEMENT IDIOTE. PERSONNE ICI NE T'AVAIT RECONNUE AVEC TON CHANGEMENT DE CHEVELURE ! ALORS POURQUOI ME LE REPROCHES-TU PARTICULIERMENT ? CE N'EST QUAND MEME PAS COMME SI ON SORTAIT ENSEMBLE.
Flamme marqua une pause... Non, ils ne sortaient pas ensemble, mais sans comprendre pourquoi, la réponse de Yorwan l'énervait encore plus.
- HEUREUSEMENT QU'ON NE SORT PAS ENSEMBLE. QUELLE FILLE VOUDRAIT UN JOUR D'UN CRETIN COMME TOI ? ELLE COMMETTRAIT LA CONNERIE DE SA VIE.
- ET QUI VOUDRAIT DE TOI, FEMME-FLEUR RATEE ?
- ON EST D'ACCORD. NOUS N'AVONS RIEN A FAIRE ENSEMBLE. RESTE AVEC TA POUFFIASSE BLONDE. J'IRAI M'OCCUPER DE LESA TOUTE SEULE.
- C'EST ÇA, DEGAGE ! MOI NON PLUS, JE NE PEUX PAS TE SUPPORTER. NE VIENS PLUS JAMAIS ME POURRIR LA VIE !
- TU N'AS AUCUN ORDRE A ME DONNER. JE M'EN VAIS SI ÇA ME PLAIT. ET J'AI BIEN PLUS IMPORTANT A FAIRE QUE DE ME DISPUTER AVEC TOI.
- La première réflexion intelligente depuis le début de votre conversation.
Alesc'h était revenu. Il était d'un calme olympien, mais voulait passer à autre chose.
- Le sage de la forêt est quelque part dehors, quasiment sans défense, et tout ce que vous trouvez à faire, c'est vous crier que vous vous détestez. Je n'ai jamais connu de situation aussi navrante.
Les deux jeunes gens se turent, gênés.
- D'après Mido, ils sont partis il y a un quart d'heure. Ils n'ont peut-être pas encore quitté la forêt. Nous n'avons pas une seconde à perdre. Gardez vos scènes de ménage pour plus tard.
Flamme et Yorwan restèrent silencieux, refusant de se regarder. Alesc'h commença à s'énerver.
- Et vous arrêtez vos pitreries. Vous allez mettre vos histoires de coeur de côté le temps de retrouver Lésa.
- C'est elle qui a commencé.
- N'importe quoi, c'est toi !
- C'est fini, oui ? Puisque c'est comme ça, vous allez vous faire un bisou pour vous réconcilier !
- QUOI ???
- Faites-le maintenant ou je me fâche.
- Et qu'est-ce que tu vas faire ?
- Raconter à Yowan ce qu'il faut te faire boire pour te saouler.
- Mais tu es un *** de *** !
- Et toi, Yorwan, je dis à Flamme de quoi tu avais peur quand tu étais petit.
- Tu ne le feras pas.
- Ne me provoque pas.
- Ça ne va pas se passer comme ça. Tiens-le, Flamme, le temps que je m'occupe de lui.
- Inutile de me le demander. Il va mourir ce soir.
- Hé ho, vous n'étiez pas fâchés, tous les deux ?
Les deux jeunes gens se regardèrent droit dans les yeux pendant une dizaine de secondes, puis éclatèrent de rire.
- Bon, on va chercher Lésa ?
- Oui, plus une seconde à perdre.
Mais ils ne firent pas 100 mètres qu'ils percutèrent la petite fée de Lésa.
- NAVI ???
La petite fée fila se cacher dans un tronc d'arbre. Elle éclata en sanglots.
- Navi, où est Lésa ?
- Je suis dé... désolééééée.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Nami et... Ralph ont été récupérer leurs armes, je ne sais pas trop comment. Lésa les a vus et a voulu les suivre. J'ai bien essayé de les retenir tous les trois, mais les deux grands étaient trop déterminés.
- Qu'est-ce qu'ils ont fait ?
- Les grands voulaient partir à l'aventure en Hyrule et ne voulaient pas s'encombrer de Lésa. Ils marchaient vite pour la semer, et c'est ce qu'ils ont fini par faire.
- Lésa est donc perdue dans les bois ?
- Nooooon, piiiire. Après... cinq minutes... nous sommes... nous sommes...
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Nous sommes tombées sur Liiiink.
Et la petite fée pleura de plus belle.

Chapitre 76   

La petite fée eut du mal à raconter l'histoire, tant elle était bouleversée. Elle avait quitté la petite fille une minute pour voler au-dessus des arbres et voir dans quelle direction était le campement. Quand elle était redescendue, la petite fille était en train de parler avec Link. Apparemment, elle ne savait pas à qui elle avait affaire et ne lui cachait rien. Elle était contente de trouver quelqu'un qui connaissait ce coin de la forêt. Alors, le monsieur lui proposa de venir avec lui, qu'il l'aiderait à rentrer au village. Navi choisit ce moment pour intervenir. Elle fonça vers la petite fille en lui disant que c'était dangereux de suivre des inconnus et qu'il fallait qu'elles se débrouillent toutes seules.

Link ne fut pas dupe. Il reconnut tout de suite la fée qu'il avait si longtemps